L'aut'journal
Le dimanche 21 juillet 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Une ristourne de 1 145 075 $ à Alban D'Amours
N° 220 - juin 2003

Le néolibéralisme à « visage humain » de Lula
Michel Chossudovsky
À la fin du mois de janvier 2003, au Forum social mondial à Porto Alegre dont le thème était « Un autre monde est possible », des dizaines de milliers de délégués provenant des quatre coins du monde ont applaudi la prise de position anti-mondialisation de Luis Ignacio da Silva (Lula). Aucun des conférenciers du Forum – parmi lesquels se retrouvaient des intellectuels, dirigeants syndicaux et représentants de la société civile – ne s’est aperçu que le gouvernement du président Lula avait déjà remis les rênes du pouvoir macro-économique à Wall Street et au Fonds monétaire international (FMI).

Pendant que les progressistes applaudissaient Lula en choeur, à l’autre bout du spectre politique, un autre acteur exprimait son enthousiasme pour Lula : le directeur du FMI, Heinrich Koeller.

Un financier de Wall Street pour diriger la Banque centrale

Lors de sa présence au Forum économique mondial de Davos, au tout début de son mandat, Lula a voulu réassurer les investisseurs étrangers en affirmant que « le Brésil ne se retrouvera pas en défaut de paiement de sa dette comme notre voisin l’Argentine ».

Si telle est sa volonté, pourquoi alors a-t-il nommé à la direction de la Banque centrale Henrique de Campos Meirelles, ancien président et pdg de la Boston Fleet, qui a joué un rôle important dans la débâcle argentine? Sa banque est réputée avoir trempé dans des transactions monétaires douteuses qui ont contribué à la chute dramatique du peso argentin.

La Boston Fleet est la septième plus importante banque aux États-Unis. Après Citigroup, elle est le deuxième créancier du Brésil.

La Boston Fleet est également une des institutions bancaires et financières qui ont spéculé contre le réal brésilien en 1998-1999, menant à l’effondrement spectaculaire de la Bourse de Sao Paulo le « mercredi noir » 13 janvier 1999. On estime, selon le Latin Finance du 6 août 1998, que la BankBoston, qui a fusionné par la suite avec Fleet, a empoché 4,5 milliards de dollars dans le cadre du Plan réal à partir d’un investissement initial de 100 millions.

Le Brésil est dans un corset financier. Les postes clefs relatifs à la politique monétaire et bancaire dans l’administration Lula sont détenus par des personnes nommées par Wall Street. La Banque centrale est sous le contrôle de la Boston Fleet.

Un ancien haut dirigeant de Citigroup, M. Casio Casseb Lima, s’est vu octroyer la direction de la banque d’État Banco do Brasil. À l’origine, ce dernier avait été recruté en 1976 par Henrique Meirelles de la BankBoston. Autrement dit, le dirigeant de la Banco do Brasil a des liens personnels et professionnels avec les deux plus importants créanciers du Brésil : Citigroup et Boston Fleet.

L’équipe nouvellement nommée par le Parti des travailleurs à la Banque centrale est une copie conforme de celle du gouvernement précédent du président Fernando Henrique Cardoso. Le président sortant, Arminio Fraga, était un ex-employé de Quantum Fund de New York, qui appartient au financier et spéculateur George Soros de Wall Street.

Le nouveau président, Henrique de Campos Meirelles, a poursuivi cette collaboration avec Wall Street et le FMI et a maintenu le même cadre politique que son prédécesseur : une politique monétaire serrée, des mesures d’austérité généralisées, de hauts taux d’intérêt et la déréglementation des échanges avec l’étranger. Cette dernière mesure encourage la spéculation contre la monnaie brésilienne, le réal, et la fuite des capitaux. Il en résulte une augmentation en spirale de la dette étrangère.

On peut d’ores et déjà prédire que le FMI va provoquer le démantèlement du système bancaire étatique. Et on ne risque pas de se tromper en affirmant que le nouveau dirigeant de la Banco do Brasil va jouer un rôle clef dans ce processus.

Pas étonnant que le FMI soit enthousiaste ! Les principales institutions de gestion économique et financière sont entre les mains des créanciers du pays. Dans de telles conditions, le néolibéralisme se porte à merveille et une approche macro-économique « alternative » dans l’esprit de Porto Alegre est tout simplement impossible.

Vers la dollarisation

Le fait que la Banque centrale et le ministère des Finances soient sous le contrôle de Wall Street va conduire le Brésil à une autre crise financière, semblable à celle qui a frappé le pays en 1998-1999.

Les politiques macro-économiques adoptées par le président Lula pourraient bien mener, dans un avenir rapproché à un défaut de paiement de la dette, ce qui aurait pour conéquence la déstabilisation de la devise nationale, le réal, entraînant le Brésil dans la voie de la « dollarisation ». Une caisse d’émission (currency board) sous la surveillance de Wall Street, semblable à celle imposée en Argentine, serait alors mise en place. Cela signifierait que le dollar américain deviendrait la devise de facto du Brésil. Avec, comme résultat, la perte de la souveraineté économique. La Banque centrale perdrait toutes ses fonctions. Comme dans le cas de l’Argentine, la politique monétaire sera décidée par la Réserve fédérale états-unienne.

Bien que cela ne fasse pas partie officiellement des négociations de la Zone de libre échanges des Amériques(Zléa), l’adoption du dollar américain comme monnaie commune dans l’hémisphère occidental fait néanmoins l’objet de discussions à huis clos. Wall Street cherche ainsi à élargir son contrôle à travers tout l’hémisphère, en s’emparant de toutes les institutions bancaires nationales, y inclus celles du Brésil.

Le billet vert a déjà été imposé comme devise nationale dans cinq pays latino-américains, soit l’Équateur, le Panama, le Salvador et le Guatemala. Les conséquences de cette « dollarisation » sont désastreuses. Dans ces pays, Wall Street et la Réserve fédérale états-unienne contrôlent directement la politique monétaire.

Le gouvernement brésilien doit tirer les leçons de la débâcle argentine, où la médecine économique du FMI a contribué à précipiter le pays dans une crise économique et sociale majeure. À moins qu’il y ait un changement en profondeur de la politique monétaire, le Brésil se dirige vers une débâcle semblable à celui de l’Argentine .

Alors que le nouveau gouvernement du Parti des travailleurs prétend être une « alternative » au néolibéralisme, ayant comme objectif la diminution de la pauvreté et la redistribution de la richesse, sa politique monétaire et sa politique fiscale sont entre les mains des créanciers de Wall Street.

Le FMI et la Banque mondiale ont complimenté Lula pour son engagement à respecter « les fondamentaux de l’économie ». Selon le FMI, le Brésil est sur la « bonne voie ». La Banque mondiale a aussi loué le gouvernement brésilien en déclarant que « le Brésil poursuit un programme social audacieux avec une politique fiscale responsable ».

De quel type d’« alternative » s’agit-il lorsqu’un gouvernement, qui s’engage auprès des citoyens à « combattre le néolibéralisme », devient un ardent défenseur du « libre marché » et de la « médecine économique forte » ? Derrière la rhétorique populiste du gouvernement du président Lula, la politique néolibérale demeure intacte.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.