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N° 220 - juin 2003

Ignez Mc Cormack : ouvrière, syndicaliste, féministe et protestante de l’Irlande du Nord
Paul Rose
Ignez Mc Cormack se décrit d’abord comme militante syndicaliste. Et c’est à ce titre qu’elle a tenu à me rencontrer lors de son trop court séjour au Québec. L’actuelle représentante nationale de la Centrale de la fonction publique de l’Irlande du Nord (UNISON) est une femme impressionnante. Grande, costaude, cheveux poivre et sel en bataille, cette féministe de la base en impose à son entourage et pour cause : née protestante, elle tient depuis plus trente ans le même discours sur la nécessité de rapports égalitaires entre les Irlandais du Nord. Un discours qui va bien au-delà de la parole…

Ainsi, à plusieurs reprises, elle a réussi à se faire élire par une forte majorité à la tête de son « old union », comme elle l’appelle avec tendresse, un syndicat de plus de 35 000 membres, composé « d’autant de catholiques que de protestants ».

En 1998, sous sa direction, son « vieux syndicat » est devenu la première organisation à appuyer les Accords de paix du Vendredi saint. Et ce, même si on lui avait alors prédit les pires malheurs si elle agissait ainsi, notamment la perte de la majorité de ses membres protestants. Elle a tenu tête et a maintenu le cap en cohérence avec ses positions de fond connues de toutes et de tous. Et, de fait, seulement sept syndiqués ont quitté les rangs.

Elle est devenue la première femme à occuper la présidence du Irish Congress of Trade Union (ICTU) rassemblant les syndicats de toute l’Irlande, du nord au sud, de Belfast à Dublin. Ignez Mc Cormack est toujours membre très active du comité exécutif de ce grand regroupement, lequel est devenu un acteur social incontournable, un des principaux leaders de la société civile dans la consolidation du processus de paix en Irlande du Nord.

D’ailleurs, avouera-t-elle non sans une certaine fierté, le comité exécutif du ICTU, après consultation des organismes membres, doit voter prochainement sur une proposition en trois volets visant à débloquer le processus de paix actuellement en panne : réouverture de l’assemblée de Stormont dissoute par Londres en 2002 ; remise en route de toutes les lois, institutions et instances issues des accords de paix du Vendredi saint ; et transparence totale de la tutelle britannique, tant passée que présente.

Le national par le social

Quant au fond, les syndicats irlandais, reconnaît-elle, demeurent très discrets sur la question nationale. Si, au début du 20e siècle, ceux-ci étaient largement engagés au plan politique, depuis l’indépendance et la partition de l’Irlande en 1920, c’est le silence le plus complet. Les revendications d’ordre constitutionnel ont été abandonnées aux seuls partis politiques. Un retrait que la leader syndicale peut comprendre dans la mesure où le contexte historique de la partition rendait impossible dans la pratique toute solidarité ouvrière autour de la question nationale.

Mais, justement, cette évacuation d’une question aussi centrale n’a-t-elle pas contribué plutôt à amplifier davantage les affrontements religieux, à faire passer au second plan, sinon subordonner, l’identité nationale, le peuple irlandais, les classes populaires du nord et du sud ? Elle hésite longuement, « c’est possible » avouera-t-elle plus tard. « Mais, ajoutera-t-elle, nous avons par contre compensé en investissant largement les questions sociales et économiques, beaucoup plus que nous aurions pu le faire dans d’autres conditions ».

Elle cite quelques exemples. Ainsi ce syndicalisme, un peu particulier, « a permis d’établir, précise-t-elle, des liens de plus en plus solides et sérieux entre le nord et le sud. À partir d’instances syndicales communes sur la condition féminine, la jeunesse, le mouvement coopératif et même le socialisme, les travailleuses et travailleurs protestants du nord ont de moins en moins démonisé le sud. Et vice versa ».

Il en a été de même du cheminement et de la progression du respect des droits humains, ainsi que des revendications de paix. On retrouve aujourd’hui la même unité syndicale de lutte contre la mondialisation. L’Irlande de Dublin, rappelle-t-elle, a été consacrée par la revue américaine Fortune comme étant « le meilleur exemple de libre échange en Europe ». Pendant ce temps, le « Tigre celtique » (selon l’expression de la revue) voit l’écart s’élargir de jour en jour entre riches et démunis alors que les taux de pauvreté dépassent maintenant ceux de plusieurs ex-républiques de l’Europe de l’Est. Bref, conclut-elle, « le défi de la démocratie irlandaise est aussi grand au sud qu’au nord et le mouvement syndical est appelé à y jouer un grand rôle »

L’Irlande unie

Et la place du nord dans une Irlande unifiée ? Elle croit que la présence britannique va durer encore longtemps. Les protestants du nord ne sont pas encore prêts à assumer un tel changement. « Pourtant, renchérit-elle, ils auront leur mot à dire, ils auront un rôle majeur à jouer quant au modèle à mettre en place pour l’Irlande de l’avenir ».

Est-ce que, par exemple, la ‘décatholisation de l’État de Dublin pourrait accélérer le processus d’unification ? « Pas nécessairement, même si ça enlèverait un argument de taille à certains ». Mais à ses yeux la question de l’unification demeure encore « beaucoup trop profonde » et demandera « énormément de temps pour être résolue ». Non, termine-t-elle, « je vois nécessairement un processus d’unité à très long terme, lequel auparavant, au mieux, devra passer par une forme de confédération »

Si en entrevue la courageuse détermination d’Ignez Mc Cormack cogne fort (très fort même, en un temps où les convictions n’ont pas la vie longue), ce qui frappe encore davantage c’est de sentir chez elle combien, dans cette démarche peu commune d’une Irlandaise ouvrière féministe protestante du nord, elle reste collé et près de son monde. C’est tout le contraire d’une flyée. Jamais, dans ses propos, sent-on le moindre signe qui pourrait laisser croire qu’elle se dissocie foncièrement de ses commettants. En fait, ses positions, même les plus radicales, prennent racines dans le plus profond respect qu’elle a pour les siens.

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