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N° 219 - mai 2003
Dette contre territoires
L’Argentine joue mal au Monopoly !
André Maltais
Au Monopoly, quand on ne peut plus payer ses dettes, on donne ses territoires. Dans le contexte actuel de re-colonisation mondiale, la rumeur se fait insistante: l’État argentin songe à donner l’immense région de la Patagonie à ses créanciers contre l’effacement d’une dette devenue impayable. Riche en pétrole et en eau douce, ce territoire est convoité par les mêmes Anglo-Américains qui font présentement main basse sur l’Irak.

L’an dernier, aucun grand média à Buenos Aires ou à l’étranger n’a repris la nouvelle de la journaliste Monica Cané, de Comodoro Rivadavia, une petite ville de Patagonie.

Elle révélait qu’en mars 2002, la firme de sondage « Jorge Giacobe y Asociados » posait d’étranges questions aux habitants de la Patagonie. Par exemple : « Accepteriez-vous que le pays cède ses droits sur l’Antarctique en échange de l’annulation de la dette extérieure ? »

Ou s’ils accepteraient « que le pays troque des terres fiscales nationales ou provinciales contre le paiement de la dette » ou encore « de confier l’économie argentine à un fonctionnaire du FMI ou d’une autre organisation internationale ».

Conseillers américains

La Patagonie occupe la moitié de la superficie de l’Argentine (c’est-à-dire, la taille de la Turquie) et seulement 4 % de la population y habite. Elle recèle toutefois près des trois quarts des réserves pétrolières et gazières du pays et des gisements d’eau douce parmi les plus importants du monde.

De plus, le président Eduardo Duhalde – qui dirige le pays par intérim et n’a donc pas été élu – s’est entouré de conseillers américains parmi les plus conservateurs.

Son conseiller politique personnel, Norman Bailey, recommande au gouvernement une forme d’échange des « terres fiscales » appartenant à l’État contre une partie de la dette. Il s’agirait d’émettre aux créanciers de l’Argentine des bons fédéraux garantis par ces terres dont la superficie totale atteint la taille de l’Italie.

Henry Kissinger

De plus, Duhalde a embauché par décret trois firmes anglo-américaines pour conseiller le gouvernement en matière de remboursement de la dette extérieure et l’aider à trouver « le financement international nécessaire ».

L’une de ces firmes (ZEMIC) appartient à nul autre que Henry Kissinger, l’un des principaux idéologues du système d’endettement des pays du Tiers-Monde et partisan acharné de la méthode de remboursement dite « dette contre actifs », c’est-à-dire en échange des entreprises d’État les plus rentables.

Mais il ne reste plus tellement d’actifs à l’Argentine et l’ex-député péroniste Juan Gabriel Labaké est persuadé que le sondage en Patagonie était commandé par le FMI et les banques étrangères « pour tester la réaction des Argentins sur le projet de payer la dette en vendant des territoires ».

Écologistes colons

La firme de Kissinger, elle, recommande la privatisation de banques d’État comme la « Banco Nacion » et la « Provincia » qui détiennent des hypothèques sur 14,5 millions d’hectares de terres. L’acheteur se retrouverait ainsi propriétaire virtuel de près de la moitié de la pampa humide au nord de la Patagonie.

Les Argentins sont aussi préoccupés par l’achat de vastes étendues de terres par des Nord-Américains et des Britanniques. Plusieurs de ces acheteurs, telle la Patagonia Land Trust, se réclament de l’écologie.

Cela rappelle à Juan Gabriel Labaké le Texas, État usurpé aux Mexicains dans les années 1830-1840 suite à l’achat massif de terres par des « colons » anglo-américains qui, une fois assez forts, avaient provoqué une « révolte populaire » exigeant l’annexion aux Etats-Unis.

« Les propriétés achetées par les étrangers sont tellement immenses, lance l’historien Carlos Moreno, la Patagonie tellement éloignée de Buenos Aires que si un gouvernement étranger décidait d’y construire une base militaire, on s’en apercevrait seulement vingt ans après ! »

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