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N° 219 - mai 2003
Re-colonisation de l’Amérique du Sud
Les États-Unis lorgnent l’Amazonie et la Patagonie
André Maltais
Pendant que le Commandement central (Centcom) de l’armée américaine capte toute l’attention en Irak, le Commandement Sud (Southcom), lui, poursuit patiemment ses efforts pour militariser, à partir du conflit colombien, toute la région amazonienne notamment en Bolivie et en Équateur, les pays les plus vulnérables. Quant à l’Argentine, FMI et banques étrangères ne lui suggèrent rien de moins que de payer sa dette avec la moitié de son territoire!

Le 24 mars, invitée par David Greenlee, ambassadeur américain en Bolivie, la sous-secrétaire américaine aux Affaires contre les narcotiques, Deborah McCarthy, déclarait que les Etats-Unis ne toléreront plus la moindre plantation légale de coca dans la région du Chapare parce que « à cause de nos succès en Colombie, les narcotrafiquants de là-bas viendront ici cultiver la drogue ».

Cette nouvelle ingérence torpillait la fragile table de dialogue entamée entre le président Gonzalo Sanchez de Lozada et le mouvement des Cocaleros (paysans cultivateurs de coca) représenté surtout par Evo Morales, chef du Mouvement vers le socialisme (MAS), seconde force politique du pays.

Cela va probablement relancer le cycle des violences qui ont fait plus de 50 morts depuis janvier 2003. D’autant plus qu’un mystérieux groupe « maoïste » (l’État-major du peuple) poussait récemment certains éléments des Cocaleros à attaquer des locaux d’un programme gouvernemental favorisant des cultures de substitution et que, à leur tour, les paysans participant à ce programme annonçaient qu’ils prendront les armes pour répondre aux « pressions coercitives » des Cocaleros.

Lettre ahurissante

Accusé de tirer bien des ficelles, l’ambassadeur Greenlee, ex-conseiller politique du Southcom, espère qu’une nouvelle explosion de violence créera un chaos propice à l’intervention des troupes américaines surtout que les actes de rébellion et d’insubordination se sont récemment multipliés dans l’armée et la police locales.

Cela explique sans doute pourquoi, au beau milieu d’une réunion de la table de dialogue, le vice-président bolivien Carlos Mesa a lu une lettre ahurissante dans laquelle le même ambassadeur prévenait que des éléments du MAS préparaient un coup d’État pour le 9 avril pendant lequel ils allaient assassiner leurs propres meneurs Evo Morales et Filemon Escobar !

Pour les analystes boliviens, il s’agit d’une menace de mort à peine voilée contre les dirigeants du MAS et d’une justification à l’avance d’un vrai coup d’État visant soit à militariser le régime de Sanchez de Lozada où à le renverser au profit de Manfred Reyes Villa, ex-capitaine d’armée lié aux dictatures du début des années 1980.

Villa dirige la « Nouvelle force républicaine » et, selon la presse alternative bolivienne, fréquente assidument l’ambassade américaine depuis deux mois.

Bateaux de guerre

L’Équateur est l’autre maillon faible de la région andine. En 1999, au bord de ne plus pouvoir exporter les deux milliards de dollars annuels dus à ses créanciers, le pays céda l’aéroport militaire et une partie du port de la ville de Manta aux forces armées américaines.

Celles-ci veulent maintenant davantage, soit la permission pour les navires de guerre américains de stationner en permanence dans les eaux territoriales équatoriennes et d’y agir comme bon leur semble contre quelque autre navire que ce soit.

Une telle entente mettra pratiquement fin à la neutralité de l’Équateur face au conflit colombien et contribuerait d’autant à embraser la région que, le 15 janvier, le président colombien, Alvaro Uribe, demandait aux États-Unis d’intervenir dans son pays contre les guérillas une fois la guerre d’Irak terminée.

Ceux-ci ne cessent d’exercer toutes sortes de pressions sur l’Équateur pour l’impliquer dans le Plan Colombie.

Fermer la frontière

Ainsi, début mars, l’ambassadrice Kristie Kenney déclarait au quotidien El Universo, de Guayaquil, que l’Équateur doit fermer sa frontière avec la Colombie. Puis, le 30 mars, James Hill, patron du Southcom, recevait à Miami les chefs des armées des deux pays pour convaincre l’Équateur.

Les Etats-Unis ont aussi réuni à Bogota en Colombie les ministres de la Défense et des Relations étrangères des pays voisins de la Colombie pour les persuader de qualifier de « terroriste » la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Seul le Panama accepta.

Le 23 mars, James Hill visitait des installations militaires équatoriennes dans l’Amazonie proche de la frontière du Putumayo colombien, théâtre d’opérations probable d’une éventuelle intervention américaine en Colombie.

Le but visé est clair: forcer l’Équateur à concentrer des troupes à la frontière colombienne, puis aider l’armée colombienne à « pousser » les guérilleros des FARC contre les forces équatoriennes.

Plus près de « Lula »

Mais le gouvernement de Lucio Gutierrez de même que l’armée (co-responsables du soulèvement de 2001 contre le président néo-libéral Jamil Mahuad) se sentent plus proches de « Lula » au Brésil que de George W. Bush, et ils résistent.

Certains hauts dirigeants militaires parlent même d’occuper la base de Manta aux côtés des Américains pour veiller à protéger la neutralité et la « sécurité intérieure » du pays.

Cette volonté d’indépendance explique sans doute l’étrange arrestation, le 10 avril, de neuf « tueurs à gages » alors qu’ils étaient supposément en mission de 30 jours pour assassiner le président Gutierrez.

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