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Québec : on vote pas ! Parti des abstentionnistes.
N° 219 - mai 2003

Les femmes et le débat constitutionnel au Québec
Élaine Audet
Le livre de Chantal Maillé, {Cherchez la femme/Trente ans de débats constitutionnels au Québec}1, montre l’importance de la participation des femmes à ces débats, analyse leurs contributions et questionne les explications données pour justifier leur faible présence en politique. Afin de cerner leur intérêt pour ces questions, Maillé a interrogé trente femmes, citoyennes engagées ou leaders d’opinion dans leur communauté. Elle conclut en suggérant quelques pistes de solution pour favoriser l’engagement des femmes en politique.

Selon Chantal Maillé, on a organisé au Québec le débat sur la démocratie ou sur la citoyenneté selon une logique qui peut facilement rendre les femmes invisibles. Une logique se limitant à la question ethnique (anglophones, francophones, autochtones), ou territoriale (provinces, régions, gouvernement central). Dans ces catégories, on peut passer les femmes sous silence parce qu’elles sont à la fois partout et dispersées.

La victoire de l’individualisme ?

Pour l’auteure, les anciens lieux d’appartenance ne peuvent rendre compte du monde d’aujourd’hui. Elle reconnaît cependant que la déconstruction postmoderne, dont elle s’inspire, est une entreprise qui déstabilise toute forme d’action collective et empêche l’adoption d’une position commune. On retrouve cette même vision des choses à propos de la prostitution, quand on met l’accent uniquement sur la liberté de choix individuelle sans voir les conséquences sociales désastreuses pour la collectivité d’une éventuelle libéralisation totale du système proxénète.

Il s’agit d’une analyse inspirée par le conditionnement idéologique néolibéral, promu à grand renfort par les médias, à l’encontre des grands mouvements actuels de solidarité et de résistance. Contrairement à ce que suggère l’analyse postmoderne, soutenue par Maillé, il est toujours possible de trouver des lieux d’appartenance collective où l’on peut conjuguer les différentes facettes de notre identité dans l’inclusion et la reconnaissance des différences.

Un système politique reproduisant l’exclusion

Le point central de l’essai de Chantal Maillé consiste, cependant, à réfuter l’explication de la faible présence des femmes dans le domaine politique par leur socialisation différente et leur manque de compétence. Selon elle, une telle affirmation vise à camoufler que le manque de représentation politique des femmes provient d’une discrimination systémique au sein des institutions politiques. L’essentiel étant de reproduire le modèle homogène d’hommes blancs, hétérosexuels de la classe moyenne, bien scolarisés et l’exclusion des groupes marginalisés (femmes, communautés culturelles, etc.).

Maillé conclut en se demandant si la solution à la faible présence des femmes dans les lieux de pouvoir ne passe pas par l’adoption de mesures structurelles comme des quotas, des sièges réservés aux femmes ou encore un système paritaire. Elle rejoint ainsi les conclusions du Colloque Féminisme et démocratie qui se tenait à Montréal en janvier 2003. Quant à la proportionnelle, elle lui semble plus équitable pour les partis minoritaires et davantage en accord avec la promotion de la diversité et de la représentation sociale.

1. Chantal Maillé, {Cherchez la femme/Trente ans de débats constitutionnels au Québec,} Montréal, Remue-ménage, 2002.

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