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Québec : on vote pas ! Parti des abstentionnistes.
N° 219 - mai 2003

L’anglais à l’école dès la première année : inefficace et en interférence avec l’apprentissage du français
Mario Beaulieu
En août 2000, les jeunes libéraux ont proposé que l’enseignement de l’anglais débute dès la première année. Cette suggestion avait aussitôt été entérinée par leur chef, Jean Charest. Dans son programme et sa plate-forme électorale, le Parti libéral du Québec en fait même une matière obligatoire dès la première année dans toutes les écoles françaises du Québec. À l’heure actuelle, l’enseignement de l’anglais langue seconde débute en troisième année.

L’apprentissage d’une langue seconde est plus efficace au secondaire

Pourtant, de nombreuses études effectuées sur le sujet depuis 30 ans dans une vingtaine de pays indiquent plutôt qu’une telle précocité de l’enseignement d’une langue seconde, en milieu scolaire, ne donne pas de meilleurs résultats.

Spécialiste de la question, le linguiste Gilles Bibeau, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, compare l’enseignement de l’anglais langue seconde au primaire à un « stéréotype sociolinguistique facile » qui ne coincide en aucune manière avec les conclusions scientifiques. Il précise que les études faites sur le sujet partout dans le monde démontrent clairement qu’à l’école, les adultes apprennent mieux une langue seconde que les adolescents, et les adolescents, mieux que les enfants.

D’abord bien maîtriser une langue facilite l’apprentissage des autres langues

D’autres études indiquent qu’il est essentiel de maîtriser d’abord les structures de la langue maternelle pour réussir à bien saisir les structures de la langue seconde et ne pas confondre les deux.

Une exposition hâtive à une langue seconde peut donc plausiblement affaiblir la qualité de l’apprentissage du français, qui est déjà loin d’être idéal dans le système scolaire québécois, et rendre plus difficile l’apprentissage de l’anglais langue seconde.

Imaginons ce qui se passe chez les enfants allophones pour qui le français est déjà une langue seconde à maîtriser, et qui sont issus de familles qui ont immigré au Canada bilingue et non au Québec français.

Dans le contexte montréalais : un autre pas vers la bilinguisation ?

Dans le contexte montréalais, un autre fait important plaide en défaveur de l’enseignement trop précoce de l’anglais dans nos écoles primaires. En effet, malgré le léger soubresaut détecté par Statistique Canada en 2001, la déclinante majorité francophone de l’île de Montréal connaît de persistantes difficultés à assurer une concurrence suffisante au pouvoir d’attraction de l’anglais.

La tendance des étudiants allophones issues des écoles françaises à s’inscrire à plus de 40 % dans les cégeps anglais est restée stable. Le bilan des transferts linguistiques dans l’île illustre bien que Montréal ne peut se permettre d’ajouter une ambiguïté supplémentaire au message qui doit être transmis à la population montréalaise allophone à l’effet que le français est la langue commune de tous les Québécois.

Ainsi, non seulement est-il scientifiquement démontré que l’instauration de l’enseignement de l’anglais dès la première année est contre-indiqué, mais il contribuerait en plus à confirmer dès leur arrivée à l’école les enfants allophones, et leurs parents, que la société québécoise se définit comme bilingue.

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