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Les boys 3 1/2
N° 206 - février 2002

Le lobby des compagnies d'assurances bousille le front commun des provinces
Pierre Dubuc

L’effet « Mazankowski »



Quelques semaines avant la conférence sur les soins de santé des premiers ministres à Vancouver, l'Alberta rendait public le rapport d'une commission d'enquête présidée par l'ex-ministre conservateur Don Mazankowski, qui est un hymne à la désassurance et à la privatisation des soins de santé. Une journée avant le début de la conférence, le premier ministre Ralph Klein annonçait qu'il retenait les principales recommandations du rapport.

En agissant de la sorte, l'Alberta bousillait un éventuel front commun des provinces pour arracher du gouvernement fédéral un financement accru des soins de santé. Les compressions fédérales, en vigueur depuis 1994, privent les provinces de 8 milliards $ pour l'année en cours !

Derrière le gouvernement albertain se profile l'ombre des compagnies d'assurances, principales bénéficiaires de toutes désassurances. Don Mazankowski siège dans le conseil d'administration de la Great-West, la plus importante compagnie d'assurances au Canada, avec des actifs de 86 milliards de dollars. L'opposition officielle de l'Alberta a d'ailleurs dénoncé avec véhémence le rapport en soulignant que Don Mazankowski était en flagrant conflit d'intérêts.

Revirement du gouvernement fédéral

Le gouvernement fédéral a défendu jusqu'ici les principes sur lesquels repose notre système public de santé. L'existence du système public est souvent même évoquée comme une des caractéristiques fondamentales de l'identité canadienne.

Mais le dernier remaniement ministériel indique un changement d'attitude du fédéral. Anne McLennan, qui vient de remplacer Allan Rock à la Santé, s'est montrée plutôt favorable au rapport Mazankowski et a déclaré que la privatisation pouvait être une avenue. La ministre McLellan est députée d'Edmonton, en Alberta.

Le premier ministre Jean Chrétien n'est évidemment pas étranger à ce changement de cap. Et, comme Mazankowski, il est lui aussi en conflit d'intérêt. La Great-West est en effet la propriété de Power Corporation de la famille Desmarais, dont on connaît les liens étroits avec Jean Chrétien. La fille de Chrétien est marié au fils de Paul Desmarais. On peut même spéculer que le dernier remaniement ministériel a été concocté autour d'un verre à la résidence de Paul Desmarais en Floride, où le couple Chrétien a l'habitude de passer ses vacances des Fêtes de Noël.

Un beau cas de « convergence »

Québec déclare ne pas vouloir emprunter le chemin suivi par l'Alberta. Le gouvernement Landry a réaffirmé sa préférence pour un système public, même si on peut noter de nombreuses entorses à ce principe.

Mais le gouvernement aura fort à faire. Non seulement avec les autres provinces, mais au Québec même où le rapport Mazankowski a fait bien des adeptes. Le journal Les Affaires a salué le rapport, et son rédacteur en chef, l'ineffable Jean-Paul Gagné, a parlé de Don Mazankowski comme étant « un homme mesuré, intègre et doté d'un jugement sûr ».

Le journal La Presse a emboîté le pas. L'éditorialiste en chef André Pratte a fait sienne une des principales conclusions du rapport Mazankowski affirmant que «le système de santé actuel n'est pas viable s'il est seulement financé par les gouvernements provinciaux et fédéraux ». D'où la conclusion qu'il faut, selon Pratte, « envisager une implication accrue du secteur privé dans la fourniture et dans le financement des soins de santé ».

Pour légitimer son propos, André Pratte laisse entendre que l'augmentation des coûts de la santé serait incontrôlable. Rien de plus faux. En fait, les dépenses de santé, calculées en fonction du Produit intérieur brut, ont baissé depuis dix ans. Le pays consacre aujourd'hui 9,4 % de son PIB à la santé comparativement à 9,9 % en 1992. Par contre, aux États-Unis, où les dépenses publiques ne constituent que 45 % des coûts de la santé, ceux-ci représentent 12,9% du PIB.

L’auteur du Syndrome de Pinocchio n'a jamais mentionné que Mazankowski siégeait à la Great West et son journal ne parle jamais de l'intérêt des compagnies d'assurances dans la privatisation. André Pratte agite plutôt le spectre d'une hausse d'impôts pour financer la santé! Il préfère sans doute que nous dépensions le double en primes d'assurances au profit de son patron, Paul Desmarais.

Un scandale ne guérit pas un scandale

Gagliano part, Stewart reste, les vieux se passent du reste

Un scandale chasse l’autre. Gagliano a été chassé du cabinet, mais la ministre Jane Stewart a conservé son ministère du Développement des ressources humaines. Pourtant son ministère a privé 270 000 personnes âgées parmi les plus pauvres, dont 68 000 au Québec, du supplément de revenu garanti auquel elles avaient droit.

Depuis 1993, a-t-on appris, le ministère était au courant de la situation, mais n'a rien fait pour la rectifier. L'inaction du gouvernement lui a permis d'économiser environ 400 millions $ en moyenne par année, pour un total de 3,2 milliards depuis 1993.

Le ministère va-t-il dorénavant s'assurer que les personnes âgées ayant droit au supplément seront informées de la procédure à suivre ? Pas vraiment. Les personnes privées du supplément pourront-elles le toucher rétroactivement? Non, parce que le fédéral a eu la bonne idée de changer en 1995 la Loi sur la rétroactivité des paiements pour réduire de cinq à un an cette période de rétroactivité!

Le premier ministre Chrétien a montré le chemin du Danemark à son ministre Gagliano parce que sa présence risquait de faire éclater une controverse sur la répartition du patronage entre les différents groupes de la classe dirigeante. Mais, qui va faire des vagues avec le sort des personnes les plus démunies de la société ? Le Bloc québécois avait promis de remuer mer et monde lorsque le scandale a éclaté, mais c'était avant les vacances des Fêtes.

Un coup de Cauchon

La répression forme la jeunesse dit un proverbe redneck

Pour plaire au lobby d'extrême droite de l'Ouest, la ministre de la Justice Ann McLellan a piloté le projet de loi extrêmement répressif sur les jeunes contrevenants. Maintenant qu'elle a été mutée à la santé à la demande du lobby des compagnies d'assurances, il fallait bien un Québécois pour enfoncer ce projet dans la gorge des Québécois qui sont d’avis que la répression n'est pas la meilleure façon de réhabiliter les jeunes contrevenants.

Le Cauchon était tout désigné. Une de ses premières déclarations a été d'affirmer que le Québec ne constituait pas une société distincte à ce chapitre et qu'il devait se plier à la loi des rednecks de l'Ouest. C'était le prix à payer pour avoir le ministère.

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