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N° 219 - mai 2003
Comment désarmer le mouvement contre la guerre ?
Faire taire les médias indépendants et propager l’illusion que la « guerre est terminée »
Michel Chossudovsky
La mort tragique de deux journalistes, le 8 avril dernier, fut coordonnée avec l’opération militaire et la prise de Bagdad par les forces américaines. Ces assassinats s’inscrivaient dans les plans de guerre du Pentagone et constituaient un tournant dans la campagne de désinformation.

Le 8 avril, on a ciblé délibérément les correspondants des réseaux Al Jazeera et Reuters. Ce n’était pas un accident. Cette action était conforme à la ligne de conduite définie par le Pentagone concernant les journalistes indépendants « non incrustés » qui, depuis le début de la guerre, réalisaient leurs reportages sous la « protection » du ministre irakien de l’Information.

Une semaine avant le début de la guerre, le Pentagone avait annoncé que les journalistes indépendants qui transmettaient de l’information par le biais de leurs téléphones satellite pourraient constituer une cible éventuelle. Bien entendu, c’est l’équipement qui serait la cible. Cela ne signifiait pas qu’on tuerait des journalistes. Kate Adie, un correspondante chevronnée de la BBC, déclarait, en entrevue à la station de télévision irlandaise RTE, que le Pentagone avait « menacé de faire feu sur l`équipment via satellite qui assurait la liaison téléphonique des journalistes indépendants. C’est ce lien qui permet de transmettre par satellite le signal des téléphones et de la télévision ».

L’objectif sous-jacent de l’assassinat de journalistes était de déstabiliser les « médias non incrustés » et de perturber les reportages factuels en provenance du théâtre de la guerre. Il s’agissait également d’une mise en garde aux médias d’Asie et du Moyen-Orient qui assuraient la couverture de la guerre à partir de Bagdad, sans être accrédités par le Pentagone.

Avec l’entrée des troupes états-uniennes à Bagdad, les journalistes indépendants, qui travaillaient sous la protection du ministre irakien de l’Information, furent amenés sous le contrôle direct des forces d’occupation. D’autre part, les « journalistes incrustés », rattachés aux différentes unités militiaires états-uniennes et britanniques et opérant avec l’approbation du Centcom américain (USCENTCOM), transmettaient maintenant directement de Bagdad, jetant dans l’ombre plusieurs de leurs collègues journalistes indépendants « non incrustés », qui oeuvraient à partir de l’hôtel Palestine.

Intimider les journalistes indépendants

Le transfert de juridiction pour les journalistes indépendants à Bagdad a eu lieu le 8 avril avec l’effondrement du ministère de l’Information et l’assassinat de deux journalistes indépendants par les forces armées états-uniennes.

Le correspondant de Al-jazeera, Tariq Ayoub, fut tué lorsque deux missiles ont frappé les bureaux de Bagdad de l’agence du Qatar alors qu’il « se trouvait sur le toit s’apprêtant à transmettre un reportage sur l’intensification des bombardements sur la ville ».

Selon le réseau Al-Jazeera, « un autre journaliste fut tué et quatre autres blessés lorsqu’un blindé états-unien a fait feu sur l’hôtel Palestine où résidaient au moins 200 correspondants internationaux ».

D’après l’agence Reuters, « un reporter, un photographe, un caméraman et un technicien ont été transportés à l’hôpital après l’impact ».

Selon la version du Pentagone, « les soldats états-uniens qui ont tué les deux journalites à l’hôtel de Bagdad avaient exercé leur droit à l’auto-défense ».

Le but du Pentagone était clair : empêcher la transmission de reportages indépendants sur la bataille de Bagdad alors en cours. Pour atteindre cet objectif, il fallait, premièrement, intimider les journalistes « non incrustés » et les obliger à rechercher leur accréditation auprès des autorités militaires états-uniennes. Deuxièmement, il fallait exercer une censure directe sur tous les canaux d’information en provenance de Bagdad.

Cibler les organisations humanitaires « non intégrées »

Drôle de coïncidence, le même jour, un convoi de sept véhicules de la Croix-Rouge internationale, chargé d’approvisionner les hôpitaux, s’est retrouvé « au milieu d’un feu croisé ». Treize personnes ont été tuées dont le délégué de la Croix-Rouge à Bagdad, qui était un Canadien. (Pas un mot de la presse canadienne à ce sujet). Selon le Health Newswire Consumer, les véhicules « étaient bien identifiés avec de grandes croix rouges visibles de loin ». Les reportages laissent à penser que le convoi a été délibérément ciblé. La Croix-Rouge était la dernière agence d’aide internationale encore présente à Bagdad. Elle a immédiatement cessé ses opérations.

Cette attaque contre la Croix-Rouge, qui avait travaillé jusque là en étroite collaboration avec les responsables irakiens de la Santé et le personnel des hôpitaux, constituait également un tournant majeur. Elle ouvrait la porte à l’arrivée aux organismes humanitaires et aux agences d’aide approuvés (« incrustés ») par le Pentagone.

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