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Québec : on vote pas ! Parti des abstentionnistes.
N° 219 - mai 2003

Le PQ et l’UFP battus par le Parti des abstentionnistes
Pierre Dubuc
Certes, le Parti québécois a perdu sa clientèle « union nationale » et créditiste à l’ADQ et une partie de son électorat aisé des banlieues « fusionnées » au Parti libéral. Mais sa défaite s’explique par le fait que 475 500 électeurs, qui lui avaient accordé sa confiance en 1998, ont décidé d’exprimer leur mécontentement en restant chez eux le jour du scrutin. Le PQ a été battu par le plus grand des tiers partis, le Parti des abstentionnistes.

Nous avions prédit ce scénario lors d’une intervention au Rassemblement des souverainistes en décembre 2001. « L’électorat de gauche, déclarions-nous devant un public péquiste, ne se retrouvera pas au Parti québécois. Il ira plutôt grossir les rangs du plus gros de nos tiers parti, le Parti des abstentionnistes » (l’aut’journal, no. 205) Seul le scrutin proportionnel, disions-nous alors, « entraînerait un formidable intérêt pour la politique et une fantastique mobilisation des souveranistes de toutes tendances ».

Plus tard, en juin 2002, lorsqu’il est devenu évident que le temps manquait pour une réforme du mode de scrutin et qu’il importait de bloquer l’ADQ, nous avons proposé une alliance entre, d’une part, le Parti québécois et, d’autre part, le mouvement syndical et la gauche. « Une telle perspective, écrivions-nous, stimulerait les troupes souverainistes et progressistes ». À défaut de cela, nous prédisions que l’électorat souverainiste et progressiste, déçu du PQ, ne se tournerait pas vers l’Union des forces progressistes (UFP), mais se réfugierait dans l’abstention (l’aut’journal, no. 211). Les résultats du 14 avril nous ont donné raison.

Rien pour 40 % de la population

Que 30 % de l’électorat ait décidé de faire l’élection buissonnière ne devrait pas nous étonner. Les trois principaux partis politiques n’avaient rien à offrir aux gens à faibles revenus, c’est-à-dire au 40 % de la population trop pauvre pour payer de l’impôt sur le revenu. Comment ceux-ci pouvaient-ils être alléchés par le thème central de la campagne du Parti québécois qui promettait la semaine de quatre jours aux couples avec des enfants de moins de 12 ans ? Qui peut se permettre de perdre une journée de paye quand on vit aussi serré ?

La promesse de réduction d’impôt du Parti libéral n’avait évidemment rien non plus pour les séduire. Ces familles ne paient pas d’impôt ! Quant à la proposition de l’ADQ de consacrer les surplus budgétaires à la réduction de la dette, elle était insultante pour des gens souvent obligés d’utiliser leurs cartes de crédit pour payer l’épicerie.

La grande question est de savoir pourquoi cet électorat n’a pas accordé ses voix au seul parti dont le programme collait en théorie à ses intérêts : l’UFP ?

Quatre ans de stagnation

L’UFP et les autres tiers partis ont fait sensiblement le même score que le PDS, le RAP et les autres tiers partis lors du scrutin précédent. Amir Khadir a récolté 18 % des suffrages. Michel Chartrand était allé en chercher 15 % contre Lucien Bouchard. Comment expliquer cette stagnation ?

Bien entendu, il y a un effet du mode de scrutin qui provoque le vote « utile » ou « stratégique ». Mais cela n’explique pas pourquoi les électeurs mécontents préfèrent s’abstenir plutôt que de voter UFP.

On invoquera le boycott de l’UFP par les grands médias. Mais dans certaines régions, comme Lanaudière, les candidats de l’UFP ont bénéficié d’une excellente couverture de la part des hebdos régionaux adéquistes de Transcontinental – qui cherchait manifestement à nuire au PQ – sans que cela se traduise par de meilleurs résultats qu’ailleurs. Le mode de scrutin et les médias n’expliquent pas tout.

Au cours des dernières quatre années, la gauche a consacré l’essentiel de ses efforts à l’unification des tiers partis. Cependant, le résultat démontre que cela n’a pas provoqué de saut qualitatif. Alors, que faire maintenant ?

Créer une organisation électorale

Certains, au sein de l’UFP, sont d’avis que celle-ci doit s’orienter vers une participation active aux élections scolaires et municipales. Cela permettra de se rapprocher de la population, d’identifier ses besoins et de les traduire en revendications appuyées sur des recherches fouillées.

Des commissaires d’école ou des conseillers municipaux élus sous la bannière de l’UFP auraient un meilleur accès aux médias. Ils pourraient initier des luttes contre le parti au pouvoir à Québec en prenant appui sur leur mandat local.

L’UFP pourrait alors prétendre être le « parti de la rue et des urnes », car il ne suffit pas de participer aux marches pour la paix ou contre la mondialisation, initiées par d’autres organismes, pour pouvoir se proclamer le parti de la rue.

Bien entendu, disent-ils, une telle orientation implique des transformations organisationnelles majeures et on peut s’attendre à une forte résistance de la part de ceux qui conçoivent une organisation politique sur le modèle d’un club social ou d’un club politique.

Mais le moment est venu, affirment-ils, de départager les différents types d’organisation. Nous avons besoin de clubs de discussion et de réflexion comme D’abord Solidaires de Françoise David ou Les Amis du Monde diplomatique. Mais il ne faut pas confondre ces formes d’organisation avec un parti politique dont l’objectif doit être la prise du pouvoir.

Une tendance de gauche au sein du PQ ?

D’autres pensent que, même si l’UFP réussit cette transformation majeure, elle se butera toujours au mode de scrutin qui marginalise les tiers partis. Selon eux, la réforme annoncée par Charest sera mineure et se limitera à une forme compensatoire pour les principaux partis.

La seule alternative, plaident-ils, est de profiter de l’inévitable recomposition des forces à l’intérieur du Parti québécois pour y organiser une tendance de gauche. Seule la liaison, affirment-ils, entre un programme de gauche et la quête de la souveraineté est capable de mobiliser les couches profondes de la population et permettre leur irruption sur la scène politique.

Le débat est ouvert.

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