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Québec : on vote pas ! Parti des abstentionnistes.
N° 219 - mai 2003

À défault de faire l’indépendance : défusionnons !
François Parenteau
Il y avait de quoi être mélangé lors de ces élections. Jean Charest affirmait qu’un vote pour l’ADQ était un vote pour le PQ. Bernard Landry laissait entendre qu’un vote pour l’UFP était un vote pour la droite et Mario Dumont disait qu’un vote pour le PQ ou le PLQ, c’était la même chose. Le Québec est donc le premier État du monde avec un mode de scrutin inversement proportionnel.

Pour ajouter à la confusion, lors du dernier débat, Mario Dumont s’est comparé à Jean Lesage, Bernard Landry à Robert Bourassa et Jean Charest à René Lévesque. Si chacun réussit à suivre son modèle, je prédis que Mario Dumont comme Lesage, fera bientôt face à des démissions fracassantes dans son parti, que Landry, comme Bourassa, réussira à aller où il veut sans l’avoir dit à personne et que Charest, comme Lévesque, va se faire fourrer par le fédéral.

D’ailleurs, au sujet du douteux rapprochement qu’a fait Jean Charest entre lui-même et René Lévesque, le tremblement terre ressenti dans la région de Québec au beau milieu de la campagne électorale ne devrait surprendre personne : c’était Ti-Poil qui se retournait furieusement dans sa tombe!

Depuis le débat, les sondeux se sont accordés pour dire que la lutte se faisait désormais entre le Parti québécois et le Parti libéral. Ce qui nous a encore ramenés à la division entre fédéralistes et souverainistes. Mais Charest, pour bien démontrer sa bonne volonté à défendre les intérêts politiques du Québec à Ottawa, a déclaré qu’il pourrait travailler de concert avec le Bloc québécois. Quelle ironie! Apprécions au moins, dans l’angle mort, cet aveu de Charest: s’il dit vouloir défendre les intérêts du Québec, c’est qu’il reconnaît qu’ils sont attaqués...

Le Parti québécois semblait avoir trouvé un bon filon avec la conciliation « famille-travail ». D’ailleurs, avez-vous remarqué qu’au début, on disait conciliation « travail-famille » et qu’on a depuis peu inversé la formule ? Sans doute qu’un stratège a fait remarquer que, pour donner l’image de faire passer la famille en premier, l’ordre des mots n’était pas innocent.

Landry peut-il m’aider à me trouver une blonde ?

Mais qu’y a-t-il pour moi, là-dedans, qui n’ai pas de famille ? Quelle est la politique du Parti québécois pour les célibataires ? Est-ce que Bernard Landry peut m’aider à me trouver une blonde ? Le Québec, en pleine crise du couple, est d’ailleurs en déficit sur ce plan-là. Et ça n’aide sûrement pas à la famille.

Pourquoi pas, au lieu de missions économiques, organiser des tournées de rencontres à l’étranger... Ça amènerait des immigrants et des immigrantes déjà matchés à des Québécoises et des Québécois, ce qui favoriserait leur intégration. En plus, les enfants métissés sont moins sujets à des maladies génétiques, ce qui allègerait les listes d’attentes... Et, dans 18 ans, plus personne ne pourrait parler des votes ethniques.

On croirait entendre Diane Francis ou Mordecai Richler

Mais pour l’instant, revenons-y encore puisque notre nouveau premier ministre semble apprécier... Quand Charest a lancé sa référence à une obscure allocution de Jacques Parizeau devant une centaine d’étudiants à Shawinigan, c’était un dérapage démagogique dangereux pour le Québec et ce, tant pour les fédéralistes que pour les souverainistes.

Si Monsieur Charest disait clairement: je crois au Canada, je crois au Québec dans le Canada, il ferait un travail utile et même noble. Il ne l’a fait que dans son discours victorieux, ce qui en dit long. Car, pendant la campagne, il n’a pas essayé une seconde de convaincre les Québécois des atouts du Canada. Sans doute sait-il la tâche impossible, mais c’est une autre question. Sa seule stratégie pour « casser les séparatistes » consiste à discréditer le mouvement souverainiste en associant ses leaders à de bien honteuses choses comme le racisme. En ce sens, Charest est le politicien le plus canadien-anglais du Québec. On croirait entendre Diane Francis ou Mordecai Richler.

Et, si on regarde bien, on voit que cette stratégie chez lui dépasse la tentation d’un coup d’éclat frauduleux mais isolé pour détourner un débat. N’est-ce pas sous sa gouverne et avec la complicité empressée de Lucien Bouchard que le Parti libéral a magouillé pour transformer les propos d’un simple citoyen non élu et que ça devienne « L’affaire Michaud » ?

Que des nationaleux disent des conneries. ça peut arriver. Surtout quand on déforme tout ce qu’ils disent pour que ça ait l’air raciste. Mais depuis que Charest est à Québec, faut avouer qu’ils ont un puissant haut-parleur. Il distorsionne à fond, mais il crache.

Or, si on revient aux propos de Parizeau, la plupart de ses critiques disent qu’il n’a pas dit de fausseté le 30 octobre 1995, mais que l’odieux venait du moment dramatique choisi, que cette constatation aurait du rester un sujet d’analyse statistique et sociologique, mais pas l’objet d’une déclaration solennelle aux allures d’accusation.

D’ailleurs, j’ai souvent vu des libéraux se vanter et même se trouver une légitimité de l’appui indéfectible d’une majorité d’immigrants à leur parti. Mais ça, ça ne fait jamais la une. Qui est coupable d’envenimer le débat ici? Celui qui a un vieux baril de poison dans son grenier et qui tente de s’en débarrasser ou celui qui va le chercher pour nous le pitcher dans la face ?

Et Charest a l’outrecuidance de dire que l’idée de souveraineté, et avec elle le parti qui la propose et qu’il devait battre pour prendre le pouvoir, divise le Québec. Mais le Québec EST divisé. Qu’on aime ou non Landry, il a au moins eu à coeur d’unifier le Québec.

L’indépendance serait la meilleure façon d’y arriver mais, à défaut de l’obtenir, la paix des Braves était un pas dans la bonne direction. Le maintien d’une loi linguistique faisant en sorte que le français soit le lieu de rencontre de tous les Québécois en est une autre preuve. Même les fusions forcées avaient au moins ce mérite pour l’île de Montréal. Mais Charest, lui, se nourrit de la division comme une hyène se goinfre dans une plaie ouverte.

L’agenda caché de Jean Charest

Quand il ouvre la porte aux défusions pour mettre de son bord les ex-petits maires de ghettos anti-québécois qui ne veulent rien savoir de vivre dans une ville à majorité francophone et qui rêvent que leur enclave serve d’assise à la partition si on fait l’indépendance, est-ce qu’il fait un travail d’unité? Quand il veut ramener l’anglais dès la maternelle, alors que la question ne passionne que quelques colonisés et divise les experts, il ne vient pas fragiliser un équilibre gagné de haute lutte, équilibre d’ailleurs à qui plusieurs attribuent le fait que le Québec fasse toujours partie du Canada ?

Charest a été éjecté du fédéral et parachuté au Québec pour sauver le Canada. C’est ça, son agenda caché à lui. Mais pour réussir sa mission, il utilise des armes toxiques et des bombes à fragmentation qui minent l’avenir du Québec, que ce soit comme pays ou comme province. Car les souverainistes sont aussi des Québécois. Salir leur option par des accusations calomnieuses de racisme, c’est jeter de l’huile sur un feu qui n’est pas encore allumé, mais auquel il suffira désormais d’une étincelle pour que ça flambe. C’est non seulement indigne d’un premier ministre, c’est indigne d’un chef du Parti libéral du Québec.

Une synthèse de deux chroniques lues les 5 et 12 avril à l’émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d’autre, à Radio-Canada.

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