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Québec : on vote pas ! Parti des abstentionnistes.
N° 219 - mai 2003
Le PQ lui aussi avantagé par le mode de scrutin
Avec 45,9 % des suffrages, le Parti libéral fait élire 61 % des députés
Paul Cliche
D’une élection à l’autre, le déficit démocratique engendré par le scrutin majoritaire prend des formes différentes. Le 14 avril dernier, il n’y a pas eu de renversement de la volonté populaire comme lors de l’élection précédente, les distorsions entre les votes et la représentation au niveau national n’ont pas non plus atteint une amplitude aberrante. Cette fois-ci, par contre, c’est le principal tiers parti, l’Action démocratique, qui a écopé.

Le PLQ

Cette victoire libérale, obtenue avec une majorité de quelque 485 600 voix sur les péquistes, soit près de 13 % des suffrages, a été possible parce que le parti de Jean Charest a réduit considérablement la substantielle avance que détenait depuis 1994 le parti souverainiste dans l’électorat francophone grâce notamment à la grogne suscitée par les fusions municipales forcées.

Les libéraux ont pu ainsi surmonter le handicap de près de 300 000 votes que leur vaut la concentration de leurs appuis dans les circonscriptions à forte composante anglophone et allophone de Montréal, de l’Outaouais, des Cantons de l’est et de l’ouest de la Montérégie.

On sait que le principal effet pervers de notre mode de scrutin est de favoriser le parti vainqueur au détriment de l’ensemble des partis d’opposition en lui permettant de faire élire beaucoup plus de députés que ne le justifie la proportion de votes qu’il obtient.

Cependant, on ne peut qualifier de scandaleux l’écart de 15 % qui favorise le PLQ, car le scrutin majoritaire a précisément pour but d’assurer de confortables majorités parlementaire aux partis gouvernementaux grâce à la substantielle prime qu’il leur octroie.

Dans ce contexte, une distorsion d’en deçà de 20 % est considérée comme normale. Toutefois, avec un scrutin proportionnel, la normalité veut que ce genre de distorsion en faveur du vainqueur ne dépasse pas 5 %.

Au delà de ces considérations, il est tout de même aberrant de constater que le Parti libéral puisse compter avoir fait élire 61 % des députés, même s’il n’a pas obtenu la confiance d’une majorité d’électeurs (45,9 % des suffrages).

On constate de plus qu’il a effectué un gain de 28 sièges comparativement à l’élection précédente en obtenant 17 500 votes de moins cette fois-ci étant donné la baisse de la participation et qu’une hausse de seulement 2,4 % dans la proportion de ses suffrages lui a valu une augmentation de 22,4 % dans sa députation.

Il faut aussi noter que l’appui accordé aux libéraux ne représente que 32 % du corps électoral compte tenu de la faible participation. Ce phénomène est encore plus accentué dans certaines régions comme l’Outaouais. .

À noter également que les deux partis qui alternent au pouvoir depuis 1976 se sont vu attribuer 96,8 % des sièges même si l’addition de leurs votes ne représente que 79,1 % des suffrages. Cela constitue une nouvelle illustration de la façon dont le scrutin majoritaire favorise le bipartisme.

Le PQ

Le 14 avril, pour la deuxième fois suite aux 37 élections provinciales tenues depuis 1867, la principale formation d’opposition, le Parti québécois, s’est vue elle aussi avantagée par le mode de scrutin quoique dans une proportion moindre que le vainqueur, le Parti libéral.

La proportion de 33% de votes que le Parti québécois a obtenus le 14 avril lui permis de faire élire 45 députés, soit de se voir attribuer 36% des sièges. Il a donc bénéficié d’une prime de 3%. Mais ce résultat occulte l’effondrement du vote péquiste qui a chuté de quelque 475 500 voix par rapport à l’élection précédente baissant à un niveau voisin du 30,2% de 1973.

L’ADQ

La proportion de 18,2 % de suffrages obtenue par l’Action démocratique ne lui a permis de faire élire que quatre députés se voyant ainsi attribuer seulement 3,2 % des sièges. Avec un scrutin proportionnel il aurait faite élire une vingtaine de députés.

Une expérience semblable avait eu lieu en 1944 alors le Bloc populaire avait obtenu 15,2 % des votes, mais n’avait lui aussi réussi à faire élire que quatre députés alors que les deux formations dominantes, l’Union nationale et le Parti libéral, étaient sur-représentées.

À noter que, selon le modèle créditiste de jadis, l’ADQ a pu obtenir une concentration suffisante de votes pour faire élire des députés seulement dans la région de Beauce-Appalaches et à Rivière-du-Loup même si cette formation s’est classée deuxième dans certaines circonscriptions de la région de Québec, de la Mauricie et des Bois-Francs. À l’ouest de Trois-Rivières et de Drummondville, notamment à Montréal, le parti a fait chou blanc à cause de la dispersion de ses votes.

Les votes de deux millions d’électeurs n’ont eu aucun poids

« Un électeur, un vote ». C’est là un des axiomes sur lequel repose toute démocratie de représentation. Il signifie que les votes de tous les électeurs doivent avoir le même poids puisque tous les citoyens sont égaux en droit; a fortiori lorsqu’il s’agit d’exercer le premier de ces droits, celui de voter pour choisir leurs représentants au Parlement. Voyons comment ce principe s’est appliqué le 14 avril.

L’élection d’un des 76 députés libéraux n’a nécessité en moyenne que quelque 23 000 voix. Celle d’un des 45 députés péquistes que 28 000 voix. Mais celle d’un des quatre député adéquiste plus de 175 000 voix.

Ces chiffres signifient que le vote d’un électeur libéral a eu presque huit fois plus de poids que celui d’un électeur adéquiste et celui d’un électeur péquiste plus de fois six plus de poids qu’un électeur adéquiste. C’est donc dire que le scrutin majoritaire a carrément bafoué le principe d’égalité; ce qui se produit d’ailleurs à toutes les élections.

On sait, par ailleurs, que l’un des principaux effets pervers du scrutin majoritaire est d’enlever tout poids aux votes des électeurs qui n’ont pas accordé leur appui aux candidats élus contrairement au scrutin proportionnel où pratiquement tous les votes servent à faire élire des députés. Cela équivaut en quelque sorte à priver ces électeurs de leur droit de vote

C’est ainsi que, le 14 avril, plus de 50 % des citoyens qui se sont rendus voter, soit près de deux millions d’électeurs, ont cru déposer leur bulletin de vote dans l’urne lorsqu’en réalité il le jetait à la poubelle. Même si aucun d’entre eux ne s’était rendu voter, en effet, les 125 députés élus auraient été exactement les mêmes.

Le plus haut taux d’abstentions en 20 élections

Un des point saillants des résultats de l’élection a certes été la baisse dramatique de la participation à un niveau qui n’a jamais été aussi bas au cours des 20 élections tenues en 76 ans soit depuis 1927. Entre l’élection de 1998 et celle-ci, le taux a chuté de 78,3 % à 70.5 %, ce qui représente une baisse de près de 250 000 voix que n’a pu compenser une augmentation de 236 000 du nombre d’électeurs inscrits.

En 1994, ce taux se chiffrait encore à 81,6 % et il avait atteint un sommet de 85,3 % en 1976 alors que le PQ avait pris le pouvoir. On se souvient aussi qu’il avait frôlé 95 % lors du référendum de 1995.

Le phénomène s’explique en grande partie par l’abstentionnisme des électeurs appuyant le PQ (une baisse de 475 500 à comparer à 1998). Un phénomène semblable avait été observé lors de la défaite péquiste de 1985 alors que le parti souverainiste avait encaissé un recul de 453 000 voix, mais s’était tout de même maintenu à un niveau de 38,7 % des suffrages; ce qui ne lui avait donné que 23 députés.

Un survol des résultats détaillés permet de constater que les rares circonscriptions où la participation a atteint ou approché 80 % sont celles où il y a eu un débat autour des défusions municipales comme Marguerite-d’Youville (Boucherville), Louis-Hébert (Ste-Foy), Jean-Talon (Sillery), La Peltrie (Cap Rouge) Charlesbourg, Chambly (St-Bruno) ou qui ont donné lieu à une lutte serrée comme Chutes-de-la-Chaudière, Lévis et Lotbinière sur la rive sud de Québec.

Comme à l’habitude, ce sont des forteresses libérales qui ont enregistré les plus bas taux de participation comme Westmount-St-Louis (53,7 %), Pontiac (55,5 %), Hull (58,3 %), Chapleau (58,7 %), Mont-Royal (59,3 %). La partie étant jouée d’avance en l’absence d’un scrutin proportionnel les électeurs ne se donnent pas la peine de se rendre voter.

En conservant 16 212 votes « stratégiques » perdus à l’ADQ, le PQ serait resté au pouvoir

Même si le scrutin majoritaire a été fort inéquitable envers l’Action démocratique, il lui a tout de même conféré un effet de nuisance important envers ses adversaires péquiste et libéral.

Pendant la campagne électorale, on se demandait lequel des deux allait en être la principale victime. L’analyse des résultats ne laisse aucun doute: c’est le Parti québécois. Parmi les quelque 216 000 votes de plus que l’ADQ a reçus le 14 avril qu’à l’élection de 1998 pour faire passer sa proportion de votes de 11,8 % à 18,2 %, on retrouve beaucoup plus de transfuges péquistes que libéraux.

Un calcul rapide permet de constater que si le PQ avait su endiguer cette hémorragie, comme le Parti libéral, il aurait facilement conservé le pouvoir. À la limite, il n’aurait eu besoin que d’empêcher le transfert de 16 212 votes péquistes à l’ADQ, soit un minime 0,4 % des suffrages globaux.

Ces votes auraient toutefois dû provenir des 16 circonscriptions où les majorités libérales sont les plus faibles, soit Matane, Roberval, Groulx, Lévis, Rouyn-Noranda, Chambly, Marguerite d’Youville, Trois-Rivières, Maskinongé, Iberville, La Prairie, St-Jean, Crémazie, Abitibi-Est, Laval-des-Rapides et Jonquière,

Si cela s’était produit, la répartition des sièges à l’Assemblée nationale aurait été: PQ 61; PLQ 60; ADQ 4.

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