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N° 219 - mai 2003
Il faut autre chose que des millions
L’échec prévisible du plan Charest en santé
Yanick Villedieu
Dans un livre qui n’a pas eu toute l’attention qu’il méritait, le journaliste Yanick Villedieu explique qu’une société égalitaire est plus importante pour la santé de sa population que les millions qu’on peut investir dans le système. Le texte qui suit a été établi à partir d’extraits du chapitre 5 du livre de Yanick Villedieu, Un jour la santé, publié chez Boréal.

Les études, désormais classiques, sur la santé des fonctionnaires britanniques, connues sous le nom d’« études de Whitehall », ont notamment mis en évidence un phénomène fascinant : l’existence d’un « gradient de santé » très net entre les quatre groupes d’employés étudiés.

La « cause » de la maladie est ailleurs

Le gradient de santé se décline de la façon suivante : les directeurs sont moins malades que les cadres, qui le sont moins que les employés de bureau, qui le sont moins que les employés subalternes – lesquels, pourtant, ne sont pas à strictement parler des « pauvres » qui vivraient dans des conditions affreuses et n’auraient pas d’accès aux services de santé ni aux services sociaux. On observe ce profil en pente, ce gradient de santé, aussi bien pour les causes particulières de mortalité, le cancer, les maladies coronariennes et vasculaires cérébrales, les maladies gastro-intestinales, les accidents et homicides, les suicides.

Comment expliquer ce remarquable gradient, cet « effet société » sur la santé des individus ? Ce qui ressort surtout, c’est l’importance des facteurs d’ordre psychique sur la santé des individus. C’est ce que suggère une autre observation, curieuse, des études de Whitehall : même si, au travail, tous les employés avaient à peu près la même tension artérielle, ce n’était plus du tout le cas une fois qu’ils étaient rentrés à la maison. Chez eux, les employés de rang supérieur retrouvaient une tension artérielle plus basse, plus normale donc, que les employés de rang inférieur, comme si les premiers parvenaient mieux que les seconds, une fois rentrés, à maîtriser les effets du stress ressenti au bureau.

Ainsi, ce ne serait pas « à cause » de telle ou telle maladie spécifique que les gens tombent malades et meurent : les pathologies de chacun constitueraient plutôt des voies contingentes conduisant à la maladie ou à la mort. La « cause » essentielle se situerait ailleurs.

Les sociétés égalitaires en meilleure santé

En fait, ce sont les inégalités sociales comme telles qui sont à la source des inégalités de santé. Observation plus troublante encore : plus les gradients sont marqués dans une société ou un pays, moins bon est l’état de santé moyen de l’ensemble de sa population – cela revient à dire que l’équité économique et la justice sociale sont bonnes aussi bien pour les pauvres que pour les riches, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle. C’est ainsi que les Suédois ou les Japonais, qui vivent dans des sociétés relativement égalitaires, sont dans l’ensemble en meilleure santé que les États-Uniens, qui vivent dans une société où les écarts socio-économiques sont plus importants.

Poussant plus loin l’analyse, les auteurs de Developmental Health montrent que l’état de santé des individus est conditionné, et profondément, par leurs toutes premières années d’existence. Tout se passe comme s’il y avait une « période critique » au cours de laquelle le nouveau-né ou le tout jeune enfant devait être entouré, stimulé, touché, aimé pour que soit assuré un développement optimal de son cerveau et de son système nerveux.

Des services à la petite enfance plutôt que deux méga-hôpitaux

Cette façon de mettre en perspective la santé, la maladie et la mortalité à l’échelle des populations et des groupes sociaux qui les composent est riche d’enseignements. Cela nous apprend, par exemple, que pour améliorer la santé d’une population, c’est sans doute aux inégalités sociales et économiques entre les individus qu’il faut surtout s’attaquer. Ou encore, que de bons services à la petite enfance et à l’enfance constituent d’excellents investissements collectifs sur le plan de la santé et du bien être des populations.

Présenté autrement – et j’en conviens, avec un brin de démagogie – de quoi la « capitale de la pauvreté au Canada » qu’est Montréal a-t-elle le plus besoin, d’un vigoureux programme de lutte contre la pauvreté et d’aide à ses 25 % d’enfants qui vivent encore dans les privations de toutes sortes, ou de la construction de deux nouveaux centres hospitaliers universitaires hyper-modernes et, il va sans dire, hyper-coûteux ?

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