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Québec : on vote pas ! Parti des abstentionnistes.
N° 219 - mai 2003

Un Québécois crée tout un émoi aux États-Unis
Vincent Larouche
L’apparition, dans les rues, les cours d’écoles et les campus américains de t-shirts arborant l’effigie du président Bush, affublée du titre «International Terrorist», a créé tout un émoi chez nos voisins du sud récemment. Le vêtement en question a mobilisé l’attention de hauts dirigeants de diverses entreprises et d’établissements scolaires, en plus d’alimenter de vifs débats dans plusieurs médias d’importance. Cependant, peu de gens savent que toute cette polémique tire son origine d’une petite PME d’un seul employé, basée au Québec.

Kersplebedeb est une petite entreprise qui se spécialise dans la production et la distribution de matériel subversif: t-shirts et macarons aux slogans contestataires, littérature révolutionnaire, autocollants, etc. Autrefois plutôt locale et marginale, elle a vu ses ventes exploser quand, dans la foulée du 11 septembre et de la paranoïa anti-terroriste qui s’est ensuivie, elle a lancé son modèle de chandail anti-Bush.

Cette dernière création de Kersplebedeb a d’ailleurs entraîné la suspension d’un élève d’une école de Dearborn, au Michigan, où la direction craignait l’agitation causée par la guerre en Irak. La ville de 300 000 personnes comprend une importante communauté musulmane.

Le jeune homme de 16 ans a choisi de retourner à la maison plutôt que de renier ses convictions anti-guerre et de retirer son t-shirt. Un sondage en ligne réalisé par le Detroit News révélait que plus de 45 % des lecteurs approuvaient la décision de la direction. Le jeune homme a dit tenir à sa liberté d’expression, d’autant plus qu’il portait le chandail spécialement pour un exposé sur Bush et Saddam qu’il devait présenter en classe.

Devant l’importance de l’affaire, reprise par des médias d’importance comme CNN, le New York Times, Der Spiegel et The Guardian, le créateur de Kersplebedeb s’est demandé si, avec toutes les entorses aux droits humains commises par les États-Unis, les auditeurs avaient vraiment besoin d’une histoire de t-shirt pour comprendre que les histoires au sujet du « pays de la liberté » n’étaient que fausse publicité.

L’affaire a attiré beaucoup d’attention sur le chandail, et des milliers de commandes de partout autour du monde s’en sont suivies. Mais toutes les réactions ne furent pas positives. Le service de paiement en ligne « PayPal », avec lequel Kersplebedeb faisait affaire, a décidé de cesser les transactions autour du produit, car il contrevenait à un règlement interne interdisant de vendre du matériel affichant la figure d’une personne vivante. Aucune explication à savoir pourquoi PayPal permet la vente de produits à l’effigie d’Oussama Ben Laden flanqués du slogan : « Wanted dead or alive » ou du matériel pro-guerre affichant la mine patibulaire de Saddam Hussein.

Après que Kersplebedeb eut demandé des éclaircissements et que des centaines de plaintes eurent submergé le fournisseur de service en ligne, la décision fut révoquée. Mais PayPal ne constitue pas la seule entreprise à donner dans le patriotisme : un autre fournisseur du même service, Worldpay, a déclaré par la bouche d’un de ses employés qu’il ne pourrait vendre le t-shirt car la politique officielle de la compagnie « interdisait la vente d’articles affirmant que le président des États-Unis est un terroriste ».

Toutefois, voulant se montrer rassurant, le représentant de Worldpay a assuré qu’il pouvait s’occuper de paiements concernant les autres produits de Kersplebedeb, notamment les macarons appelant à la révolte armée et à l’attaque des « yuppies » et des policiers. Tant qu’on ne touche pas à « Dubya », tout va bien, car la constitution américaine garantit le droit à la liberté d’expression…

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