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Québec : on vote pas ! Parti des abstentionnistes.
N° 219 - mai 2003

Ça joue dur à Rouyn-Noranda
Vincent Larouche
« Le moral est bon, mais il y en a qui commencent à avoir vraiment de la misère », affirme Stéphane Langlois, président par intérim du Syndicat des travailleurs de Mines Noranda. Depuis 10 mois, les travailleurs doivent survivre avec l’allocation du fonds de grève de la CSN, soit 200 $ par semaine.

Toute l’organisation qu’on a, c’est ça qui garde le moral », renchérit-il en montrant autour de lui les bénévoles qui s’activent à servir un brunch aux grévistes et à leur famille. Sur le mur de la brasserie où se tient la petite fête sont affichés les noms des dizaines de syndicats de partout au Québec qui ont offert un appui financier aux travailleurs de la Noranda. Même chose pour les commerces locaux, qui offrent nourriture, bois de chauffage et cadeaux pour les grévistes.

Tout le monde se sent en effet concerné par le conflit en cours dans cette ville mono-industrielle de l’Abitibi. Noranda est de loin le principal employeur de la ville. C’est 400 000 dollars par semaine que l’arrêt de travail fait perdre à la région. Depuis les fêtes surtout, plusieurs commerçants ressentent plus durement les conséquences de la grève: les taxis et les bars, entre autres, ont bien hâte que les gens recommencent à dépenser plus.

Une lutte inégale

Malheureusement pour les ouvriers, Noranda a le bras long dans la région. Il n’est pas un événement culturel ou sportif où l’on ne voie son logo. L’administration municipale et la police vont aussi main dans la main avec l’entreprise, qui est la raison d’être de la ville. Personne ici ne voudrait voir se reproduire le scénario désastreux de Murdochville, où la fermeture de l’usine de Noranda a entraîné la mort de l’agglomération proprement dite.

M. Langlois explique que tout le monde a peur de dire quoi que ce soit qui puisse chatouiller la compagnie. « Le monde leur lichent le derrière et disent que ça goûte la crème glacée », dit-il. Le maire actuel de Rouyn-Noranda était bien venu serrer la main aux grévistes lors des élections, mais depuis qu’il a été porté au pouvoir, il se borne à vouloir faire « appliquer la loi ».

L’application des lois se fait d’ailleurs souvent par l’arbitraire des policiers, qui entretiennent en général un préjugé défavorable aux grévistes. Les amendes de 400$ pour « nuisance publique » (traverser la rue au mauvais endroit par exemple) sont monnaie courante ici. Pour un travailleur, cela représente deux semaines de revenus du fonds de grève. Certains agents ont été jusqu’à faire huit heures de temps supplémentaire pour surveiller les piqueteurs.

Ces derniers ne lâchent pas prise pour autant: sept jours sur sept, pendant toute la durée de la journée de travail, ils sont présents devant l’entrée de la fonderie. Vu la taille de l’entreprise, il leur est difficile de savoir qui est qui: les scabs ne sont pas faciles à repérer. Les piqueteurs laissent donc passer tout le monde, ce qui rend la situation d’autant plus frustrante. Une injonction déposée récemment interdit à la Noranda d’utiliser des briseurs de grève, mais selon le syndicat, les cas répertoriés ne représentent que la pointe de l’iceberg. La compagnie se targue d’ailleurs de maintenir la production à 70 % de sa capacité malgré le conflit.

Tension sur les lignes

Non loin derrière l’enceinte de l’usine, on peut apercevoir, derrière une fenêtre, un garde qui filme les moindres gestes des piqueteurs. D’autres gardiens sont visibles aux alentours, stationnés dans leurs véhicules. Venus spécialement de la région de Montréal, ces « goons » comme on les surnomme à Rouyn, sont officiellement présents pour filmer et observer les grévistes. Un piqueteur rencontré sur place a d’ailleurs fait remarquer que pourtant, « ça prend pas des gars de 250 livres pour tenir une caméra ».

À la suite des nombreuses prises de becs, la police a dû interdire aux gardiens, employés par la compagnie Avant-garde, de quitter leur véhicule pour venir narguer les travailleurs. Un gréviste s’était même vu menacer de mort par un agent de sécurité, alors qu’un autre s’était fait foncer dessus par un gardien en camionnette. Ce dernier fut d’ailleurs arrêté le jour même.

10 mois de grève

Sans travail depuis juin dernier, les 560 travailleurs de la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, ne sont pas optimistes face à l’évolution des négociations avec la direction de la Noranda. Décidés à défendre leur sécurité d’emploi, le respect de l’ancienneté et l’exécution des tâches par les syndiqués et non par des entreprises sous-traitantes, ils font face à une attitude intransigeante de la part du côté patronal. Alors que le conflit perdure, Noranda a déjà annoncé la perte de 125 emplois et le Syndicat soupçonne l’entreprise de vouloir quitter la région pour poursuivre ses activités à l’étranger, notamment en Amérique du Sud.

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