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Ce qu'on nous cache sur l'irlande du Nord
N° 215 - décembre 2002
Livres reçus
La maternité revisitée
Élaine Audet
La culture officielle a toujours défini les femmes, qu'elles soient mères ou pas, par rapport à la maternité. Les réduisant, la plupart du temps, à leurs seules fonctions biologiques. Pour mettre enfin un terme à ce vide théorique, un collectif d'une vingtaine d'auteures, sous la direction de Francine Descarries et Christine Corbeil, ont tenté, dans Espaces et temps de la maternité, de faire le point sur l'évolution de la pensée féministe à l'égard des multiples facettes de la maternité.

Alors qu'on nous enseigne depuis toujours que la théorie naît de la pratique, les chercheurs n'ont pas jugé utile de se demander quelle sorte de pensée engendrait la pratique maternelle, activité à laquelle se consacrent la plupart des femmes, y mettant la meilleure part de leur être et de leur vie. Pourtant, le maternage suppose, de la part des mères, un engagement total, un amour inconditionnel, une disponibilité constante, des qualités d'éducatrice, de protectrice et surtout une énorme capacité d'adaptation, parce que toutes leurs activités et tous leurs choix de vie sont désormais soumis au changement et aux besoins fluctuants de l'enfant.

Construction sociale et culture maternelle

Tout en la mythifiant ou en la sanctifiant constamment, on a toujours considéré la procréation comme une simple activité biologique incapable d'engendrer culture et pensée. Pour Beauvoir elle-même, la mère a une existence contingente, dépourvue de liberté, qui fait d'elle l'inférieure de l'homme et sa servante à vie.

Dans Espaces et temps de la maternité, une vingtaine de chercheuses de disciplines aussi variées que la sociologie, l'histoire, la sexologie, l'anthropologie, la santé et la littérature analysent la construction sociale de la maternité, les maternités plurielles (monoparentales, homoparentales), les questions de santé et de reproduction et, finalement, l'articulation famille/travail. Elles cherchent ainsi à combler le manque de suivi depuis les importants essais d'Adrienne Rich (1986) et de Sara Ruddick (1989) sur " la pensée maternelle ".

Réinventer les rapports humains

Louise Vandelac réitère dans son texte l'importance des liens de filiation et de confiance mutuelle dans la formation de l'identité de l'enfant. Il s'agit avant tout, pour elle, de " cette responsabilité ultime de risquer sa vie pour donner vie à un enfant " et non, comme on cherche à le faire croire, d'un simple " fait de Nature " !

Louise Desmarais, auteure de la recherche la plus complète à ce jour sur l'avortement, se demande, pour sa part, si " la maternité est toujours pour nous toutes un passage obligé pour accéder au sens ultime de nos vies ? Il faut aussi signaler la passionnante étude de Lori Saint-Martin sur les rapports mère-fille dans la littérature québécoise. Elle y invite à la réconciliation dans le respect affectueux de l'autonomie, tant de l'une que de l'autre, et constate que : " à repenser le rapport mère-fille et à faire face à la violence qu'il renferme dans une société soumise à la Loi du Père, c'est, au fond, l'ensemble des rapports humain qu'on réinvente. "

Pour leur part, Francine Descarries et Christine Corbeil, s'élèvent contre les interprétations essentialistes et apolitiques de la maternité, sans prendre en compte l'articulation famille/travail et la nécessité d'accéder à un nouveau et réel partage des tâches au sein de la famille. Tout au long du livre, les chercheuses nous rappellent qu'être mère est un droit et non un devoir.

Je vous invite à vous procurer ce livre, désormais une référence incontournable, qui offre enfin une vision féministe et plurielle des multiples implications de la maternité

Également chez Remue-ménage, leur précieux agenda 2003 dont le thème est : Les femmes et la mondialisation, sous la direction de Josée Boileau, et un essai de Chantal Maillé, professeure à Concordia, intitulé Cherchez la femme/Trente ans de débats constitutionnels au Québec, sur lequel nous reviendrons.

La poésie au Loup de Gouttière

J'ai aussi reçu avec plaisir la dernière cuvée poétique du Loup de Gouttière, dont un beau chant d'amour de Louise Auger, La Terre multipliée par deux, aux images sensuelles et enracinées dans la terre, où cette poète, attentive à cultiver le désir comme une source inépuisable de vie et de renouvellement, trouve le meilleur de son inspiration : " sous mes doigts étourdis de fourmis enivrées/chapelet de ruisseaux dévalant la montagne/surgissait/l'émouvante beauté de ton oui murmuré. "

Francine Descarries et Christine Corbeil, espaces et temps de la maternité, Montréal, Remue-ménage, 2003.

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