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Ce qu'on nous cache sur l'irlande du Nord
N° 215 - décembre 2002

Le moron
François Parenteau
Déjà que Junior Bush trouvait qu'on avait des frontières aussi pleines de trous qu'un immeuble à Kaboul, qu'on subventionnait illégalement notre industrie du bois d'oeuvre alors qu'on ne dépensait pas assez pour notre armée, voilà maintenant qu'en plus, on le traite publiquement de moron. J'ai bien peur que le jour n'est pas si loin où Junior Bush va reprendre ses crayons à colorier et qu'il va inclure le Canada dans l'axe du mal. Collectionneur de références bibliques, peut-être verra-t-il bientôt une occasion de donner raison à la vierge de Fatima qui a dit "Pauvre Canada".

L'accumulation de bitcheries entre le Canada et les États-Unis est vraiment sans égale dans l'histoire récente. Même au temps du protectionnisme à la Trudeau, l'atmosphère semblait plus détendue. Mais là, Chrétien s'en va dire qu'il y a un lien entre terrorisme et pauvreté, on fait une étude sur la marijuana thérapeutique et on veut ouvrir des piqueries. On fait-tu exprès pour aller gosser dans toutes les lubies irrationnelles des américains?

En plus, cette semaine, au lancement de la peinture officielle de Brian Mulroney au parlement d'Ottawa, il se pointe un quidam qui brandit un petit drapeau américain. Quelle situation absurde. C'était un parfait "catch 22" diplomatique. D'une part, le Canada a encore une fois l'air fou parce qu'un quidam a réussi a déjouer la sécurité du parlement en ces temps où tous les pays doivent démontrer une poigne de fer pour les questions de sécurité. Mais en sortant le gars "manu militari" devant les caméras, l'image que ça donne, c'est quand même celle d'un drapeau américain qu'on sort à coups de pied. Ça ne fait pas très "bon voisin".

Déjà qu'au lendemain du 11 septembre, Bush omettait de remercier le Canada et même, plus tard, de serrer la main de Jean Chrétien. Et puis, quand l'armée américaine a tué 3 soldats canadiens "par erreur", ils ne se sont excusés que du bout des lèvres tout en ne changeant rien à leurs politiques dans le bois d'oeuvre. Et désormais, quand quelqu'un de chez nous va chercher du gaz avec une carabine de chasse non-chargée dans sa valise, ils le gardent des mois en prison. Et on parle d'imposer le même genre de taxe sur le blé que sur le bois d'oeuvre.

Et le pacte de l'automobile? Et Kyoto? Peut-on s'étonner maintenant qu'au Canada, on traite le président américain de moron? Revenons d'ailleurs sur le terme, "moron". Dans nos médias, certains l'ont traduit par "crétin" et j'ai aussi vu "imbécile".

La nuance est importante

En terme d'insultes, comme Plume l'a démontré dans son si poétique "Tango des concaves", la nuance est importante. Et je crois que "moron" a désormais trouvé une niche dans notre vocabulaire québécois.

L'imbécile est la plupart du temps inoffensif. Il peut même être sympathique, comme dans "imbécile heureux". Le niaiseux est un distrait. Le crétin déclenche plus la colère, ce qui suppose qu'on pourrait espérer mieux dans son cas mais que ça n'arrive toujours pas. Le cave implique une certaine notion de ploucquitude, d'habitant mal dégrossi, mais ça peut s'arranger, on dit bien "arrête de faire le cave". Le con, quant à lui, est un urbain mesquin, surtout en relations personnelles (comme dans "pauv'con!"). Le gnochon est plus malhabile que profondément inintelligent. L'épais a quelque chose de temporaire, on lance souvent "'stie d'épais!" à des amis qui viennent de dire quelque chose d'épais. Mais c'est un statut de pigiste. Le twit est déjà plus avancé, c'est un épais qui a obtenu sa permanence.

J'en passe mais pour en revenir au moron, c'est le terme qui transforme le plus l'absence d'intelligence en tare génétique. On ne naît pas crétin, on le devient (d'où le verbe "crétiniser"). On peut naître cave, mais on peut arrêter de l'être un jour. Alors qu'on naît moron et on meurt moron. Sauf que ce n'est pas un handicap, les morons réussissent trop bien pour être victimes de quoi que ce soit. C'est plutôt une race ou une lignée. D'ailleurs, ils ont tendance à se tenir ensemble, comme on dit "une gang de morons", et même à avoir le pouvoir. Le moron ajoute aussi à l'inconsience de ses actes une sorte de malveillance égoïste.

C'était donc le terme précis le plus approprié pour parler de Bush. Peut-être était-ce épais de le dire. Mais ce n'est certainement pas twit de le penser.

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