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Ce qu'on nous cache sur l'irlande du Nord
N° 215 - décembre 2002
Entrevue exclusive avec Gerry Adams
Processus de paix en crise en Irlande du Nord
Paul Rose
Coincés, nous étions plus d'une centaine dans l'antichambre d'un salon d'un hôtel du centre ville de Montréal. En attente de Gerry Adams. Beaucoup de militantes et de militants d'hier et d'aujourd'hui. Plusieurs jeunes même avaient réussi à trouver, comme tout le monde, le 75 $ demandé par les infatigables organisateurs du comité Québec-Irlande en contribution à l'avancement à la cause de la paix en Irlande du nord. Échanges impromptus, là soudés les uns aux autres dans cet étroit portique au pied des portes closes du salon, certes un des plus beaux moments de militance partagée de la soirée. Exception faite de l'arrivée et du discours poignant du leader du Sinn Féin tant attendu.

Un Gerry Adams égal à lui même, étincelant, énergisant, disponible, chaleureux, malgré la lourdeur de cette tournée éclair en Amérique du nord. Malgré aussi, il faut bien le dire, une salle de réception qui se prêtait mal à l'événement. Quel contraste entre ce rassemblement " d'activistes du changement social " et ce finalement accessible grand salon clinquant emmuré de miroirs fumés du plancher au plafond!

Le rire de nos enfants

Un serrement au cœur que d'entendre, dans le velours huppé de ce saloon kirch, le grand leader Irlandais évoquer la cellule et les médiévales conditions de détention de Bobby Sands pendant ses cinq années d'incarcération britanniques jusqu'à sa mort suite à une grève de la faim de plus de 70 jours…

Doublement troublant que d'entendre raisonner dans ces lieux haut vernis un extrait d'un poème déchirant de vérité du visionnaire prisonnier politique irlandais : " Notre revanche sera le rire de nos enfants ".

Un pincement au cœur aussi que de voir, dans la factice tranquillité de ces murs feutrés, le porte-parole du Sinn Féin faire état aux quelques journalistes présents des " cinq cents attaques à la bombe contre les maisons des catholiques, leurs écoles et églises au cours des dix-huit derniers mois ". Statistiques voilées par la complaisance des agences de presses britanniques et internationales. " Tout les projecteurs sont mis sur l'IRA, d'accuser Gerry Adams, et rien n'est dit sur ce que font les troupes britanniques et surtout les paramilitaires unionistes. "

Il cite en exemple, le cas d'Alex Maskey, le nouveau maire de Belfast élu en juin dernier. Premier magistrat municipal catholique de la ville, " sa maison a été dynamité ". Il rappelle qu'au cours des vingt dernières années, il a survécu à plusieurs tentatives d'assassinat dont un qui a presque réussi. Un Alex Maskey (que j'ai eu l'honneur d'interviewer pour l'aut'journal alors qu'il était ministre de l'Éducation à l'Assemblée de Stormont ), qui a déclaré dès son élection à la mairie " Nous ne traiterons jamais les unionistes de la façon dont l'administration britannique nous a traités, nous ne permettrons jamais que l'on traite quiconque en citoyen de seconde zone ".

La situation a changé

Par contre, souligne l'éminent conférencier, cet accès à la mairie d'un catholique membre de l'exécutif du Sinn Féin est significatif du chemin parcouru depuis la signature des accords de paix du Vendredi Saint en avril 1998… même si sous cet accord " à chaque jour, nos hommes et nos femmes, même à Noël, subissent des attaques, doivent vivrent ailleurs, se coucher dans des lits de camp ".

" En général cependant, tient-il à préciser, la situation s'est améliorée, il y a moins de morts, moins d'assassinats. Même si chaque mort en est une de trop ".

Bref, il y a encore pas mal de chemin à parcourir. Le problème actuel, selon Gerry Adams, vient surtout du fait de la résistance de certaines gens qui s'opposent au changement. Les vieux partis unionistes devront comprendre " que les changements se feront de toute façon ".

En somme, si la paix stagne au Parlement de Stormont depuis sa dissolution par Tony Blair (en fait, il s'agit de la quatrième suspension britannique d'institutions créées par des Accords de 1998) , la paix avance sur le terrain, dans la population. Et, même si les membres du Sinn Féin doivent parfois en payer chèrement le prix au plan de leur sécurité personnelle, " le soutien au parti grandi ", constate son principal dirigeant. " Il est devenu le plus important parti nationaliste de l'Irlande du nord. Mais plus important encore : le républicanisme irlandais a gagné en popularité. Il y a une plus grande unité ". De plus en plus, de renchérir le combattant de la paix, " les gens voient dans les Accords du Vendredi Saint une façon d'améliorer leurs conditions de vie au jour le jour ".

Il faut dire qu'historiquement le programme résolument de gauche et socialiste du Sinn Féin en fait la formation politique la plus crédible et la mieux préparée à assumer ce rôle moteur du changement social.

La communauté internationale

Concernant la dissolution de l'assemblée législative de Stormont par l'administration britannique et le rétablissement du processus politique de la paix, Gerry Adams conclut qu'il est de la " responsabilité de Tony Blair de se montrer à la hauteur des engagements pris lors des Accords du Vendredi Saint ".

En entrevue, j'ai évoqué avec lui cette épineuse question du rôle du premier ministre britannique en regard de la crise actuelle de la paix en Irlande du Nord. L'alignement du va-t'en-guerre Tony Blair sur la politique de George W Bush n'explique-t-elle pas son durcissement d'attitude face à l'Irlande du Nord et au Sinn Féin? Après un long silence, sa réponse est " non ". Prudent, il ajoute simplement qu'aux États Unis, " il y a des Irlandais dans les deux partis, républicains et démocrates " et qu'il a eu " une bonne rencontre avec un conseiller de Bush ".

De toute évidence, ce qui importe pour l'instant, c'est que Tony Blair ne puisse pas trouver prétexte à se défiler et que le premier ministre assume jusqu'au bout le rôle qu'il s'est lui-même donné devant la communauté internationale, il y a plus de quatre ans, dans la conclusion des Accords du Vendredi-Saint.

Au Canada, Gerry Adams a rencontré le ministre des affaires étrangères Bill Graham. Il se dit heureux de voir que " depuis 1998 le gouvernement Canadien soutient le processus de paix ".

Et le gouvernement du Québec? Selon le porte parole du Sinn Fèin, " les relations sont également bonnes "… Mais, il faut bien le reconnaître, les positions publiques de ce côté tardent à venir.

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