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Embargo : Esso - McDo
N° 218 - avril 2003

La Bolivie se soulève à son tour
André Maltais
À peine six mois de gouvernement et le président bolivien Gonzalo Sanchez de Lozada (alias « Goni ») vit les mêmes tourments que ses prédécesseurs argentin (Fernando De la Rua), équatorien (Jamil Mahuad) et péruvien (Alberto Fujimori) qui, tous, depuis le nouveau siècle, ont été chassés du pouvoir par la population avant la fin de leur terme électoral.

Forcé de suspendre certaines mesures néolibérales et privatisations de même que l'éradication des cultures de coca, le président bolivien (qui gouverne grâce à une précaire alliance gouvernementale) a déjà vu son armée et ses polices tuer 49 personnes et faire des centaines de blessés depuis le début de l'année.

« Goni », qui peine à parler espagnol tellement sa tête est américaine, se retrouve minoritaire au parlement et le dialogue est totalement rompu avec le MAS (Mouvement vers le socialisme) de Evo Morales, en pleine ascension et déjà seconde force politique du pays.

Le 9 février, dans un pays déjà mobilisé par les « cocaleros » (paysans cultivateurs de coca) qui luttent contre l'éradication de leur gagne-pain dictée par Washington et quasi toutes les forces populaires du pays (regroupées sous le nom d'État-major du peuple), le président-patron annonce que, pour réduire le déficit fiscal (de 8,6 % à 5,5 %), il va ajouter un nouvel impôt sur les salaires qui variera de 4,2 % à 12,5 % selon le niveau des revenus.

Police nulle part

Trois jours plus tard, les agents de police de La Paz et des principales villes du pays (touchés par le nouvel impôt et déçus par une augmentation de salaire de 2,2 % alors qu'ils en réclamaient 40 %) débraient après avoir conclu une alliance avec le mouvement social populaire et syndical. Et c'est alors que tout explose.

Plusieurs dizaines de milliers de Boliviens envahissent les rues de La Paz, Santa Cruz, Cochabamba, Sucre, Oruro, etc.

Dans la capitale, ils bravent les tirs à vraies balles des militaires (déposés par hélicoptères sur les toits des édifices) et les canons des tanks pointés en leur direction. Quand tombent les premiers morts, ils pillent et incendient 19 édifices dont ceux de la vice-présidence, du ministère de la Justice, de la Banco Sol, de la Cour Suprême de district et de la « Maison de la démocratie » (du parti de l'ex-dictateur Hugo Banzer).

Les pompiers laissent brûler les édifices pour se joindre aux manifestants. Tandis qu'une partie de la foule applaudit les moindres gestes des policiers grévistes qui se battent à « munitions vives » contre l'armée: coups de revolvers, lancement de grenades à main, courses folles à la Rambo pour s'abriter des tirs ennemis, etc, l'autre partie réclame à tue-tête la démission du président.

Gringo de merde

« Que le gringo américain de merde s'en aille à Washington ! », crie un policier de Santa Cruz interviewé à la télévision bolivienne. Non loin de là, la mission du FMI qui a imposé le nouvel impôt au « Goni » réside dans un hôtel cinq étoiles et ne perd rien du spectacle, conséquence directe de son crime.

Au premier soir du soulèvement, l'homme le plus riche de Bolivie fuit le palais présidentiel caché dans une ambulance avant d'annoncer en conférence de presse, depuis sa résidence de banlieue, le retrait des forces armées de la capitale de même que celui du nouvel impôt.

Mais la colère populaire ne se calme que trois jours plus tard. « Goni » annonce une moindre réduction du déficit fiscal financée par l'abolition pure et simple de cinq ministères de son gouvernement: justice, commerce extérieur, développement municipal, services financiers et affaires paysannes et indigènes.

Est aussi exclu de son nouveau cabinet à 13 ministres, son inséparable et plus proche collaborateur, Carlos Sanchez Berzain, surnommé par le peuple le « Montesinos » bolivien en référence au chef de la police secrète péruvienne d'Alberto Fujimori.

« Nous réitérons notre appui à la démocratie », c'est-à-dire au président propriétaire de mines. C'est tout ce qu'ont dit et redit l'OEA et les États-Unis pendant les quatre jours où toute une population demandait la démission d'un gouvernement non élu et tombait sous les balles de ses tireurs d'élite! Voilà pourquoi le peuple s'apprête à abréger les souffrances du « Goni ».

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