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Embargo : Esso - McDo
N° 218 - avril 2003
Le cercle Godin Miron interpelle les partis politiques
L’avenir du français : un enjeu fondamental
Mario Beaulieu, Pierre de Bellefeuille, Claude G. Charron et Maria Teresa Perez-Hudon du Cercle Godin-Miron
Au cours de la campagne électorale, aucun parti ne semble attacher de l’importance à la précarité du français à Montréal. Mario Dumont juge que la question linguistique, comme le débat constitutionnel, fait partie de l’héritage des « vieux partis » dont les Québécois veulent se débarrasser.

Le chef de l’ADQ se borne à dire qu’il ne faut pas rouvrir la loi 101 et qu’elle pourrait être appliquée avec plus de souplesse. D’entrée de jeu, Pierre Bourque, grand gourou adéquiste à Montréal, émet que l’anglais est la langue de rapprochement entre les peuples et un facteur de cohésion sociale au Québec. Et alors, le français, langue commune ?

Jean Charest part d’une vision historique étonnamment tronquée en disant: « Nous avons réussi à préserver cette langue et cette culture parce que nos voisins des provinces canadiennes étaient des alliés, des amis….» Il envisage d’abolir la Commission de protection de la langue française. Le PLQ s’est déjà prononcé en faveur de l’attribution du statut bilingue pour l’ensemble de l’île de Montréal. Il promet de renforcer l’apprentissage de l’anglais en l’imposant dès la première année.

Au cours des dernières années, le gouvernement du PQ a fait de petits pas dans la bonne direction. Notamment, la récente loi 104 a permis de colmater une brèche dans la loi 101 occasionnée par les écoles privées non subventionnés. Une des mesures « bilinguisantes » de la loi 86 a été abolie lorsqu’on a rétabli que dans ses communications écrites avec les autres gouvernements et avec les personnes morales au Québec, l’Administration publique utilise uniquement le français. D’autres mesures ont plutôt constitué un recul, par exemple la fusion de la Commission de protection de la langue française avec l’Office de la langue française.

Le PQ semble vouloir continuer à jouer la carte du « il y a des difficultés mais il y a des progrès, ne bousculons rien » tirée sans surprise du rapport Larose. Ce rapport vint couronner des États généraux somnifères, qui se déroulèrent aussi rapidement qu’ils furent déclenchés, en escamotant presque totalement leur mandat fondamental d’analyse de la situation du français.

Le constat occulté de la situation du français

Bien que des progrès aient eu lieu, le français est toujours menacé dans sa survie et son intégrité. Il n’est pas encore la langue commune ou de convergence au Québec, et particulièrement à Montréal. Telles étaient les conclusions de la proposition de politique linguistique énoncée en 1997 sur la foi du bilan gouvernemental exhaustif effectué l’année précédente. Le rapport d’un groupe de travail ministériel en 2000 allait dans le même sens.

Le recensement de 2001 corrobore la précarité du français bien que certains analystes optimistes n’aient fait qu’insister sur la légère augmentation de la proportion de francophones (0,8 %) à Montréal. En fait, le français à Montréal a récupéré « par défaut » une petite partie de ce qu’il a perdu depuis 15 ans, notamment parce qu’une proportion élevée de la population anglophone ou anglotrope quitte Montréal et le Québec.

La proportion des francophones à Montréal selon la langue parlée à la maison est de 56,4 % en 2001, donc encore inférieure de plus de 5 % à celle de 1986 (61,8 %). Selon le chercheur Marc Levine, la proportion de francophones à Montréal n’était jamais descendue sous la barre des 60 % depuis le recensement de 1871. Le sort du français se jouera à Montréal où se font l’accueil et l’intégration de la grande majorité des immigrants pour l’ensemble du Québec.

Par ailleurs, les transferts linguistiques des allophones vers le français étaient de 46 % en 2001. Bien qu’on puisse applaudir à toute augmentation, il ne faut pas perdre de vue que ce taux est loin d’atteindre le seuil souhaitable de plus de 85 %, en proportion du poids démographique des francophones dans l’ensemble du Québec. En l’absence d’une masse critique de francophones à Montréal, les transferts linguistiques vers le français risquent de diminuer, alors qu’ils sont déjà insuffisants pour assurer l’avenir de la langue française.

Les principales mesures pour contrer le déclin du français

Globalement, les mesures prises par le gouvernement du PQ ne peuvent être considérées que comme une première étape vers le redressement de la situation du français au Québec. Seule une réforme majeure des mesures d’aménagement linguistique pourrait permettre de contrer le déclin du français à Montréal.

Ayant refusé de tenir compte des données démographiques, la commission Larose n’a présenté que des recommandations généralement insipides, s’apparentant à des « voeux pieux ». Ainsi furent écartés les principaux éléments d’un renforcement significatif de la Charte de la langue française tel que l’application de la loi 101 au réseau collégial public, ou l’adoption de mesures efficaces pour faire respecter le droit de travailler en français et pour baliser les services publics bilingues.

Dans chacun de ces trois secteurs, de nouvelles données indiquent que les acquis des 25 ans d’application de la loi 101 (ou plutôt de ce qui en reste) sont de plus en plus fragilisés. C’est pourquoi nous interpellons les partis politiques engagés dans la présente élection afin qu’ils prennent clairement position face à ces enjeux majeurs.

Les institutions d’éducation post-secondaire

Alors qu’il n’est encore qu’un État fédéré dont l’État central gruge continuellement sa possibilité d’agir, alors que la langue anglaise attire une forte proportion des nouveaux Québécois, le Québec est le seul endroit au monde où l’on finance des institutions d’éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité sans aucune limite et aucune restriction.

Les travaux de Charles Castonguay indiquent que l’élan des transferts linguistiques vers le français insufflé aux jeunes allophones par l’école française s’épuise presque totalement à partir de l’âge du collégial. Dans un effort pour attirer les étudiants allophones, les universités québécoises envisagent de plus en plus de se bilinguiser. L’UQAM évoque la possibilité pour les étudiants non francophones de remettre leurs travaux et leurs examens en anglais.

À l’Université de Montréal, où cela se fait déjà pour les cycles supérieurs, on envisage de généraliser cette pratique au premier cycle. L’UQAM considère qu’il pourrait être opportun que tous les étudiants puissent suivre 10 % de leurs cours en anglais. L’Université de Sherbrooke se dirige vers l’établissement d’un nouveau programme de baccalauréat bilingue.

Le bilinguisme institutionnel

L’administration municipale de la nouvelle ville de Montréal, dont font partie les anciens présidents d’Alliance Québec, Robert Libman et Anthony Housefather, a déjà commencé à élargir l’accès à des services en anglais partout dans l’« une-île-une-ville ». La Charte de la langue française exclut le bilinguisme des institutions publiques seulement à l’égard des personnes morales. Ainsi, dans son état actuel, la loi 101 permet que toute la documentation et tous les services publics aux individus soient bilingues.

Une solution serait que les services de l’administration publique se donnent exclusivement en français, sauf dans le cas des organismes et des arrondissements ou des villes détenant un statut bilingue, ainsi que des services relatifs à la sécurité ou à la santé des individus.

La langue de travail

Les résultats du recensement de 2001 sur la langue de travail démontrent qu’environ 45 % des allophones travaillent le plus souvent en français, et que l’usage de l’anglais au travail s’accroît chez les immigrants d’arrivée plus récente. Il apparaît donc urgent de procéder à une véritable réforme des mesures d’aménagement linguistique dans le milieu du travail.

Par exemple, les articles de la loi 101 visant spécifiquement à faire respecter le droit de travailler en français, soit l’article 46 (exigences linguistiques à l’embauche) et de l’article 45 (embauche interne) continuent d’être pratiquement inapplicables. L’obtention des certificats de francisation plafonne, le recours à la politique d’achat et de subvention du gouvernement serait un levier puissant s’il était utilisé systématiquement.

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