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Embargo : Esso - McDo
N° 218 - avril 2003

Pot-pourri aquatique
André Bouthillier
Élections Québec : Le PQ en avance, mais attention…

Il est très difficile de pêcher un poisson avec ses mains, presque autant que de faire se prononcer clairement un parti politique! L’analyse des programmes des partis nous démontre que seuls les vieux partis ont un programme étoffé sur la question de l’eau. Et ça s’embrouille dans les plates-formes électorales. Alors là, ils sont tous, à peu de choses près, sur un pied d’égalité.

Bien sûr le PQ est en avance, puisqu’en tant que gouvernement il a mis la table, l’automne dernier, en adoptant en Conseil des ministres une politique de l’eau, la mise en valeur des chutes, la protection de 15 grandes rivières, et la ministre des Finances a allongé le budget pour ce faire.

L’ADQ et le PLQ ont affirmé dans les médias qu’ils appliqueraient la politique nationale de l’eau, mais permettraient la construction de barrages privés sur les rivières. Pour le moment, au niveau des déclarations, le Parti Québécois est en avance dans les promesses, mais attention la campagne n’est pas finie.

Forum mondial de l’eau : Une immense foire commerciale

En mars 2003, se tenait le Forum mondial de l’eau. Cet événement, organisé par le Conseil mondial de l’eau, c’est-à-dire la chambre de commerce des multinationales de l’eau, n’a jamais eu la crédibilité pour régler le sort hydrique du monde et ne pouvait, à moyen terme, que se fissurer devant les intérêts contradictoires des participants.

Le Conseil tente de se faire une crédibilité en invitant l’Onu et 150 ministres de différents pays. Avec ses 10 000 participants, exposants, vendeurs d’équipement, chercheurs de contrats, ce forum n’est qu’une foire commerciale. La position du Conseil, rédigée avant l’ouverture du Forum, est remise aux 150 ministres pour tenter de les enligner vers la privatisation de l’eau.

Des résultats inquiétants

Plus que jamais, le secteur privé est présenté comme le « Zorro » à tous les maux planétaires. L’entrée en force des opérateurs privés n’est pas nouvelle. Selon le Corporate European Observatory, pour obtenir leur eau, 51 millions de personnes dépendaient, en 1990, du secteur privé contre 460 millions aujourd’hui.

Depuis, les résultats sont de plus en plus inquiétants. Flambées du prix de l’eau pour les classes moyennes et pauvres. Émeutes dans plusieurs pays dont la Bolivie. Et pour la première fois, un pays, le Nicaragua, vient de voter une loi de suspension des concessions sur l’eau. La ville d’Atlanta vient de rompre son contrat avec United Waters, Suez vient de quitter sa concession de Manille et menace de retirer ses billes de Buenos Aires où le prix de l’eau a augmenté de 70 % sans qu’il y ait eu amélioration des installations.

Pour un forum alternatif de l’eau

Il était inévitable que des groupes comme l’Association québécoise pour un contrat mondial de l’eau et que la Coalition Eau Secours! préfèrent la tenue d’un Forum alternatif mondial de l’eau.

L’Association pour le contrat mondial de l’eau plaide pour un impôt mondial de « solidarité » propre à financer les infrastructures. Le Forum alternatif de Florence a mis l’accent sur la reconnaissance constitutionnelle, dans tous les pays, du droit de l’accès à l’eau comme droit humain, universel, indivisible et imprescriptible.

Dans cette vision citoyenne, l’eau est définie comme un bien commun plutôt qu’une marchandise. Dans cette logique, le financement des équipements de production d’eau potable ou d’épuration devrait être public et leur gestion devrait être totalement imputable en plus d’être le résultat de processus participatifs.

Guerres chimiques : Des conséquences interminables sur l’eau

Le 11 mai 1961, le président états-unien annonçait son intention d’utiliser les herbicides et autres produits chimiques au Vietnam. Le 10 août, un épandage par hélicoptère avait lieu au nord de Kontum.

Entre 1961 et 1971, les États-Unis ont répandu plus de 66 millions de litres de différents produits chimiques sur plus de deux millions d’hectares qui ont été ainsi arrosés. Des nombreux produits utilisés, – agents blanc, bleu, pourpre, rose, vert, insecticides, pesticides, gaz CS, neurotoxiques, napalm, phosphore blanc, etc., – le plus célèbre reste l’agent orange, car il contenait de la dioxine, ce poison 100 000 fois plus toxique que le plus puissant des poisons trouvés dans la nature.

Selon les estimations américaines, 170 kg de dioxine ont été pulvérisés sur le Vietnam. Or, d’après des scientifiques, il suffirait de 80 grammes de dioxine dans le système de distribution d’eau pour tuer tous les habitants de New York. La particularité de ce produit hautement nocif est sa persistance. La dioxine reste dans l’environnement – notamment dans la terre et la boue – durant plusieurs décennies.

Le temps ayant fait son effet, la dioxine a rejoint les aquifères à partir desquelles les Vietnamiens s’abreuvent soit par des puits artésiens ou par ces centaines de réseau d’aqueduc qui transportent l’eau dans les villes.

Que ce soit en Afghanistan, en Tchétchénie, à Gaza ou en Irak, c’est dans 15 ou 20 ans que les populations s’empoisonneront avec l’eau polluée par les effets de la guerre. Le général Huyn Van Trinh explique que la guerre chimique est interminable dans ses effets, puisqu’elle continue alors que la paix est signée.

L’Onu dénonce : La sécurité écologique est menacée

Pour Klaus Töpfer, directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement, « Il y a des débats interminables, avant et après une guerre, sur le coût économique, y compris le coût des bombes et celui de l’aide humanitaire. Nous devons aussi prendre en compte le coût des opérations de dépollution de l’environnement... » Alors que les bruits de bottes résonnent dans les plaines arides d’Irak, cette déclaration est un véritable plaidoyer pour la paix.

Lorsque, le 15 avril 1999, en Yougoslavie, les missiles s’abattent sur l’usine pétrochimique de Pancevo sur les rives du Danube, on parle de catastrophe écologique. « Aux pollutions atmosphériques massives, aux contaminations des sols et des nappes phréatiques s’ajoute un autre problème dont les conséquences sont immédiates : en détruisant les capacités de production de chlore, largement utilisé pour rendre l’eau potable, le traitement de l’eau est devenu impossible », note le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité.

La nature et ses ressources font partie des victimes. Pénurie d’eau, disparition de cultures vitales, déforestation, érosion, désertification font partie des inévitables corollaires de conflits, dont les retombées revêtent une portée dramatique pour les populations locales.

Présentement, à cause de la guerre, la moitié des puits municipaux de la bande de Gaza ne répondent plus aux critères d’une eau potable aux yeux de l’Organisation mondiale de la santé. La guerre en Irak a de quoi inquiéter.

« La sécurité écologique ne doit plus être considérée comme un luxe, mais comme un élément indissociable d’une politique de paix durable », lance Klaus Töpfer. Il appelle de ses voeux des garanties internationales pour protéger l’environnement, similaires à celles de la Convention de Genève, qui protège déjà les droits des prisonniers et les populations civiles. En général et à long terme les populations sont terrassées par la faim, la soif et la maladie, bien plus que par les bombes.

Note au lecteur : Afin de faciliter la lecture, les références précises n’apparaissent pas dans le texte. Elles proviennent des agences de presse internationale, l’Onu, et du site de référence d’Eau Secours! - La Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau à : www.eausecours.org

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