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Embargo : Esso - McDo
N° 218 - avril 2003

Des choses qu’on ne dit pas en campagne
François Parenteau
Je m’étais promis de surveiller les angles morts de la campagne électorale, mais j’avoue que ça s’avère plus compliqué que prévu. Depuis que « Showdown in Iraq » est devenu « Attack on Iraq », c’est la campagne entière qui se retrouve dans l’angle mort. D’ailleurs, je me demande si CNN avait un plan B si jamais, par miracle, Bush avait décidé de retirer ses troupes de l’Irak sans attaquer. Comme CNN a décidément intégré dans son imagerie l’esthétique et le ton de la WWF, ça aurait pu donner quelque chose comme « Iraq, we’ll be back ! » ou « So long, Saddam ». Mais je gagerais qu’ils n’avaient rien de prévu...

Je sais bien que la guerre fait des morts et de beaux feux d’artifice en plus de soulever d’inquiétantes ondes de choc partout dans le monde mais, à part participer aux marches et ne pas acheter de gaz, je ne peux pas y faire grand-chose. La campagne électorale, au moins, ça, c’est chez nous, et on a encore notre mot à dire là-dedans, ou à tout le moins notre vote à donner.

D’ailleurs, c’est à faire réfléchir. Comment les Américains vont-ils pouvoir installer la démocratie en Irak, s’il n’y a plus un seul bâtiment qui tienne ? Les gens ne pourront pas voter, il n’y aura plus d’écoles, plus de centres communautaires, plus de sous-sols de mosquée. Les Irakiens devront-ils voter dehors ? Et s’il pleut ? Et s’il y a tempête de sable ? Voyez comme c’est un défi d’amener la démocratie avec des bombes...

Plus important que la pub, le discours sur la pub

Mais nous n’avons pas ce problème là chez nous. Alors, parlons de cette campagne. Hier, c’était la journée des publicités télévisées. À Radio-Canada comme à LCN et à TQS, on nous a analysé ça à tour de bras de spécialistes. À un point tel que ce n’est plus tant les publicités comme telles qui auront de l’impact mais bien le « spin » qu’elles auront eu dans les médias.

On a donc pu apprendre que l’ADQ s’était trompée en faisant une publicité trop négative et qu’en plus, leur manque de moyens transparaît et qu’elles sont plates. Sauf que Bernard Landry leur a donné plus d’impact qu’elle n’auraient eu, en s’insurgeant contre elles.

Le PQ s’en sort pas trop mal aux dire des experts et Landry a l’air dynamique, mais le parti Libéral a lui aussi de bien belles annonces. On a entre autres noté que Jean Charest faisait très bonne impression avec son regard intense, le front légèrement penché, genre bélier qui va tout défoncer, mais pour notre bien. Ça fait longtemps qu’il le pratique, ce look là. On l’a vu en primeur, il y a quelques mois en couverture de l’Actualité. C’est drôle, ça me fait penser au film « Zoolander »...

Sondage et focus-groupes

Mais le véritable travail des médias en campagne électorale est ailleurs. C’est d’analyser les sondages ! Car il est impératif de demander à chaque chef et chaque candidat « Pourquoi vous ne pognez plus ? » ou « Pourquoi vous pognez moins ? » et « Pensez-vous que vous allez pogner ? » et « Êtes-vous déçus de ne pas pogner plus ? ».

C’est souvent ridicule mais c’est compréhensible. Car les partis ne veulent pas parler de leurs politiques, ils seraient obligés de les réaliser une fois élus. Ils préfèrent se faire élire en surfant sur une belle symbolique et faire ce qu’ils veulent après.

On nous balance bien quelques belles politiques de part et d’autres mais, à chaque fois, on dirait qu’il s’agit d’une trouvaille de focus-group pour gagner des points auprès d’un électorat précis. Le PLQ mise tout sur la santé, impair et passe. La santé, la santé, la santé. Et les régions, les régions, les régions. Parce que... le parti libéral est faible en région!

L’ADQ veut donner des bons pour à peu près n’importe quoi et annoncerait même prochainement que le système de santé devrait accepter les coupons-rabais de chez Jean Coutu, mais je pense que la gang à son focus-group était gelée. Et le Parti québécois nous présente la conciliation travail-famille comme la trouvaille du siècle, sans doute pour faire des points auprès de l’électorat féminin.

Campagne électorale ou militaire : la vérité est la première victime

Mais leurs vraies grosses décisions toffes, ils ne nous les diront pas. Souvenez-vous des dernières élections de notre histoire récente. Bourassa nous a-t-il consulté sur sa réforme de la loi 101 ? Et Bouchard par la suite ? Et le gel du salaire des fonctionnaires ? Et les coupures pour obtenir le déficit zéro ? Et le virage ambulatoire ? Et les fusions municipales ? Et la Paix des Braves ?

Bons moves ou mauvais, de ça, on n’a pas beaucoup entendu parler avant que ça se fasse... parce que c’était des projets qui pouvaient diviser... C’est ça l’angle mort, cette semaine. Qu’est-ce que chaque parti ferait dont il n’ose pas nous parler maintenant ? Soyons à l’affût...

Dans le fond, une campagne électorale ressemble beaucoup à une campagne militaire. La vérité en est la première victime. Pendant la guerre du Golfe version 90-91, on nous avait dit que les missiles Patriots avaient intercepté presque tous les vilains missiles Scuds lancés par les Irakiens vers Israël. J’ai appris hier que c’était de la propagande car on n’avait réussi à en intercepter que quelques-uns. Comment croire ce qu’on entend aujourd’hui quand on nous parle de divisions entières qui se rendent ?

On nous sort les belles images pendant que la campagne dure et ce n’est qu’après, beaucoup plus tard, qu’on verra l’ampleur des dégâts... et les vrais objectifs visés.

Texte lu à l’émission du 22 mars de Samedi et rien d’autre de Joël Le Bigot sur les ondes de Radio-Canada.

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