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Vidéotron : les femmes ne lâcheront pas l'os.
N° 217 - mars 2003

Un système d’éducation à… trois vitesses
Pierre Dubuc
« Non à un système d’éducation à deux vitesses », lancent les opposants à la mondialisation. Mais réalisent-ils que notre système d’éducation fonctionne déjà à trois vitesses ? Car, en plus du vaste réseau privé, le système public est lui-même à double engrenage.

Pour concurrencer les écoles privées, plusieurs écoles publiques ont mis sur pied des projets à volet particulier où se pratique, comme au privé, la sélection des élèves. Selon les statistiques du ministère de l’Éducation, sur les 2 500 écoles primaires et secondaires du Québec, il y en a 702 (27 %) qui offrent de tels projets (voir tableau III). Curieusement, les données du ministère ne précisent pas ceux qui sélectionnent ou pas leurs élèves.

L’exemple sans doute le plus connu, ce sont les écoles internationales ou les écoles offrant un volet international pour un certain nombre de leurs élèves. Ce phénomène est en forte hausse – de l’ordre de 71 % – au cours des trois dernières années. Il y a présentement plus de cent écoles primaires et secondaires au Québec qui font partie de la Société des écoles d’éducation internationale (SEEI). La majorité, soit 74 %, se retrouve dans le réseau public. C’est une particularité du Québec car, partout ailleurs dans le monde, les écoles de ce type sont des écoles privées. En fait, ces écoles opèrent comme des écoles privées. On y pratique la sélection des élèves et on demande des frais supplémentaires aux parents.

Double écrémage

Les écoles privées et les écoles à volet particulier écrèment chacune à leur tour la clientèle scolaire. Faute d’imaginer le type d’élèves qui se retrouve dans les classes régulières : des élèves moins performants et beaucoup d’élèves handicapés, en difficulté d’adaptation ou ayant des problèmes d’apprentissage. Les EHDAA dans le jargon du ministère.

Les élèves EHDAA se retrouvent en surnombre dans les classes régulières et perturbent les autres élèves qui se trouvent placés dans des conditions d’apprentissage inadmissibles. Une étude menée par une commission scolaire démontre qu’un taux de 30 % d’élèves EHDAA dans un groupe a un effet soustractif, c’est-à-dire que les élèves à problèmes qui auraient pu être entraînés vers le haut, vers la réussite, en subissant l’influence positive des autres élèves dans une classe où ils auraient été fortement minoritaires, provoquent le phénomène inverse lorsqu’ils sont trop nombreux. Ce sont eux qui entraînent les bons élèves vers le bas, vers l’échec et le décrochage.

On ne sera pas surpris d’apprendre que les cas de violence, de burn-out du personnel enseignant se retrouvent principalement dans ces classes. Pour expliquer les insuccès scolaires des jeunes garçons, toutes sortes d’explications ont été avancées. Le double écrémage du système scolaire serait sans doute une hypothèse plus féconde que les effets du féminisme.

Le développement fulgurant du réseau privé et d’un réseau parallèle semi-privé au sein même du secteur public est en train de détruire les acquis de la réforme de l’éducation du début des années 1960. Les conséquences se mesureront sur plusieurs générations d’élèves.

Nul besoin de bons d’étude

Dans une analyse publiée récemment par la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP), on se prononce avec une belle hypocrisie contre les bons d’étude.

Pas besoin de bons d’étude en effet pour attirer les élèves vers les écoles privées, puisque celles-ci ne suffisent pas à la demande et sont obligées, reconnaît le rapport, de « refuser des demandes d’admission ».

Les auteurs se prononcent donc « officiellement » pour le maintien du statu quo. Une autre hypocrisie, car il n’y a pas de véritable statu quo. Au contraire, le nombre d’inscriptions à l’école privée est en hausse constante.

Le rapport du FEEP démontre que le mode de financement actuel de l’école privée est préférable pour ces institutions aux bons d’étude. C’est ce que reconnaissait d’ailleurs Mme Claudia R. Hepburn du Fraser Institute, un institut de recherche néolibéral, lorsqu’elle déclarait : « Je me questionne sur la pertinence d’un programme de bons d’étude au Québec où les écoles privées sont déjà subventionnées à environ 60 % ».

Le FEEP ne veut surtout pas que le débat autour des bons d’étude s’élargisse au financement public du réseau privé avec le risque que dernier soit remis en question. « La société, écrivent les auteurs du rapport, n’a rien à gagner d’un nouveau débat public sur le financement de l’enseignement privé. »

Nous pensons, au contraire, que le tabou actuel sur le financement public du réseau privé doit être levé.

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