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N° 217 - mars 2003

La langue de travail à Montréal : « Wake up ! »
Mario Beaulieu
Le 11 février dernier, Statistique Canada publiait les données du recensement de 2001 sur la langue de travail. Même si la question linguistique est aujourd’hui un sujet tabou et que la rectitude politique dicte un optimisme quasi inconditionnel, ces données sont difficiles à interpréter comme un signe de progrès.

Statistique Canada titre stoïquement que : « Le français prédomine comme langue de travail chez les immigrants du Québec ». Environ 57 % d’entre eux ont répondu qu’ils utilisaient le français le plus souvent, comparativement à 43 % qui indiquaient utiliser l’anglais le plus souvent (après répartition des répondants ayant déclaré les utiliser aussi souvent l’une que l’autre).

Au travail, le français n’est pas la langue commune

Toutefois, les données du recensement indiquent que l’utilisation prédominante du français est en régression depuis une vingtaine d’années. L’utilisation du français ne progresse que chez les travailleurs immigrants arrivés entre 1951 et 1980.

Comme le mentionne Statistique-Canada dans son texte d’accompagnement: « Par la suite, on observe un recul de l’utilisation prédominante du français au profit de l’anglais, malgré l’augmentation de la proportion des immigrants de langue maternelle française de 1996 à 2001. La proportion de ceux qui utilisaient surtout le français au travail a ainsi diminué continuellement pour atteindre 49 % chez les immigrants arrivés entre 1996 et 2001.

À l’inverse, la proportion des immigrants qui utilisaient surtout l’anglais au travail est passée d’un creux de 28 % chez ceux venus au pays entre 1981 et 1985 à 37 % chez ceux tout récemment arrivés.»

Le français au travail stagne

Ces nouvelles données corroborent les observations effectuées l’an passé dans l’aut’journal par le professeur Charles Castonguay, indiquant la stagnation de l’usage du français au travail dans la région de Montréal au cours des années 1980.

Même l’éditorialiste de La Presse André Pratte semblait perplexe : « Dans l’immédiat, la vigilance est de mise bien plus que l’inquiétude. Le français serait-il en recul dans les entreprises québécoises ? L’intégration de ces immigrants au Québec francophone sera-t-elle possible, étant donné qu’ils passent le gros de leurs journées à parler anglais? On doit néanmoins s’interroger sur le fait que, 25 ans après l’adoption de la loi 101, un si grand nombre d’immigrants, au moins dans les premières années, travaillent en anglais au Québec. »

Paule Des Rivières, éditorialiste au Devoir, notait que « Statistique Canada fournit elle-même certaines explications qui, pour incomplètes qu’elles soient, ne sont guère rassurantes. Or, dans ce domaine [la francisation des milieux de travail], le surplace n’est pas une option. Il faut avancer. Les dernières données fédérales confirment que les mesures volontaires proposées par la commission Larose ne sont pas suffisantes. Les recommandations sur la langue de travail constituaient le maillon faible du rapport sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec. »

Déjà, en 1996, on était prêt à bouger...

En réaction à ces données préoccupantes de Statistique Canada, la ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française, Mme Diane Lemieux, émettait l’avis qu’il faut ajouter des ressources pour la francisation des entreprises.

Déjà en 1996, la ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française, Mme Louise Beaudoin, considérait que le français n’était pas encore la langue commune de la vie publique à Montréal, et prenait acte que tous les mémoires traitant de la francisation des entreprises déposées à la Commission de la culture constataient la stagnation de la francisation à Montréal. Elle annonçait ensuite la mise sur pied d’un groupe de travail tripartite (entreprises, travailleurs et gouvernement) sur la langue de travail et, en particulier, sur la francisation des entreprises de 10 à 49 employés.

Dans l’ensemble, les recommandations émises par ce comité (rapport Grant, 1996) apparaissent encore tout à fait pertinentes. Rappelons que le rapport Grant stipulait, comme condition préalable, que l’expression d’une volonté politique vis-à-vis de la question linguistique doit être renforcée et maintenue.

Pour en arriver à établir un véritable équilibre linguistique et sortir définitivement de l’idéologie de survivance et de repli sur soi, il faut d’abord ne plus accepter comme allant de soi la précarité de la langue française au Québec. « Aucun peuple ne peut accepter d’être en permanence menacé dans sa langue, ni de devoir colmater indéfiniment les mêmes brèches. Et s’il se résigne à pareille situation c’est qu’il a perdu à la fois sa dignité et l’envie de combattre », écrivait Jean-Marc Léger en l’an 2000.

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