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Vidéotron : les femmes ne lâcheront pas l'os.
N° 217 - mars 2003

Contre la guerre, un référendum gagnant !
Pierre Dubuc
Personne n’en croyait ses yeux tant la manifestation était imposante rue Ste-Catherine. La tête de la manif arrivait rue Saint-Denis et des milliers de personnes ne s’étaient pas encore mises en branle rue Peel. Les organisateurs ont évalué la foule à 150 000 personnes. Les autorités policières n’ont pas contesté.

Les ténors fédéralistes ont immédiatement cherché à minimiser la signification politique de l’ampleur des manifestations au Québec qui surpassaient de loin la mobilisation au Canada anglais. Il y avait 10 000 personnes dans la rue à Toronto.

Stéphane Dion a accusé le premier ministre Landry de récupération politique pour avoir déclaré que cela illustrait la présence de deux nations au Canada. La columnist Lysiane Gagnon de La Presse a pris le relais en attribuant la disparité de la mobilisation entre Toronto et Montréal au fait que « Montréal est la ville canadienne qui abrite la plus grosse communauté arabo-musulmane ». Elle en a même pris à témoin le militant anarchiste Jaggi Singh qui aurait qualifiée Montréal de « grande ville algérienne ».

Il est ironique de constater que Lysiane Gagnon, qui a cloué au piloris Yves Michaud pour avoir décortiqué le « vote ethnique » lors du dernier référendum, dissèque la « participation ethnique » de la manifestation pour la paix.

Nous avons envie de lui dire : « C’était tous des Québécoises et des Québécois, madame Gagnon », comme c’était également des Québécois dans la ville de Québec – où l’ampleur de la mobilisation égalait celle de Toronto – et dans toutes les autres villes comme Trois-Rivières, Rimouski, Gatineau, etc.

« Le Québec se démarque », reconnaît La Presse

Les résultats d’un sondage publié dans La Presse du 22 février viennent clouer le bec à tous ceux qui cherchent à nier la réalité et la spécificité du pacifisme de la nation québécoise. « Le Québec se démarque encore du reste du Canada », titre La Presse en révélant que 61 % de la population québécoise s’oppose à toute frappe contre l’Irak, même avec le plein appui du Conseil de sécurité des Nations unies. Au Canada anglais, la proportion est exactement l’inverse. 63 % des Canadiens anglais sont d’accord avec la participation canadienne à une guerre contre l’Irak dans le cadre des Nations unies.

Lettre ouverte qui resta lettre morte

La tradition pacifiste québécoise ne se dément pas. Rappelons qu’au cours de la Première guerre mondiale, le Québec s’était soulevé par des émeutes violentes contre la participation à cette guerre impérialiste. Les bureaux du Chronicle et de L’Événement à Québec, deux journaux pro-guerre, ont alors été saccagés. Les bureaux de la police fédérale incendiés. L’armée a fait feu tuant cinq civils.

C’est à cette occasion que le député J.-N. Francoeur déposa à l’Assemblée législative une motion proposant la séparation du Québec en réponse aux appels des journaux du Canada anglais à « replacer le Québec dans le droit chemin, même s’il faut employer la force » (The Evening Telegraph).

Le sentiment pacifiste du Canada français – comme on appelait alors le Québec – et même son potentiel révolutionnaire échappa à la gauche canadienne-anglaise, mais non à l’Internationale communiste qui rappela ces événements au Parti communiste canadien dans une lettre ouverte. Le Komintern attira l’attention du jeune parti communiste sur le caractère anti-impérialiste du pacifisme canadien-français et lui enjoignit d’apprécier dans ce contexte l’importance de soutenir le droit à l’autodétermination du Québec. Une recommandation qui resta lettre morte.

En cas de guerre : sortir du Canada

Qu’aujourd’hui le premier ministre Landry et le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, s’opposent à la guerre ne peut que nous réjouir. Nous nous rappelons avec quelle frénésie ces zélés partisans de l’intégration du Québec à l’empire américain ont appuyé la première guerre du Golfe et la guerre au Kosovo. Assistons-nous à un changement de cap ? Nous le saurons bientôt.

Duceppe ne s’est pas prononcé contre toute expédition militaire contre l’Irak. Il accuse le premier ministre Chrétien d’être assis sur la clôture parce qu’il refuse d’affirmer clairement que le Canada se joindra à une coalition contre l’Irak uniquement dans le cadre d’une résolution des Nations unies.

Que feront Duceppe et le Bloc si les Etats-Unis réussissent à convaincre l’Onu de soutenir leur ardeur belliqueuse ? Voteront-ils au Parlement avec le gouvernement Chrétien et l’Alliance canadienne pour la guerre ? Devant cette décision à prendre, ce sera au tour du Bloc et de Duceppe de se retrouver à califourchon sur la clôture parce que, rappelons-le, 61 % de la population du Québec est contre la guerre, même sous l’égide de l’Onu.

Pour les militants pacifistes, il y a mieux à faire aujourd’hui qu’à se retrouver avec Stéphane Dion et Lysiane Gagnon pour taxer Landry de récupération politique. Il faut se préparer dès maintenant à exiger, si la guerre est déclarée par le Canada, que Landry dépose sans tarder devant l’Assemblée nationale une nouvelle motion Francoeur. Il faudra se mobiliser pour obtenir sur-le-champ un référendum qui propose clairement de nous dissocier de la guerre, de tirer notre révérence du Canada et créer un Québec souverain et pacifiste. La question nationale est une arme aux mains des pacifistes, à nous de nous en servir !

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