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N° 217 - mars 2003

Les enjeux politiques de la prochaine élection
Marc Laviolette
Depuis un an, la montée des idées de droite, particulièrement par les gains électoraux de l’ADQ dans quatre élections partielles, inquiète l’ensemble des forces progressistes du Québec. Je dirais même que ces gains électoraux et l’engouement de la population pour l’ADQ, matérialisé dans les sondages, a administré un véritable électrochoc à la gauche et aux citoyens préoccupés de préserver la notion de bien commun dans notre société.

Le programme du parti de Mario Dumont est en fait la radicalisation de l’application de mesures néo-libérales déjà testées aux États-Unis et ailleurs dans le monde : impôt unique, bons d’éducation, déréglementation, privatisation dans la santé, coupures de programmes sociaux et remise en question des acquis des travailleurs. Le tout enrobé d’un discours qui affirme qu’il faut « remettre l’État à sa place » et que ça prend du changement face aux vieux partis.

ADQ : les raisons d’une popularité

Pourquoi ce soudain engouement ? Nous trouvons une partie de la réponse dans un sondage Léger-Marketing – Le Devoir – Globe and Mail, réalisé entre le 23 et le 27 mai 2002. 51 % des Québécois souhaitent voir l’ADQ former le gouvernement. 60 % pensent que l’ADQ incarne mieux le changement. 83 % des répondants ne connaissent pas le programme de l’ADQ.

Pierre Mouterne dans son livre « ADQ Voie sans issue », interprète ces résultats de la façon suivante : « Ce qui est en jeu dans cette montée soudaine de l’ADQ, c’est moins un ensemble de mesures politiques appréhendées sur le mode rationnel, qu’un style, qu’une sensibilité donnée, qu’une façon d’être ou de faire qui, par les différences qu’elle suggère, séduit et semble répondre à une formidable aspiration aux changements ».

Au fond, ce désenchantement et désabusement de la population face aux vieux partis (PLQ, PQ) vient du fait que c’est le « monde ordinaire » qui a écopé des mesures néolibérales appliquées par nos gouvernement depuis 20 ans. Que ce soit les coupures du PQ dans le secteur public au début des années 80; les privatisations et rationalisations du gouvernement Bourassa deuxième cuvée et le « déficit zéro » des années Bouchard. Pour beaucoup de citoyens, les libéraux ou les péquistes, c’est du pareil au même.

L’autre facteur lourd, c’est l’absence d’une alternative politique crédible qui se range carrément derrière les intérêts des travailleurs, travailleuses et forces populaires et communautaires. Face à ce vide, la gauche au Québec, par son dogmatisme, son sectarisme et son isolement, est restée relativement silencieuse lors des vingt dernières années, manquant ainsi royalement le bateau.

Le mouvement syndical, de son côté, a réduit son rôle d’éducation politique auprès de ses membres à la question nationale, reportant à plus tard la nécessité d’une alternative politique autonome portant les revendications des travailleurs et travailleuses. Ces dernières années, le gros des efforts du mouvement syndical a été de perdre le moins de terrain possible face aux offensives patronales, l’amenant à se refermer sur lui-même.

Bloquer l’ADQ

Une fois l’électrochoc passé, nous avons assisté à une levée de boucliers dans l’opinion publique autour du programme de Mario Dumont. Des intellectuels, les syndicats, le collectif D’abord solidaires, les journalistes ont questionné et fait connaître son programme, si bien que les récents sondages placent les trois partis (PQ, libéraux, ADQ) pratiquement sur un pied d’égalité lors du prochain scrutin. L’ADQ s’est vue forcée à reculer sur la « taxe à taux unique » et en santé. Nous pourrons mesurer son « recentrage » lors de la publication de sa plate-forme électorale prochainement.

Un des aspects positifs de la situation politique est qu’elle force le débat sur le fond, sur le projet de société que nous voulons pour le Québec. Il y a longtemps qu’une élection n’a eu autant d’enjeux aussi importants.

Que faire ?

Il y a beaucoup à faire, mais je tenterais de répondre à cette question en tant que militant syndical. En période électorale, traditionnellement les syndicats analysent et débattent les programmes des différents partis politiques et appellent leurs membres à voter pour les candidatures dont la plate-forme électorale est le plus près des revendications syndicales. La plupart des organisations syndicales (sauf la FTQ) ne donnent pas d’appui officiel à un parti.

Pourtant, ni à la CSN ni ailleurs, cette façon traditionnelle de faire n’a empêché l’émergence de la situation actuelle ni favorisé la création d’une alternative politique défendant les intérêts de travailleurs et travailleuses. Dans les faits, ça n’a jamais changé grand chose. Pourtant, lors du prochain scrutin, il y a un risque sérieux que l’ADQ prenne le pouvoir, donc d’une radicalisation de la mise en application des idées de droite au Québec.

D’autre part, l’aboutissement d’une campagne électorale, c’est le jour du scrutin. Et là, nous sommes appelés à voter. Pour quel programme ? Pour quel candidat ou candidate ? Telles seront les questions.

Quelques pistes de réflexion

Le jour du scrutin, nous serons appelés à voter. Pour qui ? Pour quel programme ? Voici quelques pistes de réflexion :

• Oui à l’analyse politique des programmes, mais cet exercice devra être fait en profondeur auprès des membres de la base dans le plus de syndicats locaux possibles. Nous devrons y consacrer les ressources financières et humaines nécessaires pour mener à bien l’opération.

• Appel à bloquer l’ADQ après une analyse concrète dans chaque comté. Appel à voter pour le candidat qui a le plus de chances de bloquer l’ADQ.

• Pour favoriser l’émergence d’une alternative politique, appuyer la candidature qui est la plus crédible quant à la mise en application de la réforme des institutions et du mode de scrutin.

• L’union des Forces Progressistes comme alternative ? Petite organisation ayant peu de moyens, l’UFP pour développer sa crédibilité comme alternative politique devra se concentrer dans quelques comtés où les résultats du vote ont de bonnes chances d’être significatifs (plus de 5 %).

• À moyen terme, les syndicats devraient mettre sur pied un programme conjoint d’éducation politique auprès de leurs membres. De plus, tout en maintenant leur autonomie et indépendance face aux partis politiques, les syndicats devraient mettre en commun un certain nombre de ressources humaines et financières, de façon à favoriser l’émergence d’une alternative politique défendant les intérêts des travailleurs et travailleuses.

Espérons que ces quelques pistes contribueront au débat. N’oublions pas que la politique du pire n’a jamais servi les intérêts des travailleurs et travailleuses.

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