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Vidéotron : les femmes ne lâcheront pas l'os.
N° 217 - mars 2003

La gauche en santé
Patrick Lamoureux
Le samedi 22 février dernier avait lieu, à l’Uqam, une assemblée publique ayant pour thème l’avenir de la santé au Québec. Fruit d’une initiative de l’Union des Forces progressives (UFP), cet événement se voulait une réflexion pratique et progressiste sur le système de santé actuel. Le jeune parti de gauche présentait sa plate-forme électorale en matière de santé et donnait la parole à ses candidats-phares, le Dr Amir Khadir et le professeur Omar Aktouf.

Les différents spécialistes présents partageaient l’idée qu’une situation socio-économique saine correspond à un niveau de santé plus élevé pour la société ; à l’inverse, au chômage et à l’exclusion correspond un niveau inquiétant de morbidité, et donc, un service de santé publique plus coûteux.

La souffrance n’est pas un marché

Prévenir la souffrance par des conditions de vie saines est l’assise d’où partait Omar Aktouf. Il a aussi dénoncé l’utilisation à outrance du modèle suédois en santé que fait miroiter Mario Dumont, parce que les conditions qui prévalaient en Suède, avant la privatisation partielle, étaient totalement différentes. Aux maux différents, des remèdes différents.

Rappelant que l’obsession de la privatisation remonte, dans le cas des pays du Nord, à Thatcher (qu’il considère être le premier cas de vache folle !), il poursuit en disant que « quand le gâteau ne grossit plus pour ceux qui en ont déjà la grosse part, ces derniers cherchent à piger les dernières miettes dans l’assiette de l’État ». Il s’est aussi attaqué au préjugé selon lequel l’État providence coûte trop cher.

Il a rappelé que la notion de providence est en fait un biais créé au début des années 60 par les tenants de l’État business, qui devrait, selon eux, garantir la concentration du capital plutôt que sa redistribution. Comment des dépenses qui profitent à tous peuvent être considérées comme du gaspillage, conclut-il, quand la fameuse anecdote du pied de parasol en or massif à 19 000 US, acheté par l’ex-PDG de Tyco en faillite pour corruption, n’a jamais soulevé une condamnation semblable ? Deux poids deux mesures, c’est le pied !

Sur le terrain… miné

Le Dr Khadir, médecin spécialiste et membre de la Coalition des médecins pour la justice sociale, part aussi du lien constant et prouvé qui existe entre disparité de revenu et morbidité. Il craint donc l’avènement de l’ADQ qui favoriserait cette disparité et qui offrirait une place considérable au privé en santé. Même si présentement, Dumont est en valse-hésitation sur la question, en raison de la Loi canadienne de la santé, Khadir met en garde quant aux dérives que peut occasionner la privatisation.

Le privé ferait intervenir le profit dans son choix des services à offrir, ainsi, dans plusieurs cas, ce qui est payant primerait sur ce qui est nécessaire. Et ça, c’est pas très bon pour la santé ! Il défend aussi les CLSC dans leur rôle entre les services de première ligne et les hôpitaux. Pendant que l’establishment de la santé les critique, l’Organisation mondiale de la santé les place parmi les meilleurs au monde en cette matière, précise-t-il.

Au nombre des problèmes que connaît actuellement la santé publique, il affirme voir d’un mauvais œil la rémunération des médecins qui prend une part grandissante du financement public. Sur un autre dossier épineux, son confrère de la coalition des médecins pour la justice sociale, le Dr Paul Lévesque, affirmait que ladite coalition s’était prononcée contre le projet du méga-hôpital (CHUM) : le méga-capital, selon son lapsus !

Marc Hasbani, chercheur à la Chaire d’études socio-économiques de l’Uqam, révélait quelques chiffres croustillants à propos des profits – non réinvestis en recherche - de l’industrie pharmaceutique. Intéressante coïncidence avec l’actualité et un certain scandale, mis en lumière par une enquête de la Presse publiée la même journée

Le sociologue Dorval Brunel lançait avec conviction l’idée d’une Charte du droit à la santé où les soins de santé seraient un droit fondamental de la personne humaine. Cela justifierait une augmentation des dépenses publiques en santé. En ce sens, l’UFP propose une augmentation immédiate de 300 millions, 170 de plus qu’au PQ.

Cet exercice démocratique se joint aux nombreux débats qui animeront les prochaines élections. On va peut-être enfin surmonter le déficit démocratique décrié par M. Cliche.

Avec des solutions…

Le programme de l’UFP en matière de santé est ambitieux (voir www.ufp.qc.ca) et désire remédier au problème du sous-financement. On veut tout d’abord sauver le système public et lui faire couvrir les soins à domicile. Il est aussi question d’offrir une médecine de prise en charge et de garantir un régime universel pour l’assurance-médicaments.

D’un point de vue politique, on propose une redéfinition de la santé de la population, qui engloberait les conditions de vie en société, allant de la pauvreté à la pollution, en passant par l’exercice physique. Le tout devrait être l’objet d’une prise en charge citoyenne. Un autre remède à ne pas négliger serait l’imposition d’un contrôle du prix des médicaments brevetés et une limitation à cinq ans de la durée des brevets. Enfin pour ce qui touche au mode de rémunération des médecins, on avance le salariat contre la facturation à l’acte.

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