accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
La relève de la garde
N° 207 - mars 2002

L'insoutenable réalité de l'exploitation des enfants
Renaud Germain

Le théâtre des Deux Mondes



Durant sa saison 2001-2002, Le théâtre des Deux Mondes présentait un peu partout au Québec sa production L'histoire de l'oie, où un jeune garçon dévoile malgré lui les brutalités qu'il subit en invitant une oie dans le fabuleux univers où il vit, entre les tristes murs d'une maison perdue dans l'arrière-pays. Pour un peu plus de 400 représentations depuis sa création en 1991, cette pièce primée a voyagé de l'Amérique du Sud à la Chine, en passant par l'Europe et l'Angleterre. Ce succès s'appuie sur au Québec un original dispositif de conscientisation du public, développé par Monique Rioux, et qu'elle nomme le projet de développement du public.

Certains sujets sont d'une telle atrocité qu'il devient difficile d'en soutenir le propos, tellement sa réalité inimaginable appauvrit notre condition humaine. Penser qu'au XXIe siècle des millions d'enfants travaillent dans des ateliers, des manufactures, dans des champs et dans des mines, dans des conditions qui oscillent entre l'esclavage et l'exploitation pure et simple, cela provoque une certaine tristesse qu'aucun impératif économique ne peut écarter.

S’agiter et agir sur le terrain

À défaut de soutenir une cause en vidant nos poches, on peut toujours s'agiter et agir. Monique Rioux, ainsi que ces collaborateurs, collaboratrices, a contacté différents intervenants des organismes culturels et communautaires ainsi que des responsables de Maisons de la Culture, situées par exemple à Verdun, Lachine, LaSalle ou à Notre-Dame-de-Grâce, pour proposer aux citoyens de ces communautés respectives, souvent pauvres et d'origines ethniques multiples, de participer à des ateliers pluridisciplinaires qui explorent justement le thème de l'exploitation économique des enfants par le travail. Et ils furent nombreux à se présenter.

Conçu comme un projet d'animation qui précède la présentation de la pièce principale, le projet de développement du public réunit dans le hall d'entrée du théâtre où la représentation a lieu les réalisations des divers participantEs. Dans la salle de spectacle du coin où la compagnie de théâtre s'arrête, ce sont les gens de l'endroit qui s'investissent dans la thématique proposée. La formule présentement utilisée fut développée pendant la tournée du spectacle Leitmotiv, qui explorait la violence causé par la guerre au Kosovo.

Trouver l’animal bénéfique pour l’homme

Concrètement, c'est la création d'une gestuelle pour les participantEs utiliséEs comme sculptures vivantes. Celles-ci se tiennent devant des tableaux, fabriqués pour l'occasion, le tout englobé par le noble chant d'une chorale.

En s'inspirant de véritable histoires, que Monique Rioux a glané dans des livres comme Libérez les enfants, de Craig Kielburger (écosociété), ou Le travail des enfants dans le monde, de Martin Monestier (éditions la Découverte), la fondatrice de la compagnie a ensuite associée à ces histoires d'horreurs un animal historiquement bénéfique pour l'homme (le chien, le cheval, l'éléphant).

Tout ça pour créer, pendant un bref moment, le canevas d'un conte onirique que les nombreux tableaux et sculptures vivantes des participants illustreront.

Les spectateurs circulent d'une scène et d'un tableau à un autre, avant de s'installer dans la salle à leurs sièges. Il va sans dire que les participants rejoignent les spectateurs pour assister eux aussi au lever du rideau.

Apprendre à percevoir l’humain derrière la photo

La proposition est simple et efficace. Elle crée une ambiance pour l'appréciation de la pièce, sans tomber dans le pléonasme. D'autres avantages se profilent aussi. Se déplacer pour aller voir un membre de sa famille faire semblant de se faire fouetter peut être d'un intérêt pour certains, mais permet aussi de mieux percevoir l'humain derrière la photo la prochaine fois qu'une lointaine injustice sociale se manifestera dans le cadre.

Cela offre aussi un événement rassembleur pour les communautés qui cohabitent trop souvent dans l'isolement. Et ça sensibilise aussi les gens peu familiers avec l'art théâtral en offrant un contre-point amateur, ou semi-professionnel, à une représentation professionnelle. C'est à mon avis beaucoup plus intéressant que de planter des classes d'étudiants devant une représentation pour qu'ils et elles pondent un devoir, éloignant plusieurs par cet effort du plaisir éventuel qu'ils pourraient goûter au théâtre.

Pour vous tenir au courant des activités du Théâtre des Deux Mondes 0 Téléphone 0 514-593-4417, Courriel 0 info@lesdeuxmondes.com

Retour à la page précédente