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Vidéotron : les femmes ne lâcheront pas l'os.
N° 217 - mars 2003

Desmarais et Péladeau contrôlent 97 % des quotidiens du Québec
Pierre Dubuc
La danse des fusions dans le monde des médias est utilisée par les propriétaires pour se débarrasser des syndicats. Quebecor veut liquider le syndicat chez Vidéotron par le jeu de la sous-traitance à la firme Entourage. Moins connues, mais tout aussi dramatiques, sont les manœuvres entre Gesca, la filiale de Power Corporation, et le Groupe Transcontinental pour passer à la trappe les syndicats dans le secteur de l’imprimerie.

Les grandes manœuvres ont commencé avec l’arrivée au début de l’an 2000 de Guy Crevier à la présidence de Gesca, une filiale de Power Corporation, propriétaire de La Presse, du Nouvelliste de Trois-Rivières, de La Tribune de Sherbrooke et de La Voix de l’Est de Granby. Quelques mois plus tard, Gesca achetait du consortium Unimédia/Hollinger de Conrad Black les quotidiens Le Soleil de Québec, Le Droit d’Ottawa et Le Quotidien du Saguenay, en plus de l’édition dominicale de ce dernier, Le Progrès-Dimanche. Gesca se retrouvait avec plus de 44,7 % du tirage des quotidiens au Québec. Quebecor avec le Journal de Montréal et le Journal de Québec en contrôle 52,3 %. La part du Devoir est un mince 2,5 %.

Avec les journaux, Gesca avait fait l’acquisition de trois imprimeries commerciales d’Unimédia à Québec, Gatineau et Saguenay qu’elle s’est empressée de refiler au Groupe Transcontinental avec l’imprimerie qu’elle possédait déjà à Trois-Rivières.

Il restait l’épineux problème des vieilles presses désuètes du journal La Presse. Plutôt que de les moderniser, Guy Crevier décida de se départir de l’impression du journal au profit encore une fois du Groupe Transcontinental. Avec en poche un contrat de 15 ans d’une valeur de 60 millions $ par année, Transcontinental pouvait entreprendre la construction d’une usine de 100 millions $ à Pointe-aux-Trembles, dans l’est de Montréal.

Dans une entrevue à la revue L’Actualité peu après son entrée en fonction chez Gesca, Guy Crevier déclara que « sa sensibilité à la chose syndicale est de zéro, zéro et zéro ». Aussi personne ne fut surpris qu’il cherche à se débarrasser du syndicat en rachetant les contrats des pressiers et des autres métiers de l’imprimerie. Aujourd’hui, une forte minorité de ces travailleurs recourt aux tribunaux afin de remettre en question l’entente intervenue entre leur syndicat et l’employeur.

La liberté de presse commence quand tu en possèdes une !

On a beaucoup parlé de la concentration des médias au Québec quant au contenu, mais fort peu de la concentration encore plus extraordinaire au chapitre de l’impression et de la distribution. Pourtant, ces deux items représentent de loin les deux plus importants postes budgétaires des publications écrites.

Le marché est dominé par un duopole. Quebecor World de Péladeau est le premier imprimeur mondial. Imprimeries Transcontinental de Rémi Marcoux avec ses 33 imprimeries est l’un des deux plus importants imprimeurs commerciaux d’Amérique du Nord.

La mise en opération d’une nouvelle imprimerie ultra-moderne dans l’est de Montréal va provoquer la fermeture d’imprimeries moins performantes de Transcontinental, mais exercer une énorme pression sur les autres imprimeries indépendantes et syndiquées.

Déjà, Transcontinental offre à ses imprimeries de Boucherville et Interweb des salaires oscillant entre 10,50 et 28 $ de l’heure, soit la moitié de ceux payés actuellement à La Presse. Pour donner une idée de la considération de Rémi Marcoux, le propriétaire de Transcontinental, à l’endroit des travailleurs, soulignons que Rémi Marcoux a offert à seulement 70 des 225 employés mis à pied par la fermeture de son usine de Drummondville d’occuper un emploi à l’imprimerie de Boucherville, mais à des salaires plus bas !

La presse indépendante menacée

Pour combler les temps morts, entre l’impression des publications de Gesca, Transcontinental cherchera à aller chercher des clients chez les autres imprimeurs. Le scénario est connu : on offrira des prix à rabais, le temps de provoquer la fermeture des entreprises concurrentes, puis on appliquera des prix de monopoles. Les publications indépendantes se trouveront à financer l’impression des publications de Gesca et Transcontinental.

C’est l’ensemble de la presse indépendante qui sera à la merci de Transcontinental et Quebecor. Déjà, le journal Le Devoir est dépendant de Quebecor pour son impression. Comme le dit l’adage anglais, « la liberté de presse commence quand tu en possèdes une ! ».

La distribution est contrôlée par Messageries Dynamiques et Benjamin News

Soulignons enfin que la situation est similaire au plan de la distribution où les Messageries Dynamiques, propriété de Quebecor, et les Messageries de presse Benjamin se partagent le marché. Comme l’affirme le Comité conseil sur la qualité et la diversité de l’information, ces deux entreprises de distribution « assurent à elles seules la quasi-totalité de la distribution des hebdos, des magazines et des périodiques commerciaux, créant pratiquement une situation de duopole susceptible de nuire éventuellement à de petits éditeurs indépendants ou de menacer l’accessibilité à l’information écrite, du moins dans les régions éloignées. Un quotidien comme Le Devoir dépend pour sa distribution en dehors de Montréal du bon vouloir de l’une des deux grandes messageries qui accepte de lui vendre le service. »

Trancontinental de Rémi Marcoux est aussi présent dans la distribution par le biais de Publi-sac dont il est propriétaire. Bon nombre d’hebdos régionaux sont distribués par Publi-sac.

Arrêtez les presses !

Les presses venaient de se mettre en marche dans la nuit du 14 au 15 juillet lorsque, subitement, l’ordre est venu de stopper les machines. Un article de l’édition ne plaisait pas à la direction. La page fut modifiée, l’article remplacé et les presses se remirent à tourner. Plus de 6 000 copies prirent le chemin de la poubelle à recyclage.

L’article honni portait le titre suivant : « Sous-traitance : La Cour suprême donne raison à la FTQ ». L’article rendait compte d’une décision du plus haut tribunal du pays qui déboutait la Société immobilière Ivanhoé et la ville de Sept-Iles qui prétendaient que les accréditations et les conventions collectives ne devaient pas être transférées au sous-traitant. Au contraire, la Cour suprême confirmait que « le sous-traitant doit respecter l’accréditation et la convention collective en vigueur chez l’employeur principal. »

La Presse a pour mission d’informer. Mais elle peut omettre une décision de la plus haute instance du pays, si celle-ci est favorable aux travailleurs et qu’elle condamne une pratique que les propriétaires du journal s’apprêtent eux-mêmes à utiliser.

Des ouvriers en colère : Congédié après 33 ans d’ancienneté

L’entente intervenue entre La Presse et le Syndicat des métiers et de l’imprimerie fait des mécontents. Au point où près de la moitié des 93 membres du syndicat se retrouvent aujourd’hui devant les tribunaux en demandant que l’entente soit annulée.

Les conditions de départ sont avantageuses pour la vingtaine de syndiqués âgés de plus de 55 ans, de même que pour un certain nombre de ceux qui ont entre 50 et 55 ans. Par contre, elles mécontentent ceux de moins de 50 ans. L’entente prévoit dans leur cas une indemnité de départ de 5 ans de salaire. Les assurances collectives sont prolongées pour une année seulement. Des pertes sont aussi enregistrées au chapitre du fonds de pension. Signalons que, parmi le groupe des travailleurs de moins de 55 ans, on en retrouve qui ont 15 ans, 26 ans, 28 ans et même 33 ans d’ancienneté.

Des pressiers, livreurs de journaux

Les travailleurs pourraient, en vertu de l’entente, se prévaloir d’un reclassement au sein de l’entreprise dans le secteur de la distribution. Leur salaire actuel serait garanti pour cinq ans, mais ils travailleraient sur appel comme substitut. Et, surtout, ils craignent ce qui adviendrait au terme de cette période de cinq ans. En fait, il est clair qu’on veut les pousser à prendre l’indemnité de départ.

Marcoux appuie Dumont

Le propriétaire du Groupe Transcontinental, Rémi Marcoux, est présenté comme faisant partie du groupe d’hommes d’affaires qui appuient Mario Dumont et l’ADQ. La déclaration de guerre de Dumont à l’endroit des syndicats ne pouvait que plaire à Marcoux.

Desmarais au pouvoir avec Chrétien

Les barons de la presse ont toujours été très actifs dans les coulisses de la politique. Les accointances de Paul Desmarais avec le Parti libéral sont bien connues. La campagne électorale de P. E. Trudeau en 1968, menée sous le signe de la « trudeaumanie », a été organisée à partir des bureaux de Power Corporation sur la rue Saint-Jacques à Montréal. Écarté du pouvoir dans le PLC sous le court règne de John Turner, Paul Desmarais est revenu au sommet avec Jean Chrétien, dont la fille a épousé un des héritiers de la famille Desmarais.

Le trio Conrad Black, Brian Mulroney et Lucien Bouchard

Conrad Black a orchestré de A à Z la marche triomphale de Brian Mulroney vers le pouvoir. Mulroney était le p.-d. g, de la compagnie Iron Ore de Sept-Iles, propriété de Black. Pour être en mesure de prendre le pouvoir, Black et Mulroney avaient conclu une alliance avec les nationalistes québécois. René Lévesque l’avait nommé le « beau risque ». Lucien Bouchard, qui rédigeait à cette époque les discours de Mulroney, avait inventé la formule du retour du Québec dans la Confédération « dans l’honneur et la dignité ».

Curieusement, Mulroney et Bouchard sont aujourd’hui liés à des groupes de presse. Mulroney est président du conseil d’administration de Quebecor World de Péladeau et Lucien Bouchard se retrouve dans le conseil d’administration du Groupe Transcontinental de Rémi Marcoux, ami des Desmarais.

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