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Que voulez-vous... Bush le veut !
N° 216 - février 2003

Pas de privatisation de l’eau à Montréal, Toronto, Kamloops, Vancouver, Moncton, St John, Conception Bay...
André Bouthillier
Depuis une vingtaine d’années, les promoteurs de la privatisation parviennent à s’emparer de pans entiers des services publics. Les pires cas recensés sont ceux du Chili, de l’Angleterre et de la Nouvelle-Zélande. Au Canada, il y a eu des privatisations (Québecair, Air Canada, Petro-Canada) et Mario Dumont et ses amis banquiers nous préparent un cocktail semblable aux pays laboratoires des privatiseurs. Mais il fait bon de constater que les privatiseurs n’auront pas la vie si facile car, lorsque bien informée, la population ne veut rien savoir du privé dans les services publics.

C’est en 1996, à Montréal, que la première grande bataille des citoyens et citoyennes contre la privatisation de l’eau au Canada a été gagnée. Après cette victoire contre l’administration Bourque, c’était au tour des citoyens de Vancouver d’empêcher la gestion privée d’une nouvelle usine d’eau. La Coalition Eaux-Aguets (l’équivalent de Eau Secours! ) n’a ménagé aucun effort pour convaincre le district régional du Grand Vancouver de mettre fin au projet qui consistait à construire une nouvelle usine de filtration, puis d’en céder la gestion à une société multinationale.

L’opposition situait clairement la privatisation dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain. « Cette décision fera des vagues dans tout le Canada, parce qu’elle démontre à quel point les craintes concernant la privatisation de l’eau en vertu de l’Aléna sont sérieuses », de dire Judy Darcy, présidente nationale du Syndicat canadien de la Fonction publique (SCFP),

Des batailles politiques féroces dans de petites villes

À Kamloops, en Colombie-Britannique, le Conseil de la ville a finalement voté à l’unanimité le rejet de la privatisation des services d’épuration des eaux. « Cela montre l’importance capitale des efforts coordonnés des coalitions citoyennes », de dire Barry O’Neill, du SCFP.

À Terre-Neuve, les citoyens de Conception Bay South ont obtenu gain de cause devant le conseil municipal qui voulait confier au privé l’usine d’épuration des eaux usées. À Saint John, qui doit de toute urgence nettoyer son port, une solide campagne de mobilisation citoyenne a permis, après avoir dévoilé une soumission secrète, d’obliger le conseil municipal à mettre en veilleuse ses projets de privatisation. Les eaux usées seront traitées par le secteur public et les maires des trois régions impliquées se sont engagés à ce que le financement, la propriété et l’exploitation des installations de nettoyage du port soient publics.

Au Nouveau-Brunswick, le printemps dernier, les résidents de Moncton ont lancé un pavé dans la mare de la multinationale de l’eau Vivendi, qui voulait étendre ses tentacules à l’ensemble de la gestion et du financement de l’infrastructure de l’eau de la ville. Vivendi, par l’entremise de sa filiale US Filter, exploite déjà la station de traitement de l’eau potable de la ville – un partenariat public-privé qui coûte aux contribuables des millions de dollars de plus qu’une usine dont le financement et l’exploitation seraient publics. Les citoyens ont gagné la première manche et obtenu des études indépendantes sur cette question.

Toronto entre dans la danse

C’est maintenant au tour des citoyens de Toronto de savourer leur victoire sur les privatiseurs. Depuis la création de la nouvelle ville de Toronto, des conseillers municipaux ont manœuvré pour rendre possible la privatisation de l’eau en proposant de créer une régie de l’eau indépendante du conseil de ville. Les membres du conseil d’administration auraient été des personnes non élues et ayant l’autorité de réaliser la privatisation en tout ou en partie des services d’eau de la municipalité.

Les citoyens ont obtenu que la gestion de l’eau demeure sous la responsabilité du Service de l’eau de la ville et qu’un comité formé de sept conseillers municipaux supervise les activités de la production d’eau potable et de l’assainissement des eaux usées. De plus, le comité aura le pouvoir d’accélérer les investissements nécessaires à l’entretien et à la mise à jour technologique des installations de la ville. « Ceci ne se serait pas produit si les citoyens et citoyennes de la ville ne s’étaient pas jetés dans la mêlée. Des milliers de personnes ont signé des pétitions, téléphoné à leur conseiller municipal, distribué des dépliants expliquant les effets de la privatisation aux autres citoyens », déclare Bryan Timm de la coalition Eaux-Aguets.

Les promoteurs de la privatisation ont reconnu publiquement que la détermination des citoyens les avait obligés à changer d’avis. Les craintes reliées à la propriété des installations, à l’imputabilité des gestionnaires et à la santé de la population, ont été comprises clairement à l’hôtel de ville.

À Montréal, la valse-hésitation du maire Tremblay, suite à son élection, a immédiatement fait intervenir la Coalition Eau Secours! pour s’assurer qu’il n’était pas question de refaire l’erreur de l’ancien maire Bourque. Pour le moment l’administration Tremblay résiste aux sirènes du privé. Dans ce contexte, réjouissons-nous, bouchons-nous bien les oreilles et ouvrons grands les yeux.

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