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Que voulez-vous... Bush le veut !
N° 216 - février 2003

La nouvelle course à l’armement
Marc Laviolette
Comme militant syndical travaillant dans l’industrie de l’armement, j’ai assumé la responsabilité du travail syndical sur cette question dans mon syndicat local, à la Fédération de la Métallurgie (de 1986 à 1994), comme vice-président responsable de la reconversion industrielle et l’emploi et à l’exécutif de la C. S. N. (de 1994 à 2002) lorsque la question se posait. Dans le cadre de mes responsabilités, j’ai eu à travailler étroitement avec le Groupe de Recherche sur l’Industrie militaire et la Reconversion industrielle de l’Université du Québec à Montréal dirigé par le professeur Yves Bélanger. Il y a quelques semaines, je m’entretenais avec lui afin de faire le point sur la situation actuelle. Voici en quelques lignes la synthèse de notre discussion.

Noam Chomsky dans son livre « 11/9 autopsie des terrorismes », explique bien la portée politique et militaire du 11 septembre. Pour lui, les horribles attaques commises cette journée-là sont quelque chose de complètement nouveau en raison des cibles choisies. Pour les États-Unis, c’était la première fois depuis 1812 que leur territoire national subissait une attaque. La même chose est aussi vraie pour l’Europe. À de rares exceptions, ces grandes puissances n’ont pas été attaquées par leurs victimes. L’Angleterre n’a pas été attaquée par l’Inde, ni la Belgique par le Congo, ni l’Italie par l’Éthiopie, ni la France par l’Algérie. Pour la première fois, les fusils sont braqués dans l’autre sens.

La croissance des budgets militaires

Pour les grandes puissances, le 11 septembre est donc une formidable légitimisation de l’augmentation des budgets militaires qui avaient subi des coupes importantes avec la fin de la Guerre froide. En 2003, le budget de la Défense des États-Unis connaîtra la plus importante hausse des 20 dernières années. Il se chiffrera à 355 milliards de dollars. Nous assistons aux mêmes pressions à la hausse en France, en Angleterre, en Italie et dans le reste de l’Europe.

Le Canada lui aussi est dans la course comme en témoignent les budgets de la Défense nationale: 2000-2001: 10 milliards; 2002-2003: 12 milliards; 2004-2005: 14 milliards.

À partir de 2003 et sur une période de cinq ans, le Canada investira 7,7 milliards de dollars dans la sécurité dont 1,2 milliards au ministère de la Défense nationale, dont 650 millions seront consacrés aux activités de défense. Dans les faits, nous sommes en train d’assister à une nouvelle course aux armements.

Les trois logiques de défense de l’Empire américain

1. Construire le rempart de Défense de l’Amérique

C’est la stratégie du « Homeland Defense » (Défense de la Patrie) qui s’applique à l’Amérique du Nord. Par exemple, Bush veut lancer pour 2004 son bouclier anti-missile. L’objectif: faire de l’Amérique un sanctuaire inattaquable d’un point de vue militaire. Jusqu’ici, le Canada est resté silencieux sur cette initiative (qui ne dit mot consent). La compagnie canadienne C. A. E. est même intéressée à y collaborer.

Dans cette stratégie du « Homeland Defense », la création de « North Command » (Centre de commandement unifié du Nord) en est la pierre angulaire. Ce centre de commandement intègre les Forces armées étatsuniennes, canadiennes et mexicaines. Au Canada, au nombre des retombées politiques de la création de ce centre de commandement, il y a eu l’adoption de la loi C-55 par la Chambre des communes. Cette loi autorise la collaboration des Forces étatsuniennes et canadiennes en matière de défense et de sécurité. Elle permet la création de « zones de sécurité contrôlées », comme ce fut le cas lors du sommet des Amériques de Québec.

2. La logique de sécurité

Le ministère étatsunien de la Homeland Security (sécurité de la Patrie) regroupe 22 agences dont le budget a été multiplié par deux. Le Canada a dû emboîter le pas et s’engager dans des accords de renforcement des postes frontières, d’inspection et de défense des ports.

Le Canada, qui doit assumer sa souveraineté dans ces accords, voit sa facture augmenter. Les 7,7 milliards sur 5 ans annoncés en 2002 devront être augmentés de 1,2 millions dans le budget 2003-2004.

Le Canada étant un pays exportateur, les mesures de sécurité aux postes frontières créent des problèmes de fluidité du commerce qui ont des conséquences économiques importantes. Par exemple, on voit régulièrement au poste frontière de Lacolle, côté Québec, une filée de camions en attente pouvant atteindre quatre kilomètres de long, tandis qu’il y a seulement quatre camions en attente du côté étatsunien. Le Canada doit donc investir dans des mesures de sécurité visant à augmenter la fluidité du commerce à nos postes frontières.

D’ailleurs, un sommet Québec, Ontario et Nouvelle-Angleterre est en préparation pour mars prochain afin d’intégrer la stratégie Homeland Security de façon à ne pas nuire au commerce.

C’est cette intégration des mesures de sécurité qui a permis aux Américains d’inspecter le port de Montréal, d’être présents dans nos aéroports et à nos postes frontières.

Québec aussi a été amené à jouer le jeu avec l’adoption, par l’Assemblée nationale, de la loi 173 qui vise à responsabiliser les entreprises face aux enjeux de sécurité tels les infrastructures essentielles: Bell Canada, Hydro-Québec… Dans les faits, la logique de sécurité est en train d’envahir nos vies.

3. La logique du Nouvel Âge nucléaire

Pendant toute la Guerre froide, nous vivions sous la stratégie militaire de la dissuasion par l’arme nucléaire afin de maintenir l’équilibre entre les blocs communiste et capitaliste. C’est cette stratégie qui était à l’origine de la course à l’armement entre les deux blocs.

Aujourd’hui, nous assistons à un désengagement des grandes puissances face à l’armement nucléaire et à des investissements dans l’armement conventionnel. Les grandes puissances, après avoir asservi le tiers monde avec les armes nucléaires, voient maintenant certains pays en posséder ou se dotant des conditions pour en posséder. On rend alors cette menace inutile par le bouclier de défense anti-missile que Bush veut lancer en 2004.

Dans les faits, cette nouvelle course aux armements qui carbure à la lutte contre le terrorisme (lutte acceptée par la population) justifie des investissements militaires qui n’ont rien à voir avec le terrorisme. Par exemple, le programme de remplacement des avions F10 et F16 par des F35 beaucoup plus sophistiqués, coûtera 200 milliards US aux citoyens américains. Et que dire du programme de renouvellement des porte-avions à un milliard pièce.

Dans les prochaines années, le programme de renouvellement de l’équipement de défense étatsunien coûtera entre 1 100 et 1 200 milliards de dollars alors qu’il a coûté 970 milliards entre 1980 et 1988.

Du côté des terroristes, l’opération détournement d’avions et destruction des tours du World Trade Center et du Pentagone est évaluée à un demi-million de dollars…

Dans les faits, nous vivons aujourd’hui les résultats tangibles de la fin de la Guerre froide. Finie l’euphorie, les dividendes de paix dans les mesures sociales. Nous prenons maintenant la mesure de ce que l’empire nous réserve.

Nous espérions un monde moins militaire, plus égalitaire et plus respectueux des droits des peuples. La mondialisation et la militarisation néolibérales nous amènent ailleurs. Elles nient les pouvoirs nationaux, mènent des opérations internationales de plus en plus nombreuses et il n’y a pas d’effort réel des pays occidentaux pour aider le tiers monde.

La gauche, les forces progressistes, la société civile, ont le devoir, à nouveau, de résister. Il faut s’élever contre toutes les guerres d’agression, y compris les guerres « préventives » comme veulent en mener les États-Unis contre l’Irak.

La lutte pour la reconversion des canons en charrues est loin d’être terminée.

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