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N° 216 - février 2003

Hausse du prix de l’essence, Lauzon propose la nationalisation
Vincent Larouche
À l’heure où l’Occident se prépare à partir en guerre pour le pétrole, la Chaire d’étude socio-économique de l’UQAM et son titulaire, le professeur Léo-Paul Lauzon, proposent au Canada une avenue à contre-courant du discours dominant. Le pays, qui est autosuffisant en ressources pétrolières, devrait nationaliser l’exploration, la production et le raffinage du pétrole.

C’est le 28 janvier dernier, à l’occasion de la publication d’une étude* de la Chaire, que le prof Lauzon a lancé cet appel. Cette recommandation fait suite à un examen attentif des comportements des grandes pétrolières canadiennes sur une période de douze ans.

12 milliards de profits en 12 ans

Le document de 35 pages publié par la Chaire contient des chiffres scandaleux. Shell Canada et Impériale ont totalisé des profits de 12,4 milliards au cours 12 dernières années, tout en abolissant 11 942 emplois au pays. De plus, selon le prof Lauzon, les multinationales auraient artificiellement créé de la rareté pour faire grimper les prix de l’essence. Lauzon en prend pour preuve que leurs budgets de recherche sont passés de 311 millions $ entre 1990 et 1992 à seulement 185 millions entre 1999 et 2001.

Le chercheur affirme qu’il n’existe aucune justification économique aux prix élevés de l’essence au Canada et ailleurs, et que ceux-ci ne sont que le fruit de la spéculation et de la manipulation des prix exercée par une poignée de multinationales.

Un « désordre planifié par un cartel organisé »

La fameuse thèse de la « main invisible du marché », qui assurerait un équilibre économique parfait si l’État se garde d’y intervenir, en prend aussi pour son compte dans l’analyse de Léo-Paul Lauzon. Les acquisitions et fusions qui se sont multipliées ces dernières années ont mené à la création d’un puissant oligopole dans l’industrie pétrolière. Le marché n’est contrôlé que par un petit nombre de très gros joueurs, la concurrence se trouve réduite au minimum.

Comme il s’agit en plus de multinationales gigantesques qui contrôlent chaque étape du processus, de l’exploration à la distribution au détail en passant par la production et le raffinage, les pétrolières peuvent agir comme bon leur semble sans avoir à se soucier des consommateurs, des employés, des populations ou des gouvernements.

Là où certains économistes voient un ordre spontané du marché, M. Lauzon parle plutôt d’un « désordre planifié par un cartel organisé ». Au moins cinq pétrolières privées font d’ailleurs partie des cent plus grandes entités économiques mondiales, entreprises et pays confondus, et la plus importante compagnie au monde en termes de profits nets se trouve à être une pétrolière, Exxon Mobil.

Tout a été privatisé

L’idéologie de privatisation tout azimut, très populaire chez nos gouvernements, est aussi conspuée par l’étude qui rappelle que tout de suite après la privatisation de la société d’État Pétro-Canada, ses nouveaux dirigeants ont menacé de cesser leurs investissements si les gouvernements signaient le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre. Le Canada est un des rares pays du monde à avoir entièrement privatisé ses ressources pétrolières et dont l’industrie est contrôlée majoritairement par des intérêts étrangers.

En Russie, en Arabie Saoudite, en Norvège, au Mexique et au Venezuela, pour ne nommer que ceux-là, l’industrie pétrolière appartient à des sociétés étatiques. L’argent reste donc au pays et le pétrole devient un «immense levier économique et un instrument d’enrichissement collectif formidable qui profitent au pays et à la population entière au lieu de servir principalement les intérêts d’actionnaires privés souvent étrangers».

La philanthropie impériale

Les entreprises se défendent souvent de nuire à la collectivité en assurant qu’elles remplissent bien leur rôle social et éthique de « bon citoyen corporatif ». Par exemple, la Fondation philanthropique Pétrolière Impériale aurait versé des dons nets d’impôts de 36,1 millions de dollars à plus de 400 organismes au Canada. Cependant, l’étude de M. Lauzon révèle aussi qu’une part importante de ces dons était en fait allouée à des professeurs ou des universités qui savent plaire à la compagnie. Cette dernière appelle cela « appuyer la recherche dans des domaines d’intérêt de l’Impériale ». D’autres pourraient parler de propagande ou désinformation.

* La compagnie pétrolière Impériale Ltée (Esso) et Shell Canada Ltée &/48; analyse socio-économique des deux plus grandes pétrolières canadiennes intégrées à un contrôle étranger

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