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Que voulez-vous... Bush le veut !
N° 216 - février 2003

Des cols blancs qui veulent conserver un savoir-faire montréalais
Pierre Dubuc
En montant les quelques marches qui mènent au 429 de la Gauchetière, à Montréal, pour rencontrer Daniel Papillon-Demers, Gaétan Scott et Michelle Blais du Syndicat des cols blancs de la Ville de Montréal (Local 429 SCFP-Québec), je me replongeais trente ans en arrière.

Déjà, en 1972, alors que j’accompagnais un groupe d’assistés sociaux – les « avocats populaires » comme on les appelait à l’époque – le problème se posait. Le gouvernement du Québec voulait rapatrier sous sa juridiction l’administration de l’aide sociale de Montréal. Le syndicat s’y opposait avec vigueur. Imaginez, les origines du syndicat remontent à 1908 ! Au fil des décennies, il s’est accumulé une expertise, une façon de faire montréalaise. S’ajoutent à cela, bien évidemment, des avantages salariaux et surtout des conditions de travail, arrachés de haute lutte par un syndicat combatif. « Pas question de diluer cela dans le grand tout provincial », disait alors le syndicat.

Nous, les « avocats populaires », étions là en 1972 parce que le syndicat avait besoin de notre appui. La loi d’aide sociale, adoptée en 1970, était d’application toute récente. Certains « officiers de bien-être », ayant longtemps officié sous le principe de la charité publique, avaient de la difficulté avec une loi qui reconnaissait des droits aux nécessiteux.

Nous criions haut et fort pour que les pauvres soient respectés. Québec écoutait avec un intérêt non dissimulé. Il comptait sur un dérapage majeur pour justifier une intervention et mettra la main sur l’administration de l’aide sociale. Le syndicat était dans ses petits souliers. Je me souviens très bien que la réunion avait été houleuse. Les « avocats populaires », dont la grande majorité était des personnes assistées sociales, avaient déballé leurs récriminations. On sentait que les officiers syndicaux – qui en voyaient des vertes et des pas mûres tous les jours dans les bureaux d’aide sociale – rongeaient leur frein.

Finalement, nous avions trouvé un terrain d’entente. Nous acceptions d’éviter d’aller sur la place publique pour dénoncer les officiers malveillants. Nous allions plutôt les rapporter au syndicat qui s’engageait, de son côté, à les civiliser. Ma foi, cela avait bien fonctionné. Et Québec s’était résigné à reconduire l’entente de service qui laissait à la Ville de Montréal la gestion de l’aide sociale.

Trente ans plus tard…

Aujourd’hui, le problème refait surface avec la fusion des municipalités de l’île de Montréal. Au nom de « l’harmonisation », de « l’uniformisation » et autres grands principes technocratiques, Québec veut mettre fin à l’entente qui régit le travail de ces fonctionnaires de l’ancienne ville de Montréal. Il y a un 34 % du budget global de ce secteur d’activités qui échappe aux mandarins de Québec. C’est fatigant.

Daniel Papillon-Demers, le président du syndicat, et Gaétan Scott, le vice-président, me disent que leurs 1100 membres tiennent à leur façon de faire et à leurs droits acquis, comme à la prunelle de leurs yeux. Ils me décrivent une expertise spécifique à Montréal incomparable. Ils me parlent de fonds de pension plus généreux que le RREGOP de la fonction publique, de règles de mouvement de personnel, d’assurances, de coopératives.

Quand je vois des cols blancs déclencher des grèves rotatives, faire du piquetage par grand froid, c’est que l’enjeu est important. Québec l’a compris et a décidé de prolonger d’une année l’entente en cours. Dans un an, les élections seront chose du passé.

Le syndicat est capable de faire le même calcul. Une trêve a été décrétée, mais le syndicat est allé chercher auprès de ses membres le mandat de déclencher de nouveaux moyens d’action – y compris d’autres journées de grève – au moment jugé opportun.

« Nos gens ne se satisfont pas d’une entente d’un an. Cela occasionne trop d’insécurité. Ils veulent que les partis politiques prennent des engagements clairs pendant la campagne électorale », nous déclare Michelle Blais.

« Plus de 72 % des membres ont voté pour le plan d’action. Mais ce chiffre est trompeur. Certains ont voté contre parce qu’ils trouvaient qu’on n’allait pas assez loin », nous dit Daniel Papillon-Demers. Parions que nous allons entendre parler des cols blancs de la Ville de Montréal lors de la prochaine campagne électorale.

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