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N° 216 - février 2003

Entretien avec Amir Khadir de retour d’Irak
Stéphanie Beaupied
Derrière « l’État voyou », il y a les Irakiens et les Irakiennes. « Une population à bout de souffle et abattue par douze années de sanctions économiques et de pénuries », nous dit Amir Khadir, fraîchement revenu d’un voyage en Irak dans le cadre d’une tournée de Médecins du Monde.

Le Dr Amir Khadir avait pour mission d’évaluer la situation sanitaire et la capacité des hôpitaux et organisations sanitaires à répondre aux urgences. Sur place, il s’est employé avec des intervenants états-uniens à mettre à jour les souffrances découlant de l’embargo. « Mais nous étions surtout préoccupés, nous dit-il, par la nouvelle guerre qui s’annonce ».

Douze années d’embargo

C’est le 6 août 1990 que le Conseil de sécurité de l’ONU décrète un embargo commercial, financier et militaire contre l’Irak. Pour la première fois de son histoire, l’ONU impose des sanctions, inévitablement collectives, contre un État.

Amir Khadir nous remet le rapport de Médecins du Monde Canada (Irak, ces sanctions qui tuent) dans lequel, souvent sur la base des statistiques d’organisations onusiennes, sont évalués les impacts de l’embargo sur la population civile. Le rapport révèle qu’en peu de temps l’Irak est passé d’une « relative prospérité » à une « pauvreté de masse ». Les données du Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires confirment que, dès 1995, 20 % de la population irakienne vit en situation de pauvreté extrême.

L’économie, largement basée sur l’exploitation pétrolière, s’est écroulée. Les diverses pénuries ont provoqué une hausse des prix et une dévaluation de la devise irakienne. Selon Amir Khadir, « la première victime de l’inflation, c’est la classe moyenne, employée par l’État à salaire fixe. » Sa paupérisation est totale. « Par exemple, explique-t-il, les gens de la classe moyenne doivent avoir deux ou trois emplois ou même travailler pour les gens de l’économie au noir ».

Amir Khadir raconte qu’il a rencontré un jeune homme devant travailler de l’autre côté de la frontière cisjordanienne. « Ses sept frères et sœurs, son père et sa mère, dépendaient uniquement de ses revenus pour survivre. »

La guerre perpétuelle

Selon le rapport de Médecins du Monde, les infrastructures et les services publics sont délabrés. Le système électrique, le service d’aqueduc et des eaux usées, les hôpitaux, les écoles et le système de transport sont souvent insuffisants ou même inexistants. Cela se répercute directement sur l’hygiène publique et sur la santé de la population irakienne.

Amir Khadir nous rappelle que le taux de mortalité infantile est un excellent indicateur de la santé d’une population. « Aujourd’hui, dit-il, le taux de mortalité infantile en Irak dépasse celui du Rwanda par deux fois. »

D’autre part, le rapport de Médecins du Monde indique que, même si les Irakiens souffrent de malnutrition aiguë due aux pénuries de nourriture, ils n’en meurent pas nécessairement. C’est plutôt la santé globale des Irakiens, l’insalubrité, le stress collectif et l’insuffisance des services qui les rendent très vulnérables aux infections autrefois bénignes. La diarrhée et la pneumonie sont redevenues en douze ans des maladies mortelles.

L’ONU et son crime contre l’humanité

Selon la Cour pénale internationale, un crime contre l’humanité représente des actes « commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile et en connaissance que cette attaque cause intentionnellement des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale ».

Disons-le, c’est en toute connaissance de cause, et sous la pression des États-Unis et de la Grande-Bretagne, que l’ONU maintient l’embargo contre l’Irak. Les statistiques de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), de l’Unicef et du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) – qui, paradoxalement, sont des organes à part entière des Nations Unies - confirment la situation désastreuse de la population irakienne par suite des sanctions économiques.

Encore la guerre

« C’est avec résignation que la population irakienne conçoit une nouvelle attaque des États-Unis », me dit Amir Khadir. « Les gens sont désespérés et croient qu’ils ne peuvent rien faire, ils n’ont aucune sympathie pour les État-Unis. » Quant aux organisations internationales, comme Médecins du Monde, elles se préparent également à porter secours à la population.

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