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La relève de la garde
N° 207 - mars 2002

Au programme de « destruction durable», les opposants rétorquent avec l'opération « Adoptez une rivière »
André Bouthillier

Des centrales privées sur les rivières du Québec



Le 24 mai 2001, le gouvernement du Québec annonçait que non seulement il privatisait une partie de la production électrique relevant du mandat de sa Société d'État, Hydro-Québec, mais qu'en plus il lui interdisait de concurrencer le secteur privé. Le gouvernement offrait donc aux promoteurs 36 sites sur 24 rivières du Québec, pour la construction et l'exploitation de centrales hydroélectriques de moins de 50 mégawatts.

Face à l'indignation populaire, cinq grands groupes québécois se sont coalisés pour faire « Barrage aux barrages»0 la Coalition Eau Secours!, la Fédération québécoise du Canot et du Kayak (FQCK), l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN) , Aventure Écotourisme Québec et plus récemment la Société pour la Nature et les Parcs du Canada (SNAP).

Les comités de citoyens résidant près des chutes et cascades menacées ont besoin de soutien pour s'opposer à la construction de ces barrages destructeurs. Des artistes ont accepté de parrainer et marrainer ces rivières.

Ceux-ci demandent à la population d'adopter ces rivières. Les fonds recueillis permettront d'apporter un soutien concret à l'organisation d'activités de sensibilisation, etc.

Petite centrale, grande privatisation

La coalition rappelle que les petites centrales n'ont de petites que le nom, puisque les ouvrages, qui initialement se limitaient à 10 MW, peuvent atteindre jusqu'à 50 MW. Le regroupement dénonce les effets désastreux qu'elles auront sur la flore, la faune, les nappes d'eau souterraines, le tourisme et dénonce les risques d'inondations pour les résidences à proximité.

La privatisation de la production hydroélectrique amène la privatisation de la sécurité au travail

L'activité de construction des barrages créera très peu d'emplois. Dans certains cas, l'ingénierie et la gestion seront assumées par des spécialistes hors Québec. Une fois les barrages construits, ce ne sera guère mieux.

privé tue le monde et le paysage

Prenons Boralex, propriétaire de sept centrales en 1999, qui déclarait un nombre d'employés fluctuant entre 1 et 5 annuellement. Comme ses travailleurs et ceux de ses sous-traitants ne sont pas couverts par les règles de sécurité des syndiqués à Hydro-Québec, ils en sont à 3 décès en quatre ans 0 le 27 août 1999, Mario Benjamin (35 ans) et Réjean Lapointe (38 ans) sont morts de façon atroce, happés par les pales d'une turbine et, en février 2002, Réjean Trudel décède d'un accident de travail à la centrale de Beauport.

La coalition préfère l'Écotourisme avec ses 3 000 emplois/ année au Québec et qui croît au rythme de 20 % par année. Les barrages nuiront considérablement au développement d'une industrie touristique qui commence à s'imposer sur la scène internationale. Quant aux paysages, le gouvernement permet de spolier des territoires vierges avec du béton coulé sur les pierres des chutes, avec des hangars de « tôle patrimoniale ! », des clôtures «frostées » et, dans certains cas, des murs de rétention hauts de deux étages.

Le regroupement rappelle également que l'achat par Hydro-Québec de l'énergie des barrages privés, à des prix non fixés d'avance et possiblement inflationnistes, pourrait entraîner la répétition des énormes pertes encourues par Hydro-Québec lors du premier programme de petites centrales, lequel s'est soldé par des pertes nettes de plus de 180 millions $ en cinq ans, assumées par les contribuables québécois.

« On veut des choix de société, pas des choix de municipalités », déclare Paul Piché, qui invite les citoyens à contacter la coalition afin de faire pression sur les municipalités, les MRC et le gouvernement pour qu'ils abandonnent le programme de petites centrales.

Le gouvernement a adopté une politique de destruction durable

Le regroupement désire également amener le gouvernement à concrétiser deux de ses promesses 0 l'adoption d'une stratégie satisfaisante de création d'aires protégées, et l'adoption de la politique de gestion de l'eau.

Plusieurs s'interrogent sur la capacité de l'aile parlementaire du Parti Québécois de respecter les décisions du parti. Le Comité national des jeunes du PQ, qui a fait adopter un moratoire sur les petites centrales par le conseil national, appuie la demande des artistes, a déclaré son président Pascal Bérubé.

« Il est proposé que le Conseil national du Parti Québécois demande des États généraux sur l'environnement, et de décréter un moratoire sur le projet des mini- centrales hydroélectriques tant qu'ils n'auront pas été tenus. »

Proposition adoptée à majorité à près de 80% des voix. (17/18 novembre 2001)

« Le gouvernement a adopté une politique de destruction durable », plaide M. Pierre Lamarche au nom des organismes qui pilotent l'opération « Adoptez une rivière ».

Paul Piché, représentant des artistes qui s'engagent dans le mouvement, affirme 0 « Il est important que les citoyens s'impliquent et participent en toute connaissance de cause dans les choix de société. Nous devons léguer à nos enfants un patrimoine auquel ils ont le droit d'aspirer. Les artistes seront là pour le faire savoir, il est hors de question que notre patrimoine soit ainsi dilapidé. On demande l'abandon pur et simple du programme ».

Pour adopter une rivière ou obtenir plus d'information, composez le (514) 281-1018 ou visitez 0 www.eausecours.org

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