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La relève de la garde
N° 207 - mars 2002

Le voyage de Monsieur Parizeau à Pôrto Alegre
Pierre Dubuc
Les voyages réussissent à Monsieur Parizeau. On se rappellera que c'est lors d'un voyage en train à Banff en 1967 qu'a eu lieu sa conversion à la souveraineté. « J'ai pris le train fédéraliste, j'en suis descendu souverainiste », déclare-t-il à l'époque.

Son voyage à Pôrto Alegre est aujourd'hui l'occasion d'une nouvelle révélation. « Avec l'Aléna, le Québec s'est fait prendre », affirme-t-il aux médias à l'occasion de la création de l'Observatoire de la mondialisation dans lequel il siégera. Parizeau fait référence au Chapitre XI de l'Aléna qui permet aux multinationales de poursuivre les gouvernements qui adoptent des lois contraires à leurs intérêts et à l'élimination de l'exception culturelle.

Pettigrew est « sidéré »

Le ministre fédéral du Commerce international a répondu de Davos New York qu'il était « sidéré par les propos de Parizeau » en rappelant le rôle capital joué par ce dernier dans la campagne électorale fédérale de 1988 qui portait sur le libre-échange. Arrivé à la tête du PQ en 1987, Parizeau avait, tout comme le premier ministre Bourassa, appuyé les conservateurs de Brian Mulroney.

Parizeau ne nie évidemment pas ce fait historique. Dans Pour un Québec souverain paru en 1997, il a écrit 0 « Avec l'aide hautement efficace de Bernard Landry, je réussis à faire effectuer un virage à 180 degrés au PQ ». Pour Parizeau, le libre-échange mettait le Québec « à l'abri de toutes les représailles commerciales ou économiques que le Canada pourrait envisager à la suite d'une déclaration de souveraineté». C'était, conclut-il alors, « faire appel aux Américains pour nous protéger contre les Canadiens ». Il enchaîne en soulignant que « les Américains n'ont jamais aimé le rôle que le Québec leur a fait jouer face à leurs amis canadiens », mais qu'ils n'avaient pas le choix s'ils voulaient que le traité soit adopté.

Avec l'Aléna, Parizeau pensait avoir floué les Canadiens, les Américains… mais également les Mexicains ! Il déclare aujourd'hui que le Chapitre XI de l'Aléna était à l'époque vu comme « une forme de protection pour les investisseurs canadiens et américains au Mexique dont les mœurs politiques étaient jugées suspectes ».

Dans sa naïveté, il n'avait pas réalisé que les multinationales américaines ne faisaient pas de différence fondamentale entre le Mexique, le Canada et le Québec. Le Chapitre XI, s'il pouvait être utilisé contre le Mexique, pouvait l'être tout autant contre le Canada et le Québec !

Pour un voyage en Argentine

Le virage de Parizeau a été amorcé dans un texte paru dans Le Devoir le 5 mai dernier à l'occasion du Sommet de Québec. Il qualifiait alors la ZLEA de «grande charte des droits des multinationales ». Comparant alors l'Accord multilatéral sur les investissements (AMI) à la ZLEA, il écrivait que, si l'AMI avait été adopté, « une bonne partie de ce qu'on appelle le modèle québécois devenait illégal », avant de conclure que « la ZLEA, c'est l'AMI en plus dur ». Aujourd'hui, il approfondit son analyse en s'en prenant à l'Aléna.

La rupture demeure toutefois incomplète, car Parizeau continue à promouvoir la « dollarisation », c'est-à-dire le remplacement du dollar canadien par le dollar américain. À l'origine partisan de la création d'une monnaie québécoise, Parizeau s'est converti au maintien du dollar canadien, avant de prôner le recours au dollar américain ! C'est toujours la théorie de « jouer les Américains contre les Canadiens ».

Il ne reste plus qu'à espérer qu'avant de rentrer au Québec Parizeau fasse un détour par l'Argentine. Il pourra constater de visu comment la « dollarisation» a permis de jouer les Américains contre… les Argentins !

Rupture à l'horizon

Malgré leurs inconséquences, les prises de position de Parizeau face à la Zléa et à l'Aléna sont extrêmement significatives. Elles témoignent de l'amorce d'un changement de cap du mouvement souverainiste et de la fracture en train de s'opérer dans le consensus de l'intégration continentale.

L'Argentine est aujourd'hui en rupture de ban avec la ZLEA. Le Brésil et le Venezuela prennent de plus en plus leurs distances. Il ne peut qu'être bénéfique qu'un politicien de l'envergue de Parizeau relance le débat au sein du mouvement souverainiste québécois.

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