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La relève de la garde
N° 207 - mars 2002

La guerre se fait avec l’argent de la sécurité sociale
Michel Chossudovsky

Ce qui est bon pour les Big Five est bon pour les États-Unis



« Cette guerre coûte cher. Nous avons dépensé plus d'un milliard de dollars par mois – plus de 30 millions par jour – et nous devons être prêts pour de futures opérations. L'Afghanistan nous a montré qu'avec des armes de précision coûteuses on peut vaincre l'ennemi et épargner des vies innocentes, et il nous faudra développer de nouvelles armes. Nos avions militaires devront être remplacés et nos troupes devront être plus mobiles afin de pouvoir aller rapidement et en toute sécurité n'importe où dans le monde… Mon budget comporte au chapitre des dépenses militaires la hausse la plus forte des deux dernières décennies – car le prix de la liberté et de la sécurité a beau être élevé, il ne le sera jamais trop. Nous allons payer ce qu'il faudra pour défendre notre pays. » (Applaudissements)

George W. Bush - Discours sur l'état de l'Union - 29 janvier 2002

Cinq jours avant les attentats terroristes contre le World Trade Centre et le Pentagone, le président Bush se faisait presque prophétique 0 « J'ai dit à maintes reprises que le seul temps où l'on puisse utiliser l'argent de la sécurité sociale, c'est en période de guerre, en période de récession ou en cas d'extrême urgence. Et je suis sincère... je le suis. » (6 septembre 2001)1

Chez Boeing, trois mille emplois prestigieux seront créés dans le cadre du programme Joint Striker Fighter (JSF), pour la modique somme de 66,7 millions de dollars chacun.

« Et je suis sincère… je le suis.» La rhétorique présidentielle a donné le ton à l'expansion de la machine de guerre des États-Unis. On rabâche les mots « récession » et « guerre » afin de façonner l'opinion publique américaine et de lui faire accepter que l'argent de la sécurité sociale serve à payer les fabricants d'armes de destruction massive – ce qui constitue une réorientation massive des ressources du pays vers le complexe militaro-industriel.

Depuis les attentats terroristes, « amour de la patrie », «loyauté » et « patriotisme » ont pris d'assaut les médias et le discours politique ambiant. En somme, il s'agit de créer une nouvelle légitimité, d'ouvrir la porte à la « revitalisation de la défense nationale » tout en apportant diverses justifications à l'action militaire menée par les États-Unis dans différentes parties du monde.

Entre-temps, la conversion de la production civile en production militaire fait la fortune des entreprises de défense aux dépens des besoins de la population.

Derrière l'administration Bush se trouvent les cinq puissants fabricants d'armes (Lockheed Martin, Boeing, Raytheon, Northrop Grumman et General Dynamics). Ces derniers sont en partenariat avec les géants pétroliers, lesquels se situent à l'arrière-plan de nombreux conflits régionaux et des insurrections le long des oléoducs stratégiques.

Les « Big Five » militaro-industriels ont tous canalisé récemment des effectifs et des ressources affectés à la production «civile » vers leurs chaînes de montage « militaire ». Lockheed Martin (LMT) – le plus gros producteur militaire des États-Unis – a effectué des compressions majeures dans sa division des satellites vu la « faiblesse de la demande » sur le marché de la consommation civile. Pour rassurer Wall Street, un porte-parole de la compagnie a affirmé que Lockheed « se dirige dans la bonne voie » en réduisant ses ressources financières dans les secteurs commerciaux ou civils en difficulté pour les consacrer à la production de systèmes d'armement perfectionné, dont le chasseur F-22 Raptor qui sera assemblé à l'usine Lockheed Martin de Marietta (Georgie). Chaque F-22 Raptor va coûter 85 millions de dollars. Il y aura 3000 emplois directs de créés. Chaque emploi coûtera 20 millions de dollars au Trésor américain.

Boeing, en appel d'offres auprès du Département de la Défense pour la somme modique de 200 milliards de dollars touchant la production du Joint Striker Fighter (JSF), a confirmé la création de seulement 3000 emplois. Rien qui puisse compenser les licenciements massifs survenus à l'usine Boeing de Seattle ces dernières années. L'ironie du sort veut que Boeing ait annoncé son intention, à la suite des attentats du 11 septembre, « de mettre à pied jusqu'à 30 000 travailleurs »2. Chez Boeing, chaque emploi créé en vertu du programme JSF coûtera aux contribuables américains 66,7 millions de dollars3.

Pas étonnant que l'Administration veuille comprimer les programmes sociaux. Lockheed Martin et Northrop Grumman, autre soumissionnaire pour le Joint Striker Fighter, estiment qu'ils n'auront besoin que de 5400 travailleurs au coût de 37 millions de dollars chacun.

La production des nouveaux systèmes d'armement ne contribuera pas à endiguer la vague de chômage qui déferle sur les États-Unis. Autrement dit, cette réorientation de l'économie américaine va engendrer des centaines de milliards de dollars de profits que seule une poignée de grosses sociétés viendront empocher.

1. Propos tenus par le président Bush devant le président du Mexique, Vicente Fox, avant leur départ pour Toledo (Ohio). U.S. Newswire Inc., 6 septembre 2001.

2 Seattle Times, 12 janvier 2001.

3 Seattle Post-Intelligencer, 7 septembre 2001.

Michel Chossudovsky est professeur d'économie à l'université d'Ottawa et auteur d'un livre à paraitre prochainement intitulé Derrière le 11 septembre, guerre et mondialisation.

Traduction L’aut’journal

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