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La relève de la garde
N° 207 - mars 2002

Le système de santé 0 pas si malade qu'on le dit
Gaétan Breton
La récente rencontre des premiers ministres des provinces à Vancouver pour discuter du financement du système de santé a suscité, dans les journaux, une série d'articles alarmistes sur l'évolution des coûts de santé tant au Québec qu'au Canada

Dans la foulée du rapport Mazankowski, on nous propose de donner une place plus grande au secteur privé, comme c'est le cas aux États-Unis. Si nous trouvons la facture salée dans l'état actuel des choses, que dirons-nous après la privatisation, même partielle.

Les coûts de la santé

Certains journalistes ont prétendu que les coûts de la santé augmentaient sans cesse et qu'ils avaient atteint des niveaux que les contribuables ne pouvaient plus soutenir. Pourtant, les chiffres montrent que, de 1990 à 1994, le taux de croissance des dépenses de santé n'a cessé de diminuer, passant, au Québec, de 9,7 % à un maigre 1 %. De 1995 à 1997, la croissance a été négative, ce qui veut dire que les dépenses de santé ont diminué en termes absolus. En 1999, le Québec ne dépensait pas plus qu'en 1995 pour les soins de santé. Où est donc cette irrésistible croissance qu'on ne peut plus soutenir ?

Il faut cependant dire que la faible croissance, voire la diminution, des dépenses que l'État québécois a connue au cours des dernières années ne lui a pas nécessairement donné de marge de manœuvre. La détente espérée du budget québécois a été largement contrebalancée par une diminution drastique (13,8 milliards) des transferts fédéraux durant la même période. C'est donc le gouvernement fédéral qui a pu relaxer en soignant son déficit au détriment de la santé des Canadiens en général et plus particulièrement des Québécois.

Quand on se compare, on se console

Les dépenses de santé ont diminué au Québec depuis 1994, en fonction du produit intérieur brut (PIB). C'est dire qu'une plus faible part de la richesse créée au Québec est utilisée pour la santé. Le Québec arrive au huitième rang des provinces canadiennes à ce chapitre. Cependant, si on considère les dépenses publiques de santé par habitant, le Québec est au dixième rang, loin derrière l'Alberta ou l'Ontario pourtant réputés pour leurs coupures. Donc, sans qu'il n'y paraisse trop, le gouvernement du Québec a profité de l'attitude canadienne pour aller plus loin dans les coupures et oublier ses idéaux sociaux-démocrates.

Si on étend notre comparaison dans le monde, on voit que plusieurs pays dépensent plus par habitant que le Québec. Par exemple, en 1997, les États-Unis, qui n'ont pas de programme public universel de santé, dépensaient 4 090 $ par habitant alors que le Québec ne dépense que 1 883 $. Les Américains consacrent 14 % de leur PIB aux soins de santé alors que le Québec n'en consacre que 9,1 %.

On pourrait continuer d'aligner les chiffres et l'image ne serait pas modifiée. Le système québécois est loin d'être parmi les plus coûteux et d'accaparer une part importante de la richesse collective. Évidemment, il ne servirait à rien de dire que notre système est peu coûteux si, en revanche, il est très inefficace.

Sommes-nous en si mauvaise santé ?

Au niveau international, on utilise des indicateurs pour se faire une idée du niveau de santé des populations. Au niveau de l'espérance de vie, le Canada se classe parmi les premiers du monde, en avant des États-Unis. Au niveau de la mortalité infantile, le Canada se classe aussi dans les premiers et ceci, encore une fois, substantiellement en avant des États-Unis et de son système privé.

Le Canada réalise cela avec moins de médecins et de personnel infirmier par 1000 habitants que les États-Unis. Par contre nos médecins voient plus de patients en moyenne. Nous avons, cependant, plus de lits qu'aux États-Unis malgré une diminution radicale (33 %) du nombre de lits par 1000 habitants depuis 1960 (de 6,2 à 4,1). Nous sommes maintenant un des pays qui hospitalisent le moins les gens, ce qui ne semble pas avoir eu d'effet sur les taux de mortalité ou sur la longévité. Serions-nous plus efficaces qu'on nous le dit ?

Ces données sont pour le Canada. Qu'en est-il du Québec maintenant? L'espérance de vie des Québécois est juste sur la moyenne canadienne, donc, à ce niveau, nous avons suivi la progression du Canada. Nos taux de mortalité infantile se situent également très près de la moyenne. Autrement dit, quoique nous puissions dire sur l'État des soins su Québec, jusqu'à présent, ils n'ont pas eu d'effet sur les indicateurs généraux du niveau de santé.

Le financement des services

Nous croyons que nous avons un système public de santé. En réalité, c'est de moins en moins le cas. Le privé en finance déjà une portion très importante. Ces financement se font à travers les assurances que nous avons à notre travail, les assurances voyages ou des sommes que nous déboursons pour obtenir des soins.

Au Québec, la part des dépenses privées dans les dépenses totales de santé est passé de 20 % à 31 % alors qu'en Ontario, on est passé de 18 % à 33 %, entre 1984 et 1998. La moyenne canadienne, quant à elle, va de 24 % à 30 %. Le Québec semble donc avoir la plus forte progression vers l'inclusion du privé dans les soins de santé au Canada. La dépense publique est stagnante depuis plusieurs années au Québec, l'augmentation est due à une constante progression du privé.

Si nous faisons la synthèse de tout cela, on voit que le système de santé québécois est un des moins coûteux au Canada, que jusqu'à récemment, ces faibles coûts n'avaient pas eu d'effets négatifs sur la santé des Québécois. Cependant, jusqu'à quand le manque de médecins et surtout d'infirmières sera-t-il compensé par un surcroît de travail ? On semble avoir atteint le bout de l'élastique à ce niveau. Mais, si on compare la part de la richesse collective utilisée par les soins de santé, il semble qu'on puisse augmenter leur financement sans atteindre des niveaux inacceptables.

Enfin, il y a déjà, en douce comme d'habitude, une large part faite au privé dans les soins de santé, notamment par le biais des assurances. Avant d'aller plus loin dans le partenariat (mot à la mode, qui signifie souvent profit privé et dépense publique) il faudrait bien connaître la situation actuelle et se demander si nous voulons devenir comme les Américains avec leur système archi-coûteux et très modérément efficace.

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