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Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

Un présent démodé, sans avenir, ni passé
Jean-Claude Germain
Nos sentiments envers le temps ne sont pas interchangeables. On craint ou on anticipe l’avenir, tout comme on peut regretter le passé, s’en faire un maître, ou le condamner. Le présent, pour sa part, n’est sensible qu’à la flatterie, qu’on nomme la mode.

Là où le passé est indéfini, le futur imprécis, l’aujourd’hui demeure indécis. Le présent ne se livre à la jouissance du moment, ou à l’ivresse de l’instant, qu’une fois dûment pommadé, encensé, vanté et louangé. C’est dans sa nature d’éprouver le besoin d’être constamment rassuré, sur le fait qu’il est bien de son temps, de son âge, et de son époque. Pour proclamer sa jeunesse quotidienne, il n’arrête pas de poncer ses rides sur le visage lisse de Stéphan Bureau, qui deviendra à son tour, comme Bernard Derome, un présent démodé, sans avenir, ni passé.

ENTRE LE PIED ET LA SEMELLE

Quand j’entends qu’une sportive se nomme Katie Diotte, je l’avoue, c’est le pied ! La paronymie me réjouit tout autant que celle qui affligeait un acteur français toujours égal à lui-même, Jean Mauvais. Je suis de ceux qui croient que le sport et les religions sont des passe-temps dont l’importance dans l’évolution de l’humanité a été grandement exagérée.

Ces jours-ci, pour remplir le temps d’antenne qui leur est abusivement alloué, les chroniqueurs sportifs ne savent plus où donner de la tête – enfin n’exagérons rien – de la baratineuse. Et les sportifs ne savent plus quoi inventer pour répondre à la commande.

Un des entraîneurs de l’équipe canadienne de natation s’est révélé particulièrement inspiré. Appelé à commenter le style d’une des nageuses de son équipe, il a expliqué qu’elle nageait avec beaucoup d’émotion ! Et voilà le facteur émotif qui fait son entrée dans le monde olympique comme le facteur éolien dans les bulletins météorologiques. Dans le temps où on lançait les enfants à l’eau pour les initier à la natation, l’émotion était réservée à ceux ou celles qui ne savaient pas nager, et le facteur émotif pouvait atteindre un niveau olympique lorsqu’ils se noyaient.

Toujours dans l’univers sportif. Un fabricant de semelles de souliers de sprinteurs a fait une découverte d’importance pour le petit monde de la course à pied 0 la rigidité de la semelle ajoute de la vitesse à la rapidité des sprinteurs. Malheureusement pour le manufacturier, il n’a pu obtenir un brevet pour une rigidité. C’est un privilège qui est réservé aux compagnies pharmaceutiques.

ET VOILÀ LE PROBLÈME EST RÉGLÉ !

Depuis quelques années, il y aurait eu plus d’une quinzaine de démissions en bloc des médecins, dans diverses régions du Québec. C’est à tout le moins le signe d’un malaise ! Suite aux pressions de la ministre de la Santé, le Collège des médecins a réagi avec fermeté. Dorénavant, il sera interdit aux médecins de démissionner. Et voilà le problème est réglé !

La radio d’État connaît certaines difficultés avec ses cotes d’écoute. Elles sont microscopiques. La Société Radio-Canada résilie son contrat de service avec la compagnie BBM. On n’est jamais mieux écouté que par soi-même. Radio-Canada fera ses propres évaluations. Et voilà le problème est réglé !

Le ministre Brassard annonce une réduction de 30 pour cent de la coupe du bois dans le Bas-du-Fleuve. Bon an, mal an, les compagnies forestières coupaient 30 pour cent de bois de plus que la limite autorisée. Et voilà le problème est réglé !

En Russie, l’abandon d’un sous-marin atomique au fond de la mer du Nord a suscité une réprobation sans précédent de la population russe. La réponse du président Poutine a été exemplaire. Il a refusé la démission des amiraux responsables du gâchis et dans le même souffle augmenté le budget de la Défense ainsi que la solde des forces armées, des policiers et des gardiens de prison. Et voilà le problème est réglé !

Cet été, on a noté une augmentation du nombre d’accidents mortels sur les routes du Québec. Comment expliquer cet enthousiasme plus soutenu qu’à l’accoutumée ? Le ministre Ménard est catégorique. L’hécatombe est imputable à la baisse de contraventions émises par les agents de la Sûreté du Québec. La population qui est tenue en otage par une grève du zèle n’obtient plus les contraventions auxquelles elle a droit, et qui, en temps normal, lui sauvent la vie. Il ne reste plus qu’à définir le quota de contraventions nécessaires pour rendre ce service essentiel. Et voilà le problème est réglé !

En 1980, aux États-Unis, un p.-d.g. moyen gagnait 42 fois le salaire d’un col bleu. Aujourd’hui, c’est 475 fois. Le patronat québécois fait face à un dilemme. Sa rémunération est déjà excessive. Si on ne peut pas augmenter le salaire des patrons, il suffit, pour conserver un écart compétitif, de réduire celui des employés. Et voilà le problème est réglé !

TU PÉRIRAS PAR LE CRUCIFIX !

Un homme entre dans une église. Il brandit un sabre de samouraï. Il est nu. Il lance un cri sourd et se précipite, l’arme haute, sur les fidèles qui se dispersent. C’est la folie furieuse. Le déchaîné frappe d’estoc et de taille jusqu’à ce qu’une des victimes l’assomme avec ce qui lui tombe sous la main, en l’occurrence un crucifix. De la mauvaise littérature ? Sûrement ! Le sabre et la croix ! Trop incroyable pour être vrai ? Assurément ! Néanmoins, l’événement s’est produit, cet été, en Angleterre.

LE RETOUR À LA PEAU

Lorsque la nudité a fait son apparition sur les scènes du théâtre à la fin des années soixante, qui aurait cru que cela serait un jour le seul moyen pour les acteurs et les actrices de se présenter au public sans être porteurs des divers logos de leurs commanditaires. C’est déjà le cas des sportifs ! À quand les premiers jeux nus de toute publicité ?

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