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Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

Une propagande qui modifie génétiquement l’avenir
André Le Corre
La PGM des OGM « Hélas ! Voici que nous devons embrasser le contraire de la vérité, écrivait Niestzche, ce n’est qu’à présent que l’erreur devient mensonge. »

Passablement mise à mal dans l’opinion publique, l’image des OGM (organismes génétiquement modifiés) avait grand besoin d’être redorée. Les grands producteurs de ces produits controversés se sont donc mis au travail pour tenter de nous les rendre plus sympathiques. C’est ainsi que nous avons vu apparaître dernièrement sur nos écrans (particulièrement sur le canal « Séries + ») une percutante publicité de 30 secondes célébrant les mérites de la biotechnologie.

Les nouveaux lendemains qui chantent

Cette publicité nous fait voir un monde idyllique où un champ de canola, d’un jaune immaculé, donne une récolte plus abondante, où le maïs est débarrassé de ses «bibites», où femmes et enfants sont guéris de leurs maladies, et où de laborieux chercheurs mettent au point les solutions qui nous garantissent un avenir meilleur. Toutes les ficelles sont utilisées, la famille blanche, la famille noire, les sourires confiants de tous, le scientifique barbu, etc. En résumé, un chef-d’œuvre du genre.

Pour terminer, apparaît le commanditaire 0 le Conseil de l’information en biotechnologie avec l’annonce d’un site Internet (www.whybiotech.com) et un numéro de téléphone 0 1 800 980-8660

Qui tire les ficelles ?

Conquis par cette mirifique présentation, vous appelez aussitôt le numéro en question et la charmante voix d’un répondeur vous invite à décliner vos nom et adresse afin de recevoir la documentation adéquate. De fait, quelques jours après, vous recevez une lettre de remerciements et une brochure intitulée La biotechnologie - les bonnes idées, ça porte fruit. On vous y explique les avantages de la biotechnologie pour l’environnement, sur le plan de la nutrition, de la qualité et du goût, pour la population en croissance, pour l’agriculture, et comment tout cela est parfaitment contrôlé par le gouvernement. Suit une liste des organismes que vous devez consulter pour en savoir plus, et qui consiste en un habile mélange d’institutions privées et gouvernementales, mais de signature spécifique... point.

Reste le site Internet où les mêmes éléments d’information apparaissent avec, en plus, ce que nous cherchons, la rubrique 0 Qui sommes-nous ? Et la réponse est là! Voici les fondateurs du Conseil 0 Aventis CropScience, BASF, Biotechnology Industry Organisation, Dow Chemical, Dupont, Monsanto, Novartis, Zeneca Ag Products, Inc.

À vrai dire, la surprise n’est pas très grande et l’on s’attendait bien à y retrouver les géants de l’agro-alimentaire. Mais en ce qui concerne la Biotechnology Industry Organisation, négligemment insérée dans l’ordre alphabétique, il s’agit de rien moins que « de 900 sociétés du secteur de la biotechnologie, d’établissements d’enseignement, de centres de biotechnologie d’État et d’organisations aux États-Unis ainsi que dans divers autres pays ». Il s’agit donc d’une colossale organisation dont le but premier est de rassurer la population, c’est-à-dire les consommateurs et consommatrices présents et futurs, sur l’innocuité, la qualité et l’utilité de ces produits.

Un point intéressant concerne l’insertion du gouvernement du Canada dans tout ce processus. À la fois juge et partie, son implication financière reste nébuleuse mais, selon certaines sources, ne serait pas négligeable. Une partie des subventions versées par Industrie Canada pourrait financer l’embauche de lobbyistes dont la fonction serait de faire pression sur les autres départements, ce qui est assez paradoxal.

L’envers du décor

Car il s’agit bien d’un décor, peint en trompe-l’œil, qui cache des réalités bien différentes. Nous avons déjà à plusieurs reprises dit dans ce journal tout le mal que nous pensions des OGM. D’autres l’ont fait, bien mieux et plus en détail, dans les livres que nous citons plus bas. Nous pourrions réfuter point par point tous les arguments avancés dans cette publicité trompeuse, mais nous nous limiterons à trois exemples, confiants que ces quelques fils tirés dans ce tissu de mensonges suffisent pour en défaire toute la trame.

1- Le contrôle gouvernemental0 Lyle Vanclief, ministre canadien de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire, déclare, tel que cité dans la brochure en question 0 «Au Canada, nous adoptons une approche équilibrée à l’égard de la biotechnologie... tout en réglementant de façon rigoureuse l’approbation de nouveaux produits afin d’atténuer (sic) tout risque ». Or, cette approbation se limite à vérifier que ces produits sont comparables ou substantiellement équivalents aux aliments traditionnels. C’est le producteur qui fournit et garantit les données expérimentales. Aucune expérimentation n’est faite quant aux risques potentiels à moyen ou long terme. Simultanément, en Allemagne, le chancelier Schröder vient d’interdire le développement d’OGM dans le secteur agro-alimentaire pour trois ans !

2- Le maïs Bt 0 Près de la moitié du maïs canadien est transgénique. Qualifiée de « sûre » et acceptée par le gouvernement, cette variété contient un gène provenant du Bacillus thuringiensis qui le fait sécréter une toxine fatale aux insectes térébrants (perceurs). Les résistances qui vont apparaître dans de nombreux végétaux vont rendre inefficaces à la longue pour les cultures potagères le meilleur insecticide biologique connu à ce jour. Tout cela bien inutilement puisqu’une autre technique utilise un insecte qui détruit les parasites sans dénaturer le maïs. (Le même principe que l’utilisation de la coccinelle.)

3- Notre exemple suivant concerne la dernière nouveauté OGM 0 le riz « doré ». On y a stimulé la production de bêta-carotène, un précurseur de la vitamine A, et augmenté la tenue en fer. Ce cas nous permettra d’illustrer le plus grand des dangers que comporte ce type d’intervention. Les cellules végétales et animales protègent naturellement ce qui constitue leur essence même 0 leur matériel génétique. Pour forcer ces barrières, on utilise les prédateurs naturels – des noyaux cellulaires, que sont les rétrovirus. Dans le cas présent, on a utilisé le virus de la mosaïque du choux-fleur, un virus apparenté à celui de l’hépatite B et à celui du VIH (sida). Si l’on veut prévenir la cécité provenant d’une avitanimose A chez des enfants asiatiques, n’est-il pas plus simple de distribuer des suppléments vitaminés peu coûteux...

La mauvaise voie

Ces transnationales de l’agro-alimentaire ont, par esprit de lucre, emprunté une voie dangereuse qui ne peut mener qu’à des catastrophes à plus ou moins long terme. Par ce fait même, elles ont fait dériver la recherche scientifique hors des chemins qui pourraient mener à de véritables avancées avec l’aide d’une biotechnologie prudente et bien comprise. Il est grand temps de les stopper, et c’est aux consommateurs et consommatrices de le faire en protestant et en boycottant les produits contenant des OGM.

L’antidote

Pour résister aux chants des sirènes OGM, la lectures des livres suivants est hautement recommandée 0

Jeremy Rifkins - Le siècle biotech - Boréal

Ingeborg Boyens - Les OGM - Comment la science de l’industrie biotechnologique altère secrètement nos aliments - Montréal, Éd. Berger, 1999.

Brewster Kneen - Les aliments trafiqués - Les dessous de la biotechnologie - Écosociété.

Mae-wan ho - Genetic Engineering- Dream or Nightmare? - Gateway, Gill et Macmillan, Dublin.

À voir aussi absolument le documentaire de Karl Parent et Louise Vandelac 0 Main-basse sur les gène.

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