L'aut'journal
Le samedi 24 août 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

Qui a peur du spectre ?
Jacques Pelletier
Livre 0 Le sourire du Spectre La thèse de la fin de l’histoire et des idéologies, on le sait, n’est pas nouvelle. Fukuyama, qui est devenu célèbre en la popularisant il y a une dizaine d’années, n’en est pas l’inventeur. Dès la fin des années 1950, suite au tassement de la Guerre froide, elle faisait l’objet de proclamations tapageuses par les intellectuels américains conservateurs de l’époque. Et cela n’a pas empêché l’histoire de se poursuivre, les contradictions de naître, les États de s’affronter dans des conflits meurtriers pour la possession des richesses du monde.

L’écroulement du mur de Berlin, l’effrondement dans les années ultérieures de l’Union soviétique et de ses pays satellites, ont pour un temps confirmé la validité de cette thèse. Une paix nouvelle apparaissait possible, compte tenu de la fin de la grande opposition capitalisme/socialisme qui avait traversé le siècle et qui semblait devenir obsolète. On réalisa cependant très tôt que cette ère nouvelle inaugurait une nouvelle domination, celle sans partage de l’impérialisme américain, c’est-à-dire du capitalisme universel, établissant partout son empire sans rencontrer d’opposition significative.

Le sourire du spectre

C’est cette nouvelle réalité du capitalisme parvenu à son stade suprême de développement que Daniel Bensaïd décrit dans Le sourire du spectre. Il fait très bien voir comment sa domination s’exerce plus que jamais à travers ce qui apparaît souvent comme des métamorphoses attrayantes 0 l’autonomie et la flexibilité du travail, la liberté des mœurs, l’initiative privée, autant de miroirs aux alouettes destinés à cacher leur envers réel 0 l’oppression et l’exploitation des classes, des masses, des nations.

Derrière l’unanimité de façade qui caractérise superficiellement nos sociétés, les contradictions demeurent, entre travailleurs et patrons, hommes et femmes, nations et États, si bien que le monde, pris globalement, reste à changer. Cela dit, les anciennes solutions ne sauraient prendre en charge cette tâche, le capitalisme parce qu’il ne peut s’épanouir qu’à travers l’exploitation et l’exclusion, le socialisme bureaucratique parce qu’il ne peut s’accommoder de la liberté et de la démocratie réelles. Il faudra donc inventer un nouveau mode d’organisation et de régulation sociale qui permettra de réaliser concrètement les aspirations du mouvement ouvrier et des masses, une forme inédite de socialisme, ce spectre qui continue à hanter notre époque, à bousculer son conformisme et le confort idéologique apparent dans lequel elle baigne.

Le retour du spectre

Comme l’écrit fort justement Daniel Bensaïd, « Un progrès réellement humain, propice à l’épanouissement de chacun et respectueux des conditions de reproduction de l’espèce, reste à inventer. Il passe par une réduction massive du temps de travail contraint, par un bouleversement radical de la division du travail et de son contenu, par une redécouverte du jeu et des plaisirs du corps aujourd’hui soumis aux principes mécaniques du rendement. Il exige une transformation qualitative des rapports entre l’homme et la femme, où s’éprouvent à la fois la différence irréductible de l’autre et l’universalité de l’espèce 0 partout où subsisteraient la domination et l’oppression des femmes, l’étranger, le métèque, l’autre en général, resteraient aussi menacés. Ce progrès implique enfin l’avènement d’une humanité réellement solidaire, grâce à l’universalisation effective de la production, des échanges, de la communication. »

Le sourire du Spectre, nouvel esprit du communisme, Daniel Bensaïd, Éditions Michalon

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.