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Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

Vivante pour l'éternité
Élaine Audet
Léa Roback Quand je pense à Léa, je pense à sa joie, à son humour, à son indépendance d’esprit, à sa vaste culture, à sa détermination, à sa parole franche et directe, à son énergie inépuisable, à sa passion de la justice et de la connaissance, et surtout à sa soif de liberté. Liberté à l’encontre des idées reçues et de toute institutionnalisation (mariage, permanence syndicale, division sexuelle des rôles, etc.), alliée à une volonté irréductible de créer un monde meilleur, libéré de tout rapport de domination.

Un parcours exemplaire

J’ai entendu parler de Léa Roback pour la première fois en 1971. Je militais alors dans le Comité populaire du Mile-End au sein d’un groupe de femmes qui visait à conscientiser et à regrouper politiquement les ouvrières du vêtement du quartier, principalement immigrantes. C’est en lisant l’histoire des luttes dans l’industrie du vêtement et du coton que j’ai appris quelles femmes remarquables étaient Léa Roback et Madeleine Parent.

Presque quarante ans après que Léa Roback ait réussi, en 1937, à obtenir la première victoire des femmes dans l’industrie du vêtement, les nouvelles arrivantes se trouvaient, dans les années 70, toujours forcées de travailler au noir ou à domicile, sous le salaire minimum, sans aucune protection syndicale. L’exemple de ces deux militantes hors pair inspirait les objectifs féministes et sociaux que nous nous fixions dans les comités de femmes, de quartier ou d’action politique.

Faire quelque chose !

Face à l’injustice, « on doit faire quelque chose ! » avait l’habitude de dire Léa. À l’aut’journal, elle a été l’une des premières à signer notre pétition en faveur des travailleuses des Caisses populaires Desjardins, en accompagnant sa signature d’un mot chaleureux et mobilisateur. Elle a été de toutes les luttes des femmes, pour l’avortement, la paix, le retrait des jouets guerriers et violents, la dénonciation de l’iniquité dans tous les domaines.

Lors de la syndicalisation des manufactures du vêtement et de la RCA Victor, Léa insistait pour dire que le respect de l’intégrité du corps des ouvrières faisait partie des revendications prioritaires, au moment où les patrons et les contremaîtres ne se gênaient pas pour toucher les travailleuses et leur réclamer des faveurs sexuelles sous peine de perdre leur emploi.

J’ai vu Léa pour la dernière fois, lors de son 90e anniversaire en 1993, où quelques centaines de personnes, en majorité des femmes, s’étaient réunies pour bruncher avec elle, donner le coup d’envoi à la fondation qui porte son nom et lui rendre hommage. Elle nous avait alors donné rendez-vous pour fêter ses 100 ans. Hélas !

Fières d’être femmes

Pour les femmes qui l’ont côtoyée, Léa restera vivante pour l’éternité. Elle fait partie de ces femmes dont j’ai parlé à mes filles pour leur constituer une mémoire qui les rendrait fières d’être femmes et debout à jamais. Je voudrais tant que les nouvelles générations s’inspirent de la vie de femmes courageuses comme Madeleine Parent et Léa Roback, en prenant connaissance des œuvres qui leur ont été consacrées, tout particulièrement du livre d’Entretiens de Nicole Lacelle, publié en 1988 aux Éditions du remue-ménage, et du film de Sophie Bissonnette, Des lumières dans la grande noirceur, tourné en 1992 et disponible à la Boîte noire.

Ces deux femmes exceptionnelles prennent place dans le panthéon des grandes amitiés qui jalonnent notre histoire de femmes, aux côtés de Rosa Luxemburg et de Clara Zetkin pour qui l’amitié était inséparable de la lutte pour la justice sociale et l’autonomie des femmes.

Aujourd’hui, Léa Roback nous regarde de l’intérieur ou de haut, comme une étoile brillante et rieuse. Nous lui sommes redevables de ce que nous sommes, elle qui nous a laissé en héritage le secret de l’éternelle jeunesse 0 ne jamais plier l’échine, être ouverte aux autres, avoir une curiosité inépuisable et croire à nos rêves.

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