L'aut'journal
Le lundi 20 mai 2019
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

Le silence beauceron est l'envers du " miracle beauceron "
Carl Thibaudeau de Saint-Georges de Beauce
J'entends souvent parler de ce fameux « miracle » beauceron et je suis toujours un peu surpris d’entendre seulement un côté de la médaille. Oui, il existe.

Oui, c’est vrai que nous avons une mentalité d’entrepreneur, que nous nous serrons les coudes lors de certaines occasions dramatiques ou lors de cueillettes d’argent pour des projets locaux. C’est aussi vrai que les Beaucerons sont des gros travailleurs qui n’ont pas peur de faire des heures supplémentaires ! Ça c’est le côté « face » de la médaille.

Voyons maintenant le côté « pile » de la même médaille. La Beauce a l’un des taux de suicide les plus élevés au Québec. Comment cela s’explique-t-il ? Nous avons un des taux de chômage les plus bas du Québec et c’est l’inverse pour notre goût à nous enlever la vie, pourquoi ? Quelle sorte de travail est offert à la population beauceronne ?

Finies à 40 ans

J’ai rencontré des femmes finies à 40 ans parce qu’elles travaillent dans des manufactures de couture depuis 25 ans. Elles ont des tendinites et des douleurs au cou qui les empêchent de vivre décemment. Comment se recycler à 40 ans, quand on n’a fait que cela durant toute sa vie et qu’on a laissé l’école à 16 ans pour travailler à la « shop » ?

Ces femmes fortes et besogneuses ne sont pas admissibles à la CSST quand le mal frappe; comment prouver en effet que ces mouvements répétitifs sont la cause de leur mal ? De toute façon, tant d’entre elles en sont affectées, que les coffres de la CSST seraient vidés si seulement elles pouvaient prouver leur malheur. Elles sont captives d’industries locales, et très peu d’opportunités s’offrent à elles lorsque le goût ou l’obligation du changement survient.

Faut être fait fort

Les conditions de travail offertes par plusieurs industries sont aussi très discutables. Comment expliquer que plusieurs travailleurs venus de l’extérieur, de la Gaspésie notamment, sont incapables d’accomplir les tâches qui leur sont demandées ? Il faut être fait fort pour travailler dans certaines usines beauceronnes. Le rythme du travail y est rapide et les moins performants sont tassés rapidement. Ces gens retournent souvent chez eux désillusionnés et avec en prime une estime d’eux-mêmes amoindrie.

De plus, les conditions salariales seraient inférieures d’environ 14 % au reste de la province pour des « jobs » comparables. Comment justifier cela ? Le royaume de la PME serait-il aussi le royaume du « cheap labour » pour certaines catégories d’industries ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir changer cet état de choses, mais à tout le moins nous pouvons regarder les deux côtés de la médaille. L’envers du miracle beauceron s’appelle le silence beauceron. C’est aussi ça le vrai miracle !

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.