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Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

La solution ? Crisser l’usine par terre
Pierre Klépock
Le problème, c’est le boss Une vision d’enfer... L’enfer éteint dans l’usine morte, les bassins de zinc et d’acide ne chauffent plus. Les damnés sur le piquet de grève, les mains calleuses, les dents noires, les yeux comme brûlés. Les 66 métallos y font la guerre sur place depuis le 16 mars dernier, restant debout face aux clôtures en fils de fer, veillant attentivement à chaque porte d’entrée de l’entreprise. « Le boss veut jamais nous écouter. Selon lui, un employé est ici pour travailler et fermer sa gueule », déclare Patrick Plouffe, président de l’unité syndicale de la section locale 8990 du puissant Syndicat des Métallos (FTQ).

Tout est rouillé, crasseux, noir, sale. Les ouvriers travaillent dans la poussière, les vapeurs d’acide, les fumées, la chaleur, etc. Et lorsqu’ils demandent une augmentation de salaire pour un ouvrage aussi malsain, on leur refuse. Si seulement ces messieurs les patrons essayaient durant quelques jours de faire ce travail, ils réclameraient sûrement 20 $ l’heure... Ça les vaut. Après plus de cinq mois de grève, les syndiqués refusent d’être incarcérés à vie dans le bagne légal de l’usine. Invité par les grévistes à leur épluchette de blé d’Inde, nous sommes à l’usine Quali-T-Galv, située dans le sud-ouest de Montréal.

Un travail de forçat

« À cause des produits chimiques, les dents des gars deviennent noires à force de travailler ici. Ça fait cinq mois que je ne suis plus en d’dans, mes dents sont toujours noires... Ceux qui travaillent sur les réservoirs d’acide ont beau se brosser les dents cinq fois par jours, ça ne part pas ! Le boss veut rien savoir de nos problèmes. Il fait chaud là-dedans. Un jour, j’avais soif, j’ai quitté mon poste de travail pour boire un café, il m’a réprimandé. Pour régler le problème, faudrait crisser l’usine par terre et en construire une autre », s’insurge Stéphane Saint-Louis, secrétaire de l’unité syndicale. Ces ouvriers font de la galvanisation à chaud de pièces d’acier.

Perdre sa vie à la gagner

« Faut pas se l’cacher, c’est une usine qui détruit la santé. Ces dernières années, il y a tellement eu d’accidents de travail et de maladies professionnelles, que je ne peux plus les compter sur les dix doigts de mes mains. C’est pas n’importe quelle personne qui travaille là-d’dans. La plupart des gars sont des durs. Il y a aussi des immigrants, parce qu’ils ont besoin de gagner leur vie », nous explique Noël Poirier, ouvrier dans l’usine.

« Il y a un roulement de personnel très élevé. J’ai déjà vu le boss flanquer une pancarte au chemin 0 hommes demandés. Un nouveau est arrivé, il a quitté après dix minutes de travail. Moi-même, quand je suis rentré ici, je me suis dit 0 si je fais un mois, ça va être beau... Ça fait maintenant 30 ans. J’aurais peut-être dû partir avant, mais j’ai une famille. Obligation ou pas, assez c’est assez ! On ne peut pas toujours travailler dans cette situation », ajoute Noël Poirier. Il y en a combien de travailleurs et travailleuses dont les boss abusent de leur courage au travail ?

La discipline du travail

« Le boss nous lance à tour de bras des mesures disciplinaires et des suspensions pour des niaiseries. Garder les dossiers disciplinaires ouverts pendant plusieurs années fait partie de ses projets, histoire de nous les remettre sur le nez à longueur de temps. Il veut un contrat de travail de cinq ans assorti d’une clause orphelin... Soit qu’on poursuit la grève ou on accepte ses offres. Les gars décideront en assemblée générale. J’ai l’impression qu’on va rester là encore un bout de temps », conclut Patrick Plouffe.

Il est aberrant de constater que les grands médias ne s’intéressent pas à un tel conflit. Il est vrai que la grande majorité des journalistes professionnels préfèrent dépeindre le beau monde. Des ouvriers enchaînés à leur travail, ce n’est qu’un fait divers. De toute façon, quand a-t-on vu les bien-pensants se ranger du côté de la classe salariale et de leurs syndicats ?

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