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Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

« Dix-huit scabs faisaient notre ouvrage » - Bruno Benzahra
Pierre Klépock
Victoire syndicale chez Mométal Après plus de sept mois de piquetage devant l’usine, les 150 ouvriers membres de la Fédération de la métallurgie-CSN ont obtenu par la grève ce que la direction du fabricant de structures d’acier et de fer ornemental Mométal, situé à Varennes, leur refusait 0 la reconnaissance syndicale, le respect total de l’ancienneté, le relèvement des salaires et le renoncement de la part du boss à introduire une clause orphelin dans la nouvelle convention collective. « Grâce au soutien de la CSN, nous avons pu conserver notre moral et notre solidarité tout au long de la grève », déclare avec fierté Mariano Ariete, président du syndicat.

Être respecté, reconnu, écouté, refuser les inégalités, l’injustice, voilà ce qu’exigeaient les ouvriers métallurgistes avant d’accepter le retour au travail. En assemblée générale, le 1er juin dernier, c’est dans une proportion de 89 % qu’ils ont entériné leur prochain contrat de travail d’une durée de trois ans. Cette grève exemplaire nous démontre une seule chose 0 la lutte paie !

Briser l’engrenage du favoritisme

L’employeur passait souvent par-dessus le syndicat pour négocier des salaires plus élevés avec ses « têteux ». La grève a permis de renverser ce système de favoritisme qui affaiblissait le syndicat. Désormais, la convention collective prévoit un bureau syndical dans l’usine, et le boss reconnaît le syndicat comme seul agent négociateur et représentant des travailleurs. L’octroi des postes se fera obligatoirement par affichage en tenant compte de l’ancienneté. De plus, les syndiqués ont arraché une augmentation de salaire de 10,5 % pour l’ensemble des salariés. Ils auront également droit à 70 $ pour changer d’outils et à des pauses café syndicales de 15 minutes par quart de travail.

Même ouvrage, même salaire

Pour augmenter ses profits, le patron voulait glisser une clause de discrimination salariale dans la convention collective. « On ne voulait pas se retrouver avec deux groupes de travailleurs traités différement. Quand des travailleurs font le même ouvrage, pourquoi les plus jeunes gagneraient moins que les plus vieux ? », demande Luigi Canata, vice-président du syndicat. « On s’est battu pour l’égalité et nous l’avons obtenu. » En clair, le règlement imposé dans l’entreprise constitue une victoire contre les clauses orphelin.

Ne pas lâcher, jamais

« Le boss faisait travailler les cadres et on se doutait qu’il y avait des scabs. À notre demande, la CSN a déposé une plainte au ministère du Travail et un inspecteur est intervenu. Dix-huit scabs faisaient notre ouvrage », s’indigne Bruno Benzahra, secrétaire du syndicat. Pourtant, le code québécois du travail interdit depuis 1977 de telles pratiques, sauf pour les cadres. C’est alors que les grévistes ont redoublé d’ardeur à renforcer leur ligne de piquetage par des manifestations de solidarité. Du coup, la direction de l’entreprise s’est vu forcée de négocier avec le syndicat. « Durant la grève, nous avons vécu une ambiance formidable de fraternité et d’entraide. La CSN organisait des collectes de vivres pour le temps des fêtes, des parties de sucre, des barbecues devant l’usine et plein d’autres activités. On a jamais lâché ! », relève le secrétaire du syndicat.

S’occuper de politique

« Les syndicats devraient s’occuper de politique, les lois étant faites pour les employeurs. Comment se faire entendre par le gouvernement, si nous n’avons pas un parti ouvrier au Québec comme il y en a en Italie ? Tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de parti qui parle vraiment pour la classe ouvrière, on ne pourra pas avancer. Quel genre de force on a ici pour taper sur les boss quand ils veulent déménager d’un pays à l’autre ou qu’ils refusent d’augmenter les salaires ? Notre industrie est régie par un décret et, à la demande du patronat, le gouvernement va l’abolir », conclut Mariano Ariete. Il est vrai qu’en Italie, comme dans la plupart des pays européens, plusieurs députés des partis socialistes et communistes siègent au gouvernement et forcent ce dernier à adopter quelques lois progressistes.

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