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Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

La rivière Batiscan prend une chute
André Bouthillier
Un barrage plus haut qu’un édifice de deux étages Afin de mieux financer l’aménagement d’un parc récréotouristique sur la rivière Batiscan, les élus municipaux des villages de Saint-Narcisse, Sainte-Geneviève-de-Batiscan et Saint-Stanislas confient à Boralex, le mandat d’aménager un barrage hydroélectrique sur la rivière Batiscan. La filiale de Cascades prévoit construire un barrage d’une hauteur de 7,5 mètres (plus haut qu’un édifice de deux étages) au sommet de la chute des Ailes, en plein cœur du parc de la rivière Batiscan, à quelques kilomètres à l’ouest de Saint-Anne-de-la-Pérade.

La création du réservoir va modifier le milieu aquatique, provoquer de la sédimentation là où normalement la rivière s’oxygénait, faire disparaître des arbres de plus de 50 ans, inonder des lieux historiques régionaux. Tout cela, en pleine illégalité ! En effet le promoteur propose un projet de 11,8 mégawatts lorsque la loi limite à 10 mégawatts. Il inonde 180 000 mètres carrés alors qu’il est stipulé que, lorsqu’un réservoir dépasse 50 000 mètres carrés, des audiences publiques doivent être tenues... Y en a-t-il eu ? Non. Une série d’arguties légalo-politiques obligent les citoyens du groupe Les Ami(es) de la Batiscan à investir des milliers de dollars dans une bataille juridique pour sauver la rivière.

Choisissant des moyens différents pour y arriver, autant les maires des villes que les citoyens veulent sauver et développer le parc. Certains élus préconisent la construction d’un barrage qui financerait le développement du parc. Les Amis(es) veulent protéger les chutes et demandent au gouvernement d’inclure le parc de la Batiscan dans le réseau des parcs provinciaux. Quant à Boralex, l’entreprise promet à ses actionnaires un bon retour sur l’investissement grâce à ce projet.

Comment comprendre ce qui provoque une situation si loufoque? Il s’agit tout simplement d’une stratégie gouvernementale appliquée dans tous les cas de privatisation.

Le gouvernement applique la même stratégie dans tous les cas de privatisation

1 - Raréfier le financement, ne plus financer un service régional ou refuser d’investir; ce qui fut le cas pour le parc de la Batiscan.

2 - Afin de calmer les décideurs locaux, le gouvernement provincial s’engage à déréglementer une activité de l’État pour permettre au secteur privé d’y mettre le nez. En échange de quo, l’entreprise paiera une redevance à l’instance publique locale. Dans le présent cas, il s’agissait de permettre au secteur privé de construire un barrage sur la rivière Batiscan et de payer une redevance au complexe écotouristique de la Batiscanie.

3 - Suggérer aux édiles locaux de faire de leur projet une priorité régionale, de créer des organismes à but lucratif ou non lucratif, de faire des souscriptions publiques, d’imposer des frais modérateurs ou la tarification à leurs citoyens et ensuite d’approcher des promoteurs privés. Dans le cas de la Batiscan, toute cette partie du plan fut appliquée à la lettre.

4 - Le gouvernement avise l’entreprise privée qu’elle devrait présenter, ce qui ne veut pas dire consulter, le projet à la population avoisinant le projet. Pour le projet de barrage sur la Batiscan, Boralex a entrepris de s’attacher les décideurs locaux en les invitant à investir personnellement dans la compagnie.

5 - Permettre dans la pratique l’assouplissement de la réglementation de l’environnement afin d’aider l’entreprise privée à réaliser le projet. Dans le cas de la Batiscan, le ministère n’a pas vérifié les plans de Boralex. Plus tard, le ministre de l’Environnement, suite aux pressions faites par les Ami(es) de la Batiscan, a dû retirer le permis à Boralex. L’entreprise conteste et le ministre se retrouve devant le Tribunal administratif du Québec. Le tribunal tranche et le ministre perd son droit de révoquer un permis émis en effraction de la loi de l’environnement.

6 - Les ministères à vocation économique argumentent qu’il y aura des retombées économiques pour la région. Dans les faits, quelques entreprises de construction, qui ne sont pas nécessairement de la région, construisent le barrage. Par la suite, aucune main-d’œuvre n’est requise ( voir tableau I ). Les actionnaires de la compagnie privée empochent et une ristourne est remise au parc pour des aménagements sur une rivière qui n’a plus de chutes.

Dans le cas de la Batiscan, la réalisation du plan est rendue à la cinquième étape. Depuis plusieurs années, les gouvernements qui se succèdent n’ont qu’une idée en tête 0 cesser de financer les infrastructures récréotouristiques des régions du Québec. Faire miroiter plus d’autonomie pour les décideurs régionaux est une trappe dans laquelle le « Québec des régions » s’engouffre de plus en plus souvent.

Voilà comment se planifie la « déconcentralisation » des activités étatiques qui permet l’appropriation du bien public de tous les Québécois pour se retrouver entre les mains de certaines personnes du monde des affaires.

Voilà comment cette décision gouvernementale produit de l’électricité dont nous n’avons pas besoin et prive de revenus sa société d’état Hydro-Québec, comme l’a bien expliqué la Commission Doyon.

Voilà comment cette décision permet de spolier des territoires vierges avec du béton coulé sur les pierres des chutes, avec des hangars de tôle, des bases de ciment et des clôtures « frostés ».

Voilà comment, pour chaque rivière québécoise vierge ou patrimoniale, le gouvernement permet aux producteurs privés de la transformer, étouffant de ce fait la faune et la flore aquatique. Tout cela au nom du développement local !

Après avoir coulé le ciment, combien d’emplois pour les villages situés le long de la Batiscan ?

On est un peuple d’eau, mais il ne faut pas nous prendre pour des poissons !

Tableau 1

L’opération des centrales se fait à distance par télématique. Résultat 0 0 employé nécessaire

Entreprise 0 toutes des filiales de Boralex Nombre d’employé-es

Boralex Cabano 0

Forces Motrices Buckingham inc. Entre 1 et 5

Forces Motrices Montmorency inc. 0

Hydraska (Saint-Hyacinthe) inc. 0

Hydraska (Saint-Lambert) inc. 0

Rimouski Hydro Électrique inc. 0

Forces Motrices Saint-François inc . 0

(Inspecteur général des institutions financières – printemps 1999)

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