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Le vol de l'été se poursuit
N° 192 - septembre 2000

Hold-up à la pompe !
Gabriel Sainte-Marie
Des prix records de plus de 80 ¢ le litre à la pompe. Des profits en hausse de 566 % pour le deuxième trimestre 2000. Les pétrolières arrivent au premier rang des entreprises canadiennes pour l’augmentation de leurs profits. C’est le hold-up de l’été.

Selon la Régie de l’énergie, le prix moyen pour l’essence ordinaire était de 77,44¢ le litre au Québec durant la semaine du 21 août dernier, comparativement à 69,1 ¢ le litre le 6 décembre.

L’Association québécoise des Indépendants du Pétrole (AQUIP) souligne que le prix moyen à la pompe est passé de 56,8 ¢ le litre en 1996 à 67,7 ¢ le litre au premier trimestre 2000.

Le prix de l’essence décomposé

Sommairement, le prix de l’essence se divise en quatre composantes 0 le brut, la marge de raffinage, la marge du distributeur et les taxes. Le tableau ci-dessous découpe ainsi ce prix.

Même si les taxes sont une composante importante, elles n’ont presque pas varié en quatre ans, soit une augmentation de 1,3 ¢ le litre ou 4,5 %. La marge du distributeur, soit le revenu que tire celui qui exploite une station-service (qu’il soit indépendant ou une filiale d’une grosse entreprise), a diminué sur quatre ans.

Le tableau illustre clairement que la hausse des prix se situe dans les deux autres composantes 0 le brut et la marge de raffinage.

Le prix du brut a augmenté entre 1996 et début 2000 de 41,3%. Sa valeur au premier trimestre de l’an 2000 était de plus de deux fois celle de 1998 et elle a continué d’augmenter. Comme l’affirmait René Blouin de l’AQUIP 0 « Il est évident que l’augmentation des prix du pétrole brut découle de la politique de production réduite adoptée par les onze pays producteurs et exportateurs qui composent l’OPEP. À eux seuls, ils détiennent plus de 40 % de la production mondiale de pétrole brut et détiennent 77 % des réserves mondiales. » Cependant, il note que l’augmentation de ce prix plaît également aux grandes entreprises pétrolières 0 « La plupart d’entre elles ont des activités liées à la prospection, à l’extraction et à la vente du pétrole brut. Elles profitent donc largement des augmentations de prix du pétrole brut et en tirent des bénéfices immenses. »

Quant à la marge de raffinage, elle semble peu avoir augmenté 0 2,3 ¢ le litre sur quatre ans. Attention, c’est un bond de 46% ! Qui raffine ? Encore les compagnies pétrolières.

Qui sont-elles ?

Impériale-Esso, Shell, Ultramar et Petro-Canada possèdent environ 75 % du marché québécois de l’essence au détail. Ces pétrolières ont des activités intégrées et touchent donc à chaque secteur de l’essence. Elles augmentent ainsi les prix là où elles dominent le marché, comme le raffinage, et les réduisent là où elles sont en compétition avec les indépendants, comme la vente à la pompe. Cela explique pourquoi la marge du distributeur a diminué et celle du raffinage a augmenté.

Ces compagnies sont très prospères et pratiquent une politique impérialiste. Selon une étude réalisée en 1998 par Michel Bernard et Léo-Paul Lauzon, les compagnies Esso, Shell et Ultramar avaient pompé en quatre ans 5,3 milliards $ à l’extérieur du pays en versant à leurs actionnaires étrangers 139 % de leurs profits. Ces trois compagnies avaient pu verser plus que leurs bénéfices en dégageant un solde net négatif de 3,1 milliards $ d’investissements. La situation n’a fait qu’empirer depuis comme l’illustre la mise à jour de l’étude pour la compagnie Esso (voir encadré).

On s’organise

Divers regroupements ont commencé à s’organiser face à ce crime des quatre Dalton, notamment au Saguenay et à Chibougamau, par le boycott d’Ultramar. Nous y reviendrons dans notre prochain numéro.

Esso Dalton

C’est la pétrolière Esso qui est le pire des Dalton, comme le révèle l’étude de Léo-Paul Lauzon dont voici quelques-uns des faits saillants.

Au cours des dix dernières années, l’Impériale - Esso a 0

l réalisé 4,5 milliards $ de bénéfices nets;

l versé 7,2 milliards $ à ses actionnaires (158 % du bénéfice net);

l versé 5,8 milliards $ à ses actionnaires étrangers (80,6 % du montant versé à ses actionnaires);

l versé 5,0 milliards $ à sa société mère, la multinationale Exxon Mobil Corporation (69,4% du montant versé à ses actionnaires);

l réduit ses employéEs de 57 % (15 248 en 1990 contre 6 550 en 1999);

l réduit ses stations-service de 51 % (5 100 en 1990 contre 2 498 en 1999).

Des chiffres qui font mentir Claude Picher, chroniqueur économique à La Presse, qui écrivait le 31 août dernier 0 « ...quand une entreprise déclare d’importants profits, c’est signe que les affaires vont bien, et qu’elle a besoin de main-d’œuvre additionnelle ».

COMPOSANTES DES PRIX MOYENS À LA POMPE AU Canada (en ¢ / Litre)

1996 2000* Écart entre

1996 et 2000

Prix du brut 18,4 26,0 41,3 %

Marge de raffinage 5,0 7,3 46,0 %

Marge du distributeur 4,8 4,6 (4,2) %**

Taxes 28,6 29,9 4,5 %

Prix au détail 56,8 67,7 19,2

*L’année 2000 comprend seulement les trois premiers mois de 2000.

**La valeur entre parenthèses est négatives

Source 0 MJ Ervin and Associates, Canada et États-Unis prix moyens de détail, Essence ordinaire, libre-service, 1996 à 2000. Tiré de la page web de l’Aquip 0 www.aquipétrole.com/Com210600.htm

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