L'aut'journal
Le mardi 2 juin 2020
édition web
L'aut'journal
archives
Retourner à L'Aut'Journal au
jour le jour

Recherche
accueil > l’aut’journal > archives > sommaire > article
Les femmes au pouvoir
N° 177 - mars 1999

"Qu'est-ce que ça a donné le partenariat?"
Pierre Klépock

Fermeture d'Alcatel



Le 3 février dernier, la multinationale française Alcatel a décidé de fermer son usine de 160 salariés de la rue Hochelaga, dans l'est de Montréal. "Qu'est-ce-que ça a donné le syndicalisme de partenariat? Il y a sept ans, on s'est embarqué dans le système de polyvalence autogérée, les travailleurs sont retournés sur les bancs de l'école afin de perfectionner la production, le syndicat a fait des concessions pour assurer nos jobs. On a travaillé fort pour en arriver où? Le boss nous sacre dehors sans raison", déclare Daniel Imbeault, président de l'unité syndicale. L'aut'journal a aussi rencontré, le 10 février, Éric Choquette, secrétaire de l'unité syndicale, ainsi que Jocelyn Bouillon, vice-président de la section locale composée 7625 du Syndicat des Métallos (FTQ).

AJ0 Pour quelle raison l'usine ferme-t-elle ses portes?

DI0 C'est un boss qui est directement venu d'Europe nous annoncer la fermeture pour le 1er juillet prochain. La raison principale qu'il a invoquée est le déménagement de la machinerie dans une autre usine du groupe Alcatel à New Holland en Pennsylvannie. Actuellement, 80% de la production de l'usine Hochelaga est dirigée vers les États-Unis. La direction veut centraliser la production dans cette usine, qui est deux fois et demi plus grande mais sous-utilisée. On comprend mal cette décision, alors que les patrons admettent que l'usine est rentable, que nous sommes productifs et compétents. Ils vont même jusqu'à dire que nous sommes les "Top Models" de l'industrie du câble!

AJ0 Qui est le groupe Alcatel?

EC0 C'est une entreprise de câble de transmission de données, dont le siège social est à Paris. Environ 200 000 personnes travaillent dans ses 150 usines à travers le monde. Son chiffre d'affaires a atteint les 38 milliards $CAN en 1998. L'usine de Montréal et celle de New Holland ont un chiffre d'affaires de 160 millions, dont 77 millions pour notre usine, avec un profit de 19 millions pour la même année. L'usine de New Holland a 400 employés et produit à peu près le tiers de la production d'ici. La multinationale reconnaît que l'usine montréalaise est la plus profitable au niveau du ratio bénéfice/chiffre d'affaires dans le monde. Malgré cela, l'usine ferme ses portes. C'est un geste de traîtrise, c'est assez évident.

AJ0 Qu'en pense le syndicat?

JB0 C'est une décision administrative inacceptable. Cela démontre l'absurdité du partenariat entre patrons et syndicats. On en a le meilleur exemple ici0 peu importe les efforts fais par les travailleurs pour garder l'entreprise ouverte, augmenter la production, perfectionner la machinerie, réduire les coûts; en bout de ligne c'est une fermeture qui nous attend. Si on regarde les dernières années, les usines qui ont déménagé étaient super rentables aussi. Combien de fois on voit ça des entreprises subventionnées par les gouvernements, déménager une fois la machinerie perfectionnée?

Les centrales syndicales doivent bouger là-dessus. Ça donne quoi aux travailleurs de faire augmenter les profits des patrons pour ensuite déménager dans un autre pays avec l'opportunité d'exploiter des gens au salaire minimum? Les fermetures d'usines, ça touche tout l'monde, c'est nos membres et la société en général qui en paient le prix. Les syndicats doivent absolument faire front commun contre les fermetures sauvages. Il faut pousser les gouvernements à adopter des lois sur les fermetures d'usines pour protéger le monde du travail. Sinon les entreprises ne respectent rien. Cette multinationale française sait très bien qu'elle ne peut agir aussi facilement dans son propre pays envers ses salariés. Les lois du travail sont beaucoup plus sévères qu'ici!

AJ0Que doit faire le mouvement syndical au Québec?

DI0 Un comité de prévention réunissant tous les syndicats ouvriers devrait exister pour faire pression sur les gouvernements. Où sont les gouvernements quand les usines ferment? On ne les voit pas. Certains disent que si on met trop de droits syndicaux, les compagnies ne viendront plus investir ici. Tant qu'à venir nous vider, que les multinationales restent chez-elles! Elles viennent nous chercher le jus et crissent le camp avec, ça n'a pas d'allure! On est pris avec des Français dirigés par des Américains. Les gouvernements ne devraient pas les laisser rentrer au pays sans obligations envers nous. Alcatel a racheté l'entreprise en 1992. Avec sa logique de partenariat, on pensait que ça garantissait notre job d'avoir des bonnes relations de travail.

Retour à la page précédente

Partager cet article Imprimer cet article


 


Réseau Média
© l'aut'journal 2002
 
l'aut'journal sur le web
L'aut'journal sur le Web a
été réalisé par Logiweb.