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Les femmes au pouvoir
N° 177 - mars 1999

Le budget Landry confirmera la privatisation déguisée de l'usine d'embouteillage de la SAQ
Paul Cliche
La privatisation déguisée de l'usine d'embouteillage de la Société des alcools du Québec a probablement été décidée par le gouvernement Bouchard à la session du cabinet du 24 février et doit être annoncée dans le discours du budget que le ministre des Finances, Bernard Landry, prononcera au début du mois de mars.

On sait que la décision de céder majoritairement à l'entreprise privée l'exploitation de cette usine d'embouteillage, la plus moderne en Amérique du Nord, a été prise par le ministre Landry, en juillet dernier, sans consultation publique, malgré la promesse faite par le gouvernement Parizeau en 1995. Elle a fait suite à la recommandation faite, un mois plus tôt, par un comité bidon de fonctionnaires, sous prétexte que l'usine de la SAQ constitue un "irritant" pour le secteur privé et qu'une entreprise publique éloigne des acheteurs potentiels et nuit par conséquent à sa rentabilité. On lui reproche aussi de ne pas être exploitée à sa pleine capacité.

La SAQ a donc mis son usine en vente il y a 8 mois mais une transaction n'a pu survenir dans une première ronde de pourparlers à cause de la voracité de la compagnie d'embouteillage ontarienne Vincor qui voulait éclipser ses concurrents québécois Andrès et Geloso. À l'automne, le ministre Landry a eu l'idée de faire entrer le Fonds de solidarité de la FTQ dans le décor en lui concédant le tiers des actifs dans la nouvelle usine d'embouteillage où la SAQ et un cartel privé d'embouteilleurs détiendraient eux aussi chacun 33% des parts. Ce montage financier triangulaire s'inspire de celui mis au point pour sauver l'usine en perdition de Dominion Bridge à Lachine; sauf que cette fois-ci, il ne s'agit pas de sauver des emplois en empêchant la fermeture d'une usine privée mais de faire passer sous contrôle privé à 66% une entreprise publique florissante, le joyau de la SAQ

Bien entendu, cette privatisation ne sera pas présentée sous son véritable jour par le gouvernement. Tel que l'a écrit le ministre Landry, dans une lettre qui circule depuis novembre dernier, on va plutôt décrire cette "reconfiguration" et la création d'une nouvelle entité commerciale comme une opération visant à "améliorer la rentabilité et l'efficacité administrative dans la gestion de ce secteur", une opération visant "la relance de l'usine". Bien entendu M. Landry fera l'annonce de l'opération dans le chapitre de son discours du budget consacré aux mesures qu'entend prendre le gouvernement pour relancer l'économie québécoise. On l'entendra certes aussi qualifier l'opération de partenariat exemplaire avec des trémolos dans la voix.

On privatise l'exploitation

La preuve qu'il ne s'agit pas d'une privatisation, dira le gouvernement, c'est que l'édifice et l'équipement resteront la propriété de la SAQ qui les louera à la nouvelle entreprise, en feignant toutefois d'oublier que ce n'est pas la propriété de l'immeuble qui compte mais bien l'exploitation qu'y fera la nouvelle société d'embouteillage. On tentera aussi d'assimiler la participation à 33% du Fonds de solidarité de la FTQ à un investissement public même si la mise de ce dernier, une dizaine de millions, doit prendre la forme d'une injection chez le géant européen de l'embouteillage, la compagnie Dulong et Frères qui exploite trois usines en France. On sait aussi que si la SAQ devait céder éventuellement ses parts elle devrait les offrir en priorité au Fonds de solidarité, selon une lettre d'entente qui sera gardée secrète.

L'entourage du ministre Landry avait laissé filtrer la nouvelle au Devoir qui avait annoncé le 5 décembre dernier que la transaction serait rendue publique quelques jours plus tard. L'informateur avait alors insisté pour dire qu'il n'y aurait pas de privatisation. Mais cela ne s'est pas produit en décembre principalement parce qu'il semble que la compagnie ontarienne Vincor aurait continué à jouer au mauvais coucheur en voulant avaler Andrès et Geloso. Aux dernières nouvelles, le gouvernement, mécontent, aurait écarté Vincor de la transaction.

La prochaine étape sera-t-elle la privatisation d'une grande partie des ventes confiées jusqu'ici au réseau de magasins de la SAQ. C'est en tout cas le mandat qu'a reçu le PDG de la SAQ, Gaëtan Frigon.

La SAQ dans la mire de l'OMC

Le ministre Rémy Trudel a laissé clairement entendre que la Société des alcools du Québec sera dans la mire de l'Organisation mondiale du commerce lors du prochain cycle de négociation du millénaire (Millennium Round) que l'organisme internationale tiendra à compter de l'an prochain.

Dans une déclaration publiée dans Le Devoir le 12 février, le ministre de l'Agriculture québécois a fait savoir que, comme société d'État ayant des pratiques commerciales qui favorisent la "distorsion", la SAQ pourrait être mise en cause à cette occasion. La position du gouvernement québécois à ce sujet sera établie d'ici quelques semaines suite à une consultation privée et restreinte où on s'attend à ce que l'Association des détaillants en alimentation notamment réclame la fin du monopole de la SAQ. L'aut'journal suit ce dossier qui dément les prétentions du ministre Landry qu'il n'y a aucun danger que le réseau de distribution de la SAQ soit privatisée.

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