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Le salaire du patron
N° 176 - février 1999

Irak 0 le Canada et le Bloc québécois muets
André Maltais

Alliance anglo-saxonne contre le reste du monde?



Pour un pays qui vient tout juste d’obtenir un mandat de deux ans au Conseil de sécurité des Nations Unies, le Canada a eu une attitude inadmissible en appuyant plutôt qu’en condamnant l’attaque des États-Unis contre l’Irak, alors que ces derniers, en agissant unilatéralement, ont affiché le plus grand mépris à l’égard de l’ONU. Aujourd’hui, alors qu’il est établi que les inspecteurs en désarmement de l’UNSCOM ont aidé les États-Unis à espionner l’Iraq, le Canada ne se montre pas très bavard. Cela en dit long sur le camp qu’il a choisi dans l’affrontement crucial qui se dessine entre les pays anglo-saxons et les Nations Unies. Quant au Bloc québécois...

Rappelons que les 7 et 8 janvier dernier, des officiels américains ont admis que leur pays avait eu recours aux inspecteurs de l’UNSCOM (organisme du Conseil de sécurité de l’ONU chargé du désarmement de l’Irak) pour espionner Saddam Hussein.

Selon le Boston Globe (6 janvier), dès février 1996, les Américains ont équipé de matériel d’écoute une unité spéciale d’inspecteurs de l’ONU qui, de leurs quartiers généraux de Bagdad, captaient des communications codées de Saddam Hussein et des unités de l’armée irakienne responsables de la sécurité de celui-ci. Des analystes britanniques et israéliens aidaient les inspecteurs à décrypter les informations

L’ONU, agence de renseignements pour les États-Unis

Puis, en mars 1998, selon l’ex-inspecteur de l’UNSCOM, Scott Ritter, « ... les États-Unis ont décidé que tout cela était trop délicat pour l’UNSCOM ». Ils ont alors pris les choses en main tout seuls. Cette fois l’UNSCOM n’a eu qu’à installer du matériel tellement sophistiqué qu’il relayait l’information automatiquement, via satellite, à l’Agence de sécurité nationale américaine dans le Maryland.

Les Américains retransmettaient ensuite à l’UNSCOM les informations qu’ils jugeaient pertinentes et, bien sûr, gardaient le reste!

Un rapport préliminaire des Nations Unies laisse croire que ce « reste » a pu servir à choisir des cibles drôlement précises lors des dernières frappes aériennes, entre autres l’Organisation spéciale de sécurité, les quartiers généraux de la Garde républicaine et des services secrets, tous détruits, de même que la maison de Abib Hamid Makhmoud, le cerveau des tactiques de dissimulation irakiennes et du système de sécurité personnelle de Saddam Hussein.

« L’une des trois personnes à savoir où dort Saddam, la nuit », dit Scott Ritter.

L’Alliance belliciste anglo-saxonne

Depuis ces révélations, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, suggère à mots couverts le remplacement du directeur de l’UNSCOM, l’australien Richard Butler que les Américains refusent de lâcher et pour cause0 l’homme a produit le rapport sur la foi duquel les Américains ont décidé les bombardements alors que, selon un article du journal australien South News (22 décembre 1998), la Maison Blanche « tenait la plume » du diplomate australien (1).

Mais, à travers toute cette crise, on assiste à la constitution de ce qui ressemble de plus en plus à une alliance nettement hostile au reste du monde et à ses organisations. Elle est formée, autour des États-Unis, d’Israël, de la Grande-Bretagne (important cheval de Troie américain au sein de l’Union européenne) et de ce qui reste du Commonwealth0 Australie, Nouvelle-Zélande et ... Canada.

Tout ce beau monde, les joueurs mineurs bien à l’abri sous le parapluie des États-Unis, non seulement se moque de plus en plus ouvertement des Nations Unies (Palestine, Irak, Bosnie, etc) mais, en « infiltrant » maintenant l’une de ses commissions, mine gravement et à dessein la crédibilité de la principale organisation que s’était donnée l’Humanité pour ne plus jamais revivre la barbarie des guerres mondiales.

Pourtant, ils avaient imposé Kofi Annan...

Après avoir imposé sa nomination au poste de Secrétaire-général (pour remplacer Boutros Boutros-Ghali qu’ils n’aimaient pas), voilà que les Américains ne trouvent plus Kofi Annan de leur goût. De plus, ils doivent maintenant à l’ONU 1,3 milliard de dollars et continuent de différer le paiement de leurs arriérés.

Les États-Unis exigent tout simplement de ne pas payer cette dette (sans être frappés par l’article 19 de la Charte qui les priverait de leur droit de vote à l’Assemblée générale)! De plus, ils demandent que leur quote-part annuelle standard soit baissée de 25% qu’elle est actuellement à 20% en l’an 2000 et surtout que leur soit octroyé exclusivement un siège permanent au comité budgétaire de l’ONU et que leur General Accounting Office (vérificateur général) puisse vérifier les programmes de l’ONU. Rien de moins!

Le Canada complice

La place du Canada dans cette alliance anglo-saxonne pourrait bien consister à user de sa bonne image internationale pour pénétrer là où les Américains ne le peuvent pas.

En effet, l’ambassadeur du Canada à l’ONU, Robert Fowler, déclarait récemment que les deux principales priorités du Canada concernant l’ONU sont un rapprochement entre les États-Unis et l’ONU, et la participation du Canada au « programme de réformes » promis par Kofi Annan pour le 16 juillet. On sait que ces « réformes » sont très attendues des Américains.

L’appui du gouvernement libéral aux bombardements anglo-américains en Irak et son silence complice depuis les révélations sur le rôle joué par l’UNSCOM témoigne de l’alignement de plus en plus étroit du Canada sur la politique étrangère américaine sur les questions fondamentales, ce qui est un reflet de l’intégration économique toujours plus poussée entre les deux pays.

Il n’est pas surprenant non plus que le Reform Party, qui se veut une copie conforme du Parti républicain américain, ait applaudi l’assaut contre l’Irak ; ni que le NPD, digne représentant de ce qui reste du nationalisme canadien, s’y soit opposé.

Mais, où était le Bloc québécois ? Pourquoi ce silence ? Pourquoi ne pas avoir dénoncé le non-respect des instances internationales par les États-Unis ? Nos « souverainistes » fédéraux n’ont-ils rien à dire à la population québécoise en matière de politique étrangère, eux qui (du moins en théorie) se préparent à piloter les premiers pas d’un nouveau pays dans la jungle du « nouveau désordre mondial »? Pourtant, le Québec a tout intérêt, dans sa marche vers la souveraineté, à ce que soient respectées les règles de droit international.

Concédons au Bloc que son silence était un progrès sur l’appui enthousiaste apporté aux États-Unis lors de la Guerre du Golfe !

voir « Iraq attack with a little help from the Butler », reproduit par MSA News, site internet 0 http 0//msanews.mynet.net/

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