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Le salaire du patron
N° 176 - février 1999

Céline0 la vraie, unique, belle et fabuleuse
Lise Rose

Entrevue avec la chanteuse



Si vous avez cru, ne serait-ce qu’une seconde, que je vous parlerais de «l’autre Céline», celle qui roule sur l’or et dont la voix se marchande à coups de millions... eh bien, détrompez-vous, cette Céline-là, pour moi, c’est une «business» qui a vendu son âme aux spéculateurs. Nos planètes ne seront jamais sur la même trajectoire ! Ma Céline nationale à moi, celle avec qui j’ai des affinités, celle qui me fait vibrer et frissonner... c’est Céline Delisle. Tenez-vous le pour dit!

Quand je l’ai appelée. aux alentours du mois d’avril 98, elle n’avait pas la tête à l’entrevue et se préparait à affronter un «dragon», parmi les plus pernicieux, le cancer. De quoi débalancer un destin solide, même celui d’une nature combative, comme la sienne. Je l’ai retrouvée, cinq mois plus tard, un samedi d’octobre, au cabaret

St-Sulpice, pétante de feu et généreuse, «malgré le grand détour» (titre d’une de ses chansons). C’est elle qui avait englouti le terrible dragon.

Le cri de la louve grise

J’avais une bronchite et mon chum prévenu d’une triste éventualité 0 «Dès que la boucane atteindra mon point de non-retour, nous allons décoller... avant que j’étouffe», lui avais-je dit. La boucane n’était pas au rendez-vous, heureusement! Permission de fumer avant le spectacle et durant l’entracte seulement. À la demande de l’artiste. Bref, ce petit Cabaret, au 4e étage du St-Sulpice que je ne connaissais pas, est bien parti pour durer. L’endroit, parfaitement insonorisé et terriblement sympathique, a l’avantage d’être accessible aux «métrotteuses» comme moi (juste à côté du métro Berri).

Et, le cri d’Une louve grise retentit dans le noir de la salle 0 «Une louve est sortie, cette nuit de sa forêt. Une louve qui hurle son cri sauvage pour la paix». Ainsi commence l’émouvante chanteuse, accompagnée de son pianiste André Lépine, avec lequel nous sentons, dès le début, une attachante complicité, par les sourires et les regards. Nabila nous raconte la lutte et la mort atroce d’une journaliste algérienne. Cette Céline-là nous parle des vraies valeurs, sans chichi, sans dorure. Le spectacle est bien balancé 0 parfois le rire nous emporte... parfois c’est le drame.

Entre deux éclats de rire

Oui, entre deux éclats de rire, car je suis aussi ricaneuse qu’elle... voici le contenu de nos joyeuses divagations0

Lise0 Parle-moi de tes débuts?

Céline0 En 78, j’ai donné un spectacle dans le cadre de la Journée internationale de la Femme. C’est là que j’ai eu la piqûre. En r’venant à la maison, j’ai dit aux enfants0 «Tassez-vous, maman a’l’écrit». À cette époque, j’interprétais mes propres chansons, mais aussi celles des autres, dont une sur l’avortement d’Anne Sylvestre. Aujourd’hui, je ne chante que mes compositions.

Lise 0 La chanson, c’est difficile pour une femme... physiquement, il faut être parfaite et jeune, non?

Céline 0 Je peux t’assurer que si j’avais un beau body, ça fait longtemps que je serais sur la mappe! Ha!Ha! Sérieusement, la beauté c’est une clé, mais je suis en train de prendre ma place pareil. C’est vrai que pour les femmes c’est plus difficile, mais il faut avoir le courage de foncer et de ne pas lâcher. Un journaliste m’a dit «ça fait des années que tu te bats contre le milieu». Non, je ne me bats pas contre le milieu. Ils me disent NON... je me tasse... et je continue ma démarche... et je continue de travailler. Être une femme, d’un certain âge, dans ce métier-là, j’pense pas que ça me nuise tellement. C’est difficile, oui, mais c’est la même chose pour celle ou celui qui travaille dans une usine et qui, à 40 ou 50 ans, est remplacé par une ou un plus jeune. À notre âge, on est plus calme, plus fiable et on a plus de connaissances... ce sont des valeurs qu’il faudrait remettre en place, un must!.

maudit dragon

Lise 0 Dans ta chanson T’as croisé un dragon, il me semble que tu t’envoles, avec ta voix, comme dans aucune autre. As-tu envie de m’en parler de ces fameux dragons?

Céline 0 Je venais de terminer mon premier disque en tant que productrice. Tout allait bien. Puis, il nous arrive la tempête de verglas... Presqu’au même moment, j’ai eu un down monumental. Plus d’énergie. J’étais sur une table pour un examen de la glande thyroïde quand la docteure m’a trouvé une masse énorme dans le ventre. C’était un cancer du rein. Avant ce jour-là, aucune douleur qui aurait pu me mettre sur la piste. J’en parle pour donner du courage aux autres qui sont malades aussi. Moi, ça m’aide à m’en sortir de savoir qu’un tel ou une telle s’en est sorti. Après tout, c’est dans la souffrance qu’on grandit. Faut pas être masochiste. Personne ne veut souffrir... mais quand on passe par là, on a besoin de l’énergie des autres. Cette chanson, je l’ai écrite en sortant d’hôpital, en collaboration avec l’auteure-compositeure-interprète Mamzelle Claude Hamel. Et pour la musique, une première collaboration avec ma fille Rhéa, notre première oeuvre ensemble quoi! Ma fille, un jour, vous allez l’entendre chanter... c’est une jeune femme très habitée.

touchez pas à mes ailes

Lise 0 «Laissez-moi vivre ma folie, ne touchez pas à mes ailes», ce sont les paroles de ta plus belle chanson, raconte-moi?

Céline 0 J’ai été éprouvée dans la vie. J’ai un fils handicapé mentalement et physiquement. Cette chanson fait aussi référence à ma carrière. Autrement dit, essayez pas de me faire faire des stépettes, de m’enfermer dans un créneau. Mes thèmes sont la grande chanson dramatique et l’humour... comme ma vie. Je ne peux pas vivre juste dans le drame, ni uniquement dans les gros éclats de rire. J’ai besoin de vivre ma folie.

Lise 0 De quel milieu viens-tu?

Céline 0 Un milieu ouvrier de la campagne. J’ai reçu beaucoup d’affection mais, chez nous, je n’avais pas d’espace vital. Nous étions six enfants et je dormais dans la cuisine. C’est l’âme humaine qui m’intéresse, l’intégrité, la générosité... peu importe le milieu d’où viennent les gens. Je ne peux pas dissocier ma vie de la scène. J’aime le contact avec le monde. En 95, j’ai fait les Francofolies, et j’ai adoré ça. Un «standing ovation» de 3000 personnes, tu imagines l’amour qu’ils te donnent?

Lise 0 Ce qui te déplaît dans le métier?

Céline 0 L’incompétence. L’autre jour, j’ai envoyé mon CD à une grosse compagnie de disques et on me répond «Merci de nous avoir envoyé votre démo». Aie, pour une fois que j’ai un disque, ç’tu enrageant cette incompétence-là! À tous les niveaux, on s’y bute, même à la télévision, on en rencontre... ils sont partout.

Lise 0 En terminant...

Céline 0 Je revendique le petit écran et j’y ai ma place ! Tu peux l’écrire, leurs cotes d’écoute ne vont pas baisser parce qu’ils vont m’inviter, au contraire, je pense que, présentement, je correspond à un besoin !

Oui, Céline, nous avons besoin de toi, de ta folie, de ta vérité et de ta magie. Que personne, jamais, ne touche à tes ailes... car avec elles tu nous emmènes dans l’infini de tes espaces intérieurs...

Son CD est en vente, sous étiquette «Les productions de la Louve»... et si vous avez de la misère à le trouver, comme moi, c’est qu’au lieu d’être dans la section francophone, par ordre alphabétique, on l’aura classé dans une section spéciale où se retrouvent tous les «indépendants»... et ne me demandez pas pourquoi les «indépendants» n’ont pas droit au même classement que les autres...

Pour commentaires, mon courriel 0 liserose@videotron.ca

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